Yves Bréchet
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Yves Bréchet, né le 12 octobre 1961 à Chamalières (Puy-de-Dôme), est un physicien français spécialiste de la science des matériaux (métallurgie physique, thermodynamique, transformations de phase, sélection de matériaux et conception structurale).
Ancien élève de l'École polytechnique (promotion 1981), il obtient son doctorat (1987) puis son habilitation (1992) à l'université Joseph-Fourier de Grenoble (Grenoble-I), avec également des diplômes d'études approfondies en physique du solide et en histoire des sciences (EHESS). Il fait l'essentiel de sa carrière académique comme professeur à Grenoble INP / Phelma et chercheur au laboratoire SIMaP, avec des fonctions de professeur associé à l'étranger (McMaster au Canada, puis Monash en Australie). Il est membre de l'Institut universitaire de France et est élu à l'Académie des sciences le 30 novembre 2010.
Il occupe la fonction de Haut-commissaire à l'énergie atomique du 19 septembre 2012 au 23 septembre 2018 (deux mandats de trois ans), succédant à Catherine Cesarsky. À ce titre, il est le conseiller de l'exécutif pour les questions scientifiques et techniques relatives à l'énergie nucléaire et à l'orientation du CEA. Après la fin de ses fonctions, il rejoint en 2018 le groupe Saint-Gobain comme directeur scientifique et préside le conseil scientifique de Framatome.
Distinctions : médaille d'argent du CNRS (2009), prix Gay-Lussac-Humboldt (2010), chevalier de la Légion d'honneur (2010), plusieurs doctorats honoris causa.
Orientation publique : Bréchet est une figure publique connue pour ses positions pro-nucléaire et ses critiques de la politique énergétique française et de la place accordée aux renouvelables. Sur le plan politique, il a signé en mai 2017 une tribune de scientifiques appelant à voter Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle pour faire barrage à Marine Le Pen ; il ne revendique pas d'affiliation partisane.
Dans la commission
Audité le 213e jour de référence du corpus (M. Yves Bréchet), Bréchet livre un réquisitoire d'expert technique contre la conduite de la politique énergétique française, particulièrement nourri (30 interventions). Sa thèse centrale : « l'analyse scientifique et technique a déserté les rouages décisionnels de l'État » (M. Yves Bréchet), au profit du « remplacement d'un État stratège par un État bavard » (M. Yves Bréchet).
Positions clés défendues (toutes M. Yves Bréchet) :
- Abandon d'Astrid / réacteurs à neutrons rapides : son point le plus tranchant. L'arrêt de la filière RNR en 2018 « restera dans l'histoire comme un modèle de stupidité ou de cynisme », décision « prise au plus haut niveau de l'exécutif » alors que « toutes les informations étaient disponibles et ont été sciemment ignorées ». Il y voit une « faute historique grave », les RNR « nous [ayant] assurés, en brûlant nos 300 000 tonnes d'uranium enrichi, des siècles d'indépendance énergétique ».
- Défaillance de l'instruction des dossiers : il désigne les responsables non chez les ministres (« que vous pouvez auditionner pour le fun ») mais « dans la structure des cabinets et de la haute administration », conseillers dont « la préoccupation première est de ne dire à leur ministre que ce qu'il a envie d'entendre, pour ne pas nuire à leur carrière ». Formule-choc : « la politique énergétique du pays a été décidée par un canard sans tête ».
- Marché de l'électricité : « C'est un défaut caractéristique d'une idéologie ultralibérale [...] d'imaginer que l'on peut faire un marché d'un bien non stockable » ; l'ARENH a profité à des acteurs « sans avoir jamais fabriqué une éolienne. C'est à la limite du scandale ».
- Doxa des 50 % et suivisme allemand : « Les 50 % magiques du rapport RTE, c'est la doxa, du "en même temps" avant l'heure » ; « Le suivisme à l'égard de la politique énergétique de nos voisins allemands a été total ».
- Souveraineté et compétences : « En six ans d'exercice de mes fonctions, je n'ai jamais entendu ce mot [souveraineté industrielle] ailleurs que dans le secteur de la défense », illustrant par l'anecdote d'un conseiller lui rétorquant « si on a besoin de cette technologie [...] on l'achètera aux Chinois ! ».
Le registre est volontairement polémique et générationnel : « La génération de mes parents a reconstruit ce pays [...] La génération actuelle le démolit. Celle qui va devoir le reconstruire, c'est la vôtre » (M. Yves Bréchet).
Sources
- https://en.wikipedia.org/wiki/Yves_Br%C3%A9chet
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Br%C3%A9chet
- https://academie-sciences.fr/yves-brechet
- https://irfu.cea.fr/Phocea/Vie_des_labos/News/index.php?id_news=2861
- https://www.sfen.org/rgn/yves-brechet-portrait-scientifique-engage/