Qui est auditionné et à quel titre
François Hollande est entendu comme ancien Président de la République (2012-2017) lors de la dernière audition de la commission d'enquête, le matin même de laquelle son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait été reçu. Le président Schellenberger souligne le caractère inédit de la séquence : « entendre deux anciens présidents de la République constitue un précédent dans la procédure des commissions d'enquête ». Hollande vient défendre les choix énergétiques de son mandat, autour desquels la commission a déjà entendu nombre de ses ministres (Valls, Batho, Montebourg, Royal) et dirigeants de la filière (Lévy, Knoche, Fontana).
La substance
Thèse centrale. Hollande dissocie radicalement la crise actuelle de ses décisions. La chute de production nucléaire de 2021-2022 (279 TWh, le plus bas en trente ans, 18 milliards de pertes pour EDF) « n'est, en aucune manière, la conséquence d'une décision politique, ni d'un arrangement électoral remontant à plus de dix ans ». La cause est technique : un défaut générique de corrosion sous contrainte, fissures et fatigue thermique (Penly, Cattenom), issu de la conception même des centrales et de réparations anciennes de tuyauterie, aggravé par la maintenance reportée durant le covid.
Chiffres clés. EDF a perdu 130 TWh de capacité depuis son mandat ; Fessenheim ne produisait que 10-12 TWh. EDF dégageait 4 milliards de résultat annuel moyen (2012-2019) contre 18 milliards de perte aujourd'hui.
Désignation du vrai coupable. Hollande pointe la loi Nome de 2010 et le mécanisme Arenh : « S'il est en effet une décision qui a été contraire à la filière nucléaire, c'est bien cette loi. » Une concurrence faussée qui oblige EDF à céder son électricité à des concurrents réalisant des « superprofits en revendant dix fois plus cher ». Il dénonce le déplafonnement de 100 à 120 TWh décidé après lui (8 milliards de pertes, non compensés).
Ses positions. Il n'a fermé aucune centrale ; l'objectif de 50 % n'était qu'un « objectif politique » sans trajectoire ni caractère normatif ; le plafond de 63,2 GW n'a jamais gêné EDF (41 GW mobilisés en 2022). Il assume la fermeture programmée de Fessenheim, conditionnée à l'ouverture de Flamanville, et le choix de General Electric pour Alstom. Doctrine de synthèse : « le nucléaire et les renouvelables sont complémentaires », contre un « débat vicié entre les partisans du tout-nucléaire et ceux du tout-renouvelable ». Deux regrets : n'avoir pas assez développé les renouvelables, et n'avoir pu ouvrir Flamanville.
Les enjeux et confrontations
L'audition est largement défensive et apaisée avec le président et le rapporteur. Schellenberger, élu de la circonscription de Fessenheim, dit avoir volontairement peu interrogé sur ce « symbole » pour se concentrer sur le processus décisionnel : pourquoi l'annonce présidentielle de 2012 n'a-t-elle pas été exécutée ? Le rapporteur Armand presse sur deux points sensibles : combien de réacteurs il aurait fallu fermer pour tenir les 50 % à demande stable (« combien de réacteurs aurait-il fallu fermer à l'horizon 2025 ? »), et l'« effet signal » de l'objectif. Hollande esquive partiellement : la loi « ne fixe aucune trajectoire », les 24 réacteurs de l'accord PS-Verts étaient « les plus vieux », à remplacer à terme lointain.
Les affrontements viennent du RN. Hollande réplique sèchement au député Loubet (élu de Saint-Avold), qui lie la réouverture de la centrale à charbon à la fermeture de Fessenheim : « Je me suis demandé, en vous écoutant, si vous m'aviez vous-même entendu. » Sur l'accord PS-Verts, il enjoint au RN de « se débarrasser » de ce « fantasme ». Sur Alstom/GE, accusé de naïveté face à la guerre économique américaine (turbine Arabelle, affaire Pierucci), il nie tout appel d'Obama ou Merkel — « je n'ai reçu aucun appel » — tout en concédant « une tentative d'intimidation » possible. Mme Battistel (SOC) lui tend des perches alliées pour réfuter Sarkozy.
À distance, Hollande recadre son prédécesseur : « c'est le tout-nucléaire qui, selon moi, était un modèle dépassé », pas le nucléaire.
Ce que l'audition apporte
Elle livre le point de vue du décideur au sommet sur l'articulation entre parole présidentielle et exécution administrative (« Je n'ai jamais pensé qu'une parole du Président pouvait suffire pour fermer une centrale »). Elle consolide une ligne de responsabilité alternative à celle suggérée par d'autres auditions : la fragilisation d'EDF tiendrait moins aux choix de 2012-2015 qu'à la loi Nome de 2010 et au déplafonnement Arenh ultérieur. Elle apporte enfin une recommandation institutionnelle saillante — restaurer un véritable outil de planification longue (« Il ne nous manque pas seulement des outils de prévision, mais aussi des outils de planification ») — et érige la sobriété en troisième pilier : « il n'y a pas de centrale de la sobriété énergétique, mais des comportements ». Le point aveugle reste l'« effet signal » des 50 % sur la mobilisation de la filière, que le rapporteur n'obtient pas de voir reconnu.