La part du citoyen
DL

Dominique Luzeaux

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Dominique Luzeaux, ne en 1965, est ingenieur general de l'armement de 1re classe (grade correspondant a general de division, 2 etoiles). Il est diplome de l'Ecole polytechnique (1987) et de l'ENSTA Paris (1989), titulaire d'un DEA en informatique theorique (1988), d'un doctorat de l'universite Paris XI en intelligence artificielle (1991) et d'une habilitation a diriger les recherches (2001). En debut de carriere, il effectue une annee postdoctorale a l'universite de Berkeley (Californie, 1991-1992).

L'essentiel de sa carriere se deroule au sein du ministere des Armees, principalement a la Direction generale de l'armement (DGA), ou il exerce des fonctions d'expert technique, d'architecte et de direction de projets et d'entites (informatique scientifique et technique, robotique, optronique, systemes de renseignement et d'observation, simulation, ingenierie systeme). Il cree et dirige le centre technique des systemes d'information de la DGA (2004-2008), puis dirige l'unite de management UM TER (2009-2013). De 2014 a 2020, il est directeur adjoint « Plans » de la DIRISI (Direction interarmees des reseaux d'infrastructure et des systemes d'information de la defense), chef de la division acquisition-logistique.

Le 5 mai 2021, il est nomme par decret premier directeur de l'Agence du numerique de defense (AND), structure rattachee a la DGA dont il avait assure la prefiguration (decret du 16 fevrier 2021) et qui pilote les projets numeriques complexes du ministere. Par decret du 8 novembre 2023, il devient officier general charge de mission « transformation numerique » aupres du commandant supreme allie pour la transformation (SACT) de l'OTAN, poste base a Norfolk (Virginie), qu'il occupe a compter du 1er decembre 2023 — c'est a ce titre qu'il est auditionne.

Auditeur et delegue de la 42e session « Armement et economie de defense » de l'IHEDN, il est Officier de la Legion d'honneur et Officier de l'ordre national du Merite. Laureat du Prix Chanson 2006 pour ses travaux sur la robotique militaire terrestre, il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages techniques (en francais et en anglais) sur les nanotechnologies, les systemes de systemes et l'ingenierie des systemes complexes.

Identite confirmee : le parcours (numerique de defense, DGA, AND, mission OTAN/SACT) correspond exactement aux fonctions declarees dans le dossier corpus. Aucun risque d'homonymie.

Dans la commission

Audite (audition de M. Dominique Luzeaux, 16 interventions), Luzeaux porte un discours de stratege du numerique de defense qui refuse le vocabulaire de la souverainete pour lui preferer une gestion assumee des dependances.

Sa these centrale — la « resilience souveraine hierarchisee ». Il recuse la souverainete totale comme illusoire : « On parle beaucoup de souverainete ; je prefere parler de choix de dependances et d'independance » (M. Dominique Luzeaux). Son objectif n'est pas l'independance absolue mais la reversibilite : « je parlerai plutot de resilience souveraine hierarchisee : l'objectif n'est pas la souverainete totale, mais la reversibilite » (M. Dominique Luzeaux). Il s'agit de trier ses dependances entre critique, sensible et negociable.

Le numerique comme condition d'existence de l'Etat. Il hisse l'enjeu au rang de fonction regalienne : « Le numerique n'est pas un secteur parmi d'autres : c'est une condition d'existence de la puissance publique, de la continuite de l'Etat et de la liberte d'action nationale » (M. Dominique Luzeaux). Il illustre la vulnerabilite des infrastructures critiques par le deplacement lateral — « il est [...] tout a fait possible [...] de penetrer dans le systeme d'information d'une mairie apres avoir pris le controle d'un feu de circulation » (M. Dominique Luzeaux) — et rappelle que « la rupture d'un maillon du flux numerique [...] ne degrade pas seulement la manoeuvre, elle l'annule » (M. Dominique Luzeaux).

Un paradoxe francais et des leviers. Il s'etonne de la dependance nationale malgre les competences existantes : « Nous possedons de tres nombreuses competences, a tel point qu'on peut s'etonner de notre dependance aux serveurs de Google, Microsoft et Amazon » (M. Dominique Luzeaux). Sa reponse est un triptyque — « la reduction de nos dependances numeriques passera par une triple demarche : former, reguler et financer » (M. Dominique Luzeaux) — assorti d'une commande publique plus offensive (« exception numerique » derogatoire en cas de danger pour la continuite de l'Etat) et d'un possible recours a la contrainte pour imposer les solutions souveraines : « Peut-etre faut-il egalement etre plus coercitif pour favoriser l'utilisation desdites solutions » (M. Dominique Luzeaux). Il nuance SecNumCloud, utile mais « sans equivalent europeen, ce qui pose probleme pour l'exporter », et mise sur l'edge cloud comme « differenciant cle » a horizon 2030.

Sur l'OTAN et Palantir/Maven — dedramatisation et defense des alternatives. Fort de sa position aupres du SACT, il relativise la dependance americaine : « Les Etats-Unis n'imposent pas leurs solutions par le biais de l'Otan » (M. Dominique Luzeaux). Sur le recours a Palantir : « la place de Palantir au sein de l'Otan n'est pas un fort enjeu pour la securite nationale de la France, qui possede ses propres outils » (M. Dominique Luzeaux), presente comme une experimentation reversible et homologuee sans exfiltration possible. Il adosse ce discours a l'existence d'une alternative nationale credible : « Si Artemis.IA n'existait pas, je serais bien plus gene pour vous repondre » (M. Dominique Luzeaux). Sur l'IA de defense, il rappelle le principe du controle humain : « L'Otan obeit au principe du HITL [...] : aucune decision n'est automatisee de bout en bout » (M. Dominique Luzeaux).

Le temps long et le financement. Il plaide pour une continuite politique par-dela les alternances, comparant l'enjeu a la dissuasion nucleaire, et previent : reconstruire l'independance dans les domaines critiques « prendra entre cinq et dix ans ». Sa formule de synthese : « la question n'est pas tant de savoir si la France peut se permettre d'investir dans la souverainete numerique que de savoir si elle peut se permettre de ne pas le faire, au risque de decouvrir la reponse au pire moment » (M. Dominique Luzeaux). Il voit dans l'electrochoc provoque par le changement d'administration americaine et la montee des budgets de defense (5 % du PIB) une occasion pour l'Europe d'« imposer ses solutions ».

Sources