Mathieu Weill
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Mathieu Weill est un haut fonctionnaire francais specialiste du numerique. Ingenieur general des Mines, il est diplome de l'Ecole polytechnique et de Telecom Paris (ex-ENST). Il debute sa carriere autour de 2000 dans l'administration, apres un premier passage dans les telecommunications, et travaille notamment sur les budgets informatiques des administrations (direction du Budget, Bercy) puis sur des projets de systemes d'information ministeriels.
Il est surtout connu pour avoir dirige, de 2005 a 2017, l'AFNIC (Association francaise pour le nommage internet en cooperation), l'organisme gestionnaire du domaine national de premier niveau .fr. A ce titre, il est fortement implique dans la gouvernance internationale de l'internet : representant de l'AFNIC au sein de l'ICANN et de sa ccNSO, membre puis president (2010) du CENTR, l'association des registres europeens, et co-animateur de groupes de travail sur la reforme de la gouvernance de l'ICANN (transition de la fonction IANA).
En mai 2017, il quitte l'AFNIC pour rejoindre la Direction generale des entreprises (DGE), au ministere de l'Economie et des Finances, ou il dirige le service de l'Economie numerique (une equipe d'environ 110 personnes chargee des politiques publiques du numerique, de l'electronique et des communications electroniques).
Nomme en conseil des ministres le 7 septembre 2022, il est depuis directeur du numerique (directeur de la transformation numerique) du ministere de l'Interieur, ou il exerce egalement les fonctions de secretaire general adjoint en charge du numerique et d'administrateur ministeriel des donnees, des algorithmes et des codes sources (AMDAC). C'est a ce titre qu'il est auditionne par la commission.
Dans la commission
Auditionne (des directeurs de systèmes d’information de ministères) en tant que directeur du numerique du ministere de l'Interieur, Mathieu Weill porte la perspective d'un grand ministere regalien confronte concretement a la dependance technologique de l'Etat. Sa these centrale : l'Etat s'est trop desaisi de sa competence numerique, au point de perdre sa liberte de manœuvre.
- Sur la surexternalisation. Il tient l'un des propos les plus francs de l'audition : « la fonction numerique de l'Etat est aujourd'hui trop externalisee (...) au point de nous placer parfois dans une situation de dependance ou nous perdons jusqu'a la capacite de concevoir le basculement d'un projet vers un autre » (des directeurs de systèmes d’information de ministères). Un plaidoyer clair pour une reinternalisation partielle des competences.
- Sur la souverainete des donnees democratiques. Il pose une ligne rouge de principe : « Quand on fait la remontee des resultats des elections (...) on n'a pas tres envie qu'un acteur economique, quel qu'il soit, puisse interferer dans le processus (...) pour des raisons de confiance dans la vie democratique de notre pays » (des directeurs de systèmes d’information de ministères).
- Sur Palantir et le renseignement. Interroge sur le recours a Palantir, il defend le montage retenu : « cet outil est heberge dans nos infrastructures : Palantir n'a donc, a aucun moment, acces aux donnees » (des directeurs de systèmes d’information de ministères), et decrit le projet OTDH (outil de traitement des donnees heterogenes) comme « quasiment une coconstruction entre l'administration et le secteur prive » (des directeurs de systèmes d’information de ministères).
- Sur la reversibilite et la commande publique. Il alerte sur les verrous techniques (« les industriels jouent autour de ces standards pour creer des resistances a la bascule d'un operateur a l'autre », des directeurs de systèmes d’information de ministères) et sur le frein juridique pesant sur les acheteurs publics : « un double risque subsiste : le risque penal au titre du code de la commande publique, et le risque d'engager sa responsabilite de gestionnaire public (...) critique ulterieurement par la Cour des comptes » (des directeurs de systèmes d’information de ministères).
- Sur le « faux libre ». Il decrit le piege du logiciel libre capte par un investisseur : la version libre « est alors reduite a peau de chagrin, les maintiens en conditions operationnelles et de securite ou les fonctionnalites de grande valeur (...) deviennent payantes » (des directeurs de systèmes d’information de ministères).
- Sur l'IA souveraine. Il souligne l'absence de brique materielle europeenne (« il n'existe aucune offre europeenne de puces dotees d'une capacite de calcul suffisante pour l'intelligence artificielle », des directeurs de systèmes d’information de ministères) et met en garde contre une reproduction, dans l'IA, de la concentration deja subie sur les suites collaboratives et les bases de donnees.
Sources
- https://www.numerique.gouv.fr/directeurs-numerique-etat/
- https://www.cio-online.com/actualites/lire-mathieu-weill-nomme-directeur-du-numerique-du-ministere-de-l-interieur-14490.html
- https://acteurspublics.fr/nomination/mathieu-weill-devient-directeur-du-numerique-du-ministere-de-linterieur/
- https://www.afnic.fr/en/associating-excellence/who-we-are/team/mathieu-weill/
- https://www.republik-it.fr/decideurs-it/gouvernance/mathieu-weill-nomme-directeur-du-numerique-du-ministere-de-l-interieur.html