Anne Lauvergeon
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Anne Lauvergeon, nee le 2 aout 1959 a Dijon, est une dirigeante d'entreprise et haut fonctionnaire francaise, surtout connue comme ancienne presidente du directoire d'Areva.
Fille d'un professeur agrege d'histoire et d'une assistante sociale, elle suit ses classes preparatoires au lycee Lakanal (Sceaux), integre l'Ecole normale superieure (Paris, promotion 1978), obtient l'agregation de sciences physiques a 21 ans, puis sort ingenieure du corps des Mines (Ecole des mines de Paris, promotion 1982). Elle debute en 1983 comme ingenieure dans la siderurgie chez Usinor, avec un passage de formation a la surete nucleaire (CEA), avant des fonctions dans l'administration minière (Inspection generale des carrieres, Conseil general des mines).
De 1990 a 1995, elle est l'une des plus proches collaboratrices du president Francois Mitterrand : chargee de mission, puis secretaire generale adjointe de la Presidence de la Republique et "sherpa" du president pour la preparation des sommets internationaux (G7/G8). Elle rejoint ensuite le secteur prive : associee-gerante de la banque Lazard Freres (1995-1996/1997), puis directrice generale adjointe et membre du comite executif d'Alcatel (1997-1999).
En juin 1999, elle prend la tete de la Cogema. En juillet 2001, elle pilote la fusion de Cogema, Framatome et d'autres entites pour creer Areva, dont elle devient presidente du directoire. Elle dirige le groupe nucleaire pendant douze ans, jusqu'en juin 2011, date a laquelle son mandat n'est pas renouvele (annonce par le Premier ministre Francois Fillon), peu apres l'accident de Fukushima.
Depuis 2011, elle dirige son cabinet de conseil et d'investissement Anne Lauvergeon Partners (ALP). Elle a notamment preside le conseil d'administration de Sigfox (a partir de 2014) et la Commission Innovation 2030 (2013-2017), et siege a plusieurs conseils d'administration (Suez, Rio Tinto, American Express, Koc Holding, etc.).
Affaire UraMin : le rachat par Areva en 2007 de la societe miniere UraMin (environ 1,8 milliard d'euros) tourne au desastre financier apres la chute du prix de l'uranium (crise de 2008, puis Fukushima). Anne Lauvergeon a fait l'objet de mises en examen (notamment pour presentation de comptes inexacts en 2016, puis pour entrave aux commissaires aux comptes), procedures qu'elle conteste et qu'elle presente comme une instrumentalisation politique ; son ex-epoux Olivier Fric a ete vise par une enquete pour delit d'initie et blanchiment.
Orientation politique : sans engagement partisan officiel, elle est generalement decrite comme proche du Parti socialiste, du fait de son passage aupres de Francois Mitterrand (auquel elle a consacre en 2024 un ouvrage, La Promesse).
Dans la commission
Auditionnee le 17 janvier 2023 (Mme Anne Lauvergeon) en tant qu'ancienne presidente d'Areva, Anne Lauvergeon livre un temoignage a charge contre la gestion etatique de la filiere energetique et nucleaire francaise. Sa these centrale : la France a perdu ses champions energetiques par defaillance de l'Etat actionnaire, par mepris pour l'industrialisation des renouvelables et par la rivalite Areva-EDF entretenue par les arbitrages publics.
Points saillants (dossier corpus, Mme Anne Lauvergeon) :
- Etat actionnaire non-financeur. Elle denonce un Etat majoritaire mais defaillant : "Nous sommes ainsi entres dans un systeme ou l'Etat etait majoritaire mais ne financait pas. Chaque annee, on nous assurait que cela allait venir." Elle illustre par un contraste : "le covid-19 a ete pour Air France ce que Fukushima a ete pour Areva [...] la decision de l'Etat de recapitaliser Air France a hauteur de 7 milliards d'euros a pris [...] moins de sept semaines, [...] pour Areva, cela a pris six ans."
- Areva instrumentalisee. "l'Etat a toujours ete constant dans sa volonte de faire de nous une sorte de << Caisse des depots industrielle >> : lorsqu'il y avait un probleme, c'etait chic de demander a Areva de le regler."
- Rivalite Areva-EDF et position de sous-traitant. Sur l'EPR de Flamanville : "Concernant la decision de ne construire qu'un seul EPR a Flamanville, nous n'y avons jamais ete associes." Et : "Nous sommes certainement consideres comme le plus gros sous-traitant, mais un sous-traitant seulement." Elle rapporte aussi qu'on lui aurait demande de ceder la propriete intellectuelle aux Chinois : "Ce ne sont pas les Chinois qui me le demandaient, mais les Francais !"
- Echec de l'industrialisation des renouvelables. Des l'entree en matiere : "je souhaiterais dire egalement quelques mots sur l'industrialisation des energies renouvelables, qui est un echec de notre pays." Elle ajoute : "on presente les renouvelables comme la cle de l'independance energetique, mais tout est fabrique en Chine, ce qui est un peu problematique."
- Surete et refus du nucleaire "bas de gamme". Elle s'oppose a une version allegee en surete : "Moins de beton, moins d'acier, moins de logiciels : c'est donc moins cher !", rappelant Fukushima, et au principe de vendre a des Etats juges peu fiables (refus du reacteur a la Libye de Kadhafi) : "On ne peut pas fournir du nucleaire a des pays qui ne sont pas geres de maniere rationnelle."
- Financement a l'export. "Depuis dix ans, pour vendre un reacteur nucleaire, il faut le financer" (exemples russe en Hongrie, americain en Pologne) ; "La France [...] doit se demander si elle est prete a le faire pour des reacteurs, sous peine d'etre a chaque fois en dehors du coup."
- Approvisionnement en uranium dedramatise. "le prix de l'uranium a tres peu d'incidence sur celui du kilowattheure, dont il ne represente que 5 %" ; et sur l'origine : "la plus grande partie de notre uranium provient du Canada, du Niger et du Kazakhstan."
- Perte des champions et modele allemand. "En 2010, la France avait cinq geants mondiaux dans le secteur de l'energie : EDF, GDF-Suez [...], Areva, Alstom Energie et Total." / "Ces dix dernieres annees ont ete dix lourdes annees." Elle critique l'alignement sur le modele allemand du gaz russe : "Ils ont mene une politique intelligente visant a faire de l'Allemagne le hub gazier russe de l'Europe [...]. La France a adhere a cela, oubliant les fondamentaux."
- Defense de son bilan. Sur Fessenheim, elle juge plus rationnel de redemarrer deux reacteurs mis a niveau qu'une centrale a charbon, "meme si c'est peut-etre un peu provocateur." Sur UraMin, elle voit une operation politique : le proces serait intervenu quand un sondage la designait "ministre des finances potentiel prefere des Francais [...] : sans doute fallait-il alors se debarrasser de moi." Elle revendique aussi la fierte technologique francaise : "J'ai toujours dit que nous etions des nains sur des epaules de geants."
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Lauvergeon
- https://en.wikipedia.org/wiki/Anne_Lauvergeon
- https://aspenfrance.org/anne-lauvergeon/
- https://fnep.org/wp-content/uploads/2026/01/BIO-AL-francais-court-2025.pdf