Tomasz Blanc
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Tomasz Blanc est chef du service des systemes d'information (DSI) de la Direction generale des finances publiques (DGFIP) depuis le 19 septembre 2022, ou il a succede a Bruno Rousselet. A ce titre, il dirige l'une des plus grandes organisations informatiques de l'Etat (de l'ordre de 5 000 agents, autour de 800 applications), l'un des systemes d'information les plus strategiques et les plus anciens de l'administration francaise.
Ingenieur general des mines, il est polytechnicien (promotion 1998), passe par Telecom Paris comme ecole d'application, et docteur en informatique : sa these, menee a l'Inria et soutenue en 2007, porte sur des proprietes de securite en lambda-calcul.
Il fait toute sa carriere a la DGFIP depuis 2007, en gravissant les echelons de la filiere informatique :
- 2007-2010 : adjoint au chef de bureau ;
- 2010-2012 : chef de bureau ;
- 2012-2017 : sous-directeur en charge de la production informatique ;
- 2017-2021 : sous-directeur en charge du developpement et des etudes ;
- 2021-2022 : directeur du service a competence nationale « direction des projets numeriques » ;
- depuis septembre 2022 : chef du service des systemes d'information de la DGFIP.
A ce poste, il pilote notamment le deploiement du cloud interne souverain Nubo, la reduction de la dette technique d'un SI vieux de plus de quarante ans (application du calcul de l'impot en Cobol), et l'adoption encadree de l'IA (par exemple l'outil LLaMandement d'analyse des amendements parlementaires). Il s'exprime comme un haut fonctionnaire technique de l'Etat regalien numerique, defenseur assume du logiciel libre et de la maitrise interne, sans affiliation politique.
Dans la commission
Audite (audition M. Tomasz Blanc, une intervention nourrie, ~7-9 prises de parole). Blanc y porte une these tres coherente : la souverainete numerique de l'Etat regalien se construit par la maitrise interne (code, exploitation, competences) et le logiciel libre, pas par l'achat de solutions cloud etrangeres.
Positions cles defendues (M. Tomasz Blanc) :
- Refus des hyperscalers et du cloud souverain « par label » : la DGFIP a bati son propre cloud interministeriel plutot que d'accepter les offres des grands acteurs etrangers. Verbatim : « Face aux risques poses par les lois extraterritoriales americaines, nous avons refuse les offres des grands acteurs etrangers pour developper Nubo, notre cloud interne interministeriel » ; « grace a nos choix technologiques dans le cloud, nous avons su eviter toute nouvelle dependance envers les hyperscalers americains » (M. Tomasz Blanc). Il juge meme SecNumCloud insuffisant pour les donnees les plus sensibles, car les serveurs restent exploites par des salaries du prive : seule l'exploitation par des agents publics est acceptable.
- Le Cloud Act comme ligne rouge (position la plus tranchee du dossier) : confier dossiers judiciaires, fichiers de police et secret fiscal a des tiers americains est inacceptable.
- Logiciel libre comme pilier economique et de souverainete : « Pour ce dernier outil, un investissement de 1,5 million d'euros dans l'amelioration du code source nous a evite des millions d'euros de redevances annuelles » (M. Tomasz Blanc).
- IA souveraine par la maitrise interne : « si l'apparition de ChatGPT a suscite un fort engouement, il faut garder le recul necessaire pour comprendre que, sous l'angle de la souverainete, le recours a un tel outil est exclu » ; « Nous nous appuyons sur nos propres data scientists et ingenieurs pour exploiter des modeles de langage libres sur nos propres puces GPU, hebergees dans nos centres de donnees » (M. Tomasz Blanc). Il n'exclut pas Mistral « a la condition imperative » d'une standardisation permettant la reversibilite.
- Critique de la commande publique : le code de la commande publique, « concu pour prevenir les risques de corruption et garantir l'efficacite de la depense, plutot que pour repondre aux enjeux de souverainete » (M. Tomasz Blanc), est mal adapte a l'achat de logiciel ; d'ou la preference pour la prestation de services francaise sous surveillance, avec exigence de reversibilite.
- Une vision de long terme et de discipline : « La souverainete numerique ne se decrete pas, elle se construit sur des decennies » (M. Tomasz Blanc). Il reconnait des dependances materielles heritees (IBM Z pour le Cobol, Oracle) comme reelles mais decroissantes, maitrisees par la standardisation et la sortie progressive, et se montre sceptique sur les solutions hybrides type S3NS (risque d'obsolescence si le fournisseur coupe les mises a jour).
Sources
- https://acteurspublics.fr/nomination/tomasz-blanc-nomme-chef-du-service-des-systemes-dinformation-a-la-dgfip/
- https://www.itforbusiness.fr/tomasz-blanc-dgfip-au-coeur-de-letat-nous-sommes-une-administration-regalienne-du-numerique-100859
- https://lannuaire.service-public.gouv.fr/gouvernement/61b9d476-04bc-43a6-89d3-958e509da1fe
- https://www.republik-it.fr/decideurs-it/gouvernance/tomasz-blanc-promu-a-la-tete-de-l-it-des-finances-publiques.html