Hervé Machenaud
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Hervé Machenaud, né le 22 août 1947 à Rennes, est un ingénieur français, ancien dirigeant d'EDF spécialiste du nucléaire. Ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1968), il est diplômé de l'École des Ponts (ingénieur des Ponts et Chaussées, 1973) et de l'Institut d'études politiques de Paris (1973).
Il rejoint EDF au début des années 1980 et y fait toute sa carrière dans l'ingénierie et la production nucléaire. Directeur adjoint de la centrale de Paluel, puis directeur technique du développement d'EDF en Chine, il pilote notamment la construction de la centrale de Daya Bay (1985-1989). De 1990 à 1995, il dirige le Centre national d'équipement nucléaire (CNEN), responsable des programmes nucléaires français et internationaux : conception, construction et mise en service des réacteurs à eau pressurisée (notamment le palier N4) à Chooz, Civaux, Daya Bay et Ling Ao. De 1995 à 2002, il occupe des fonctions de direction adjointe de l'équipement (développement international), puis de la division industrielle.
De 2002 à 2016, il est directeur de la branche Asie-Pacifique du groupe EDF (Chine, Japon, Inde, région du Mékong), où il conduit des projets nucléaires (Taishan), thermiques, hydrauliques et éoliens. De 2010 à 2015, il est en parallèle directeur exécutif chargé de la production et de l'ingénierie et membre du comité exécutif (COMEX) d'EDF. Il quitte le groupe le 1er novembre 2016.
Membre de l'Académie des technologies depuis 2010, il est l'auteur de l'essai La France dans le noir. Les méfaits de l'idéologie en politique énergétique (Les Belles Lettres, 2017). Il défend publiquement, dans ses tribunes et interventions, une ligne résolument pronucléaire et critique du déploiement des énergies renouvelables intermittentes en France et de l'influence de l'Allemagne sur la politique énergétique européenne. Aucune affiliation à un parti politique n'est documentée dans les sources publiques consultées ; son orientation se définit avant tout par cette ligne pronucléaire et souverainiste en matière énergétique.
Dans la commission
Auditionné le 8 février 2023 (M. Hervé Machenaud) en tant que membre de l'Académie des technologies et ancien directeur exécutif d'EDF, Machenaud développe une thèse industrielle et politique tranchée sur les causes de la perte de souveraineté énergétique française.
- Le modèle « exploitant-architecte » d'EDF est la clé du succès historique, son démantèlement la première cause du déclin. Il oppose ce modèle intégré (EDF concepteur-constructeur-exploitant animant 1 500 fournisseurs) au modèle « clé en main » étranger : « Il s'agit d'un modèle d'échec contrairement au modèle utilisé par EDF dans lequel l'exploitant est également concepteur et constructeur de ses réacteurs nucléaires » (M. Hervé Machenaud). Argument coût : « le parc nucléaire français [...] a coûté deux fois moins cher que le parc nucléaire allemand [...] et trois fois moins cher que le parc japonais et le parc anglais » (M. Hervé Machenaud). Argument sûreté : « tous les accidents qui se sont produits dans le domaine nucléaire ont eu lieu chez des exploitants qui avaient reçu des centrales clé en main » (M. Hervé Machenaud).
- L'EPR est un désastre stratégique d'origine politique et franco-allemande. Il y voit un réacteur « dont les solutions et équipements sont presque uniquement de facture allemande, y compris le contrôle commande » (M. Hervé Machenaud), et impute à la logique du clé en main excluant EDF la faillite d'Areva (M. Hervé Machenaud).
- La deuxième cause : la politisation de l'industrie. « La deuxième cause de la perte de souveraineté et d'indépendance est la politisation progressive et constante de l'industrie » (M. Hervé Machenaud). Il juge « miraculeux d'avoir réussi à maintenir un parc nucléaire avec une telle efficacité dans un contexte politique qui se détériore depuis quarante ans » (M. Hervé Machenaud), et se montre, à rebours d'autres témoins, « extrêmement positif sur le rôle qu'a réussi à tenir l'ASN » (M. Hervé Machenaud).
- Les renouvelables sont inutiles en France ; raisonner en GW et non en TWh. « En France, les énergies renouvelables sont inutiles tant qu'on a un parc décarboné, car elles ne complètent pas un parc » ; « la construction de renouvelable est totalement absurde en France » (M. Hervé Machenaud). Il pose la distinction capacité/volume : « Nous avons besoin de gigawatts de capacité de production et non de térawattheures » (M. Hervé Machenaud).
- Subordination à l'Allemagne via Bruxelles. « Aujourd'hui, toutes les décisions, quel que soit le domaine, sont prises pour ne pas déplaire à Bruxelles » ; « L'Allemagne préfère produire du CO2 qu'utiliser le nucléaire et elle impose cette stratégie à l'ensemble de l'Europe par l'intermédiaire de la Commission européenne » (M. Hervé Machenaud).
- Grand carénage et coûts. Il défend la prolongation du parc (« Une limitation à cinquante ans en France est tout simplement un gâchis colossal » ; « l'investissement le plus rentable qu'on puisse imaginer », M. Hervé Machenaud) et dénonce le bouclier tarifaire et l'ARENH (« la quasi-totalité de la consommation française pourrait être produite à 70 euros le mégawattheure, mais on demande à la population de la payer 230 ou 280 euros », M. Hervé Machenaud).
Il prône enfin la réintégration d'EDF en entreprise de service public unique et affirme que la non-construction de réacteurs relèverait d'un choix : « si dans trente ans nous n'avons pas construit de nouveaux réacteurs, c'est uniquement parce que nous ne l'aurons pas voulu » (M. Hervé Machenaud).
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Herv%C3%A9_Machenaud
- https://www.connaissancedesenergies.org/herve-machenaud
- https://www.babelio.com/auteur/Herve-Machenaud/430429
- https://www.edf.fr/en/the-edf-group/dedicated-sections/journalists/all-press-releases/fabrice-fourcade-becomes-edf-s-chief-representative-in-china-and-herve-machenaud-leaves-the-edf-group