La part du citoyen

29 avril 2026 · réunion n°34

Audition conjointe, ouverte à la presse, de MM. Laurent Choukroun, président-directeur général d’Oreus et Julien Lescoulié, directeur technique, et M. Charles-Antoine Beyney, directeur général de DataOne

LCLaurent ChoukrounCBCharles-Antoine Beyney

Qui est auditionné

Audition conjointe, ouverte à la presse, de deux jeunes sociétés créées en 2024. Charles-Antoine Beyney, fondateur et directeur général de DataOne (filiale à 80 % du groupe BSO qu'il a fondé, opérateur de connectivité reliant ~350 data centers dans le monde), fournisseur d'infrastructure d'« usines d'intelligence artificielle » sur deux sites de l'Isère (Eybens et Villefontaine) rachetés à DXC. À ses côtés, Laurent Choukroun, PDG d'Oreus, entrepreneur social marseillais (Synergie Family, campus Ricard), et Julien Lescoulié, son directeur technique — Oreus se présentant comme un opérateur logiciel à vocation « souveraine » voulant « reprendre toute cette puissance et la mettre au service de nos concitoyens ». La séance est présidée par Philippe Latombe, président de la commission ; la rapporteure Cyrielle Chatelain et le député Nicolas Bonnet (EcoS) interviennent.

La substance

La thèse centrale de Beyney : DataOne n'est qu'une « enveloppe » fournissant « des électrons, de l'eau refroidie » et la sécurité physique du site — « c'est comme si nous étions propriétaires d'une autoroute : nous ne savons pas ce que transportent les camions ». N'ayant « ni la capacité légale ni la capacité technique d'auditer les serveurs », il conclut : « je n'ai pas à satisfaire le Patriot Act ni à subir une quelconque forme d'ingérence étrangère ». Le montage : DataOne possède murs, refroidissement et électrique (contrat de service de dix ans en kilowatts) ; l'émirati Core42 (groupe G42), entré via un contrat-cadre France-Émirats signé en 2023 par Bruno Le Maire, finance et possède les GPU et a réservé l'intégralité de la capacité d'Eybens ; Oreus vise à en devenir l'opérateur exclusif d'une ou deux salles, avec une API « développée par nos équipes à Marseille » et un « SovScore », « nutri-score de la souveraineté ». Choukroun relève qu'« il n'existe pas de définition légale de la souveraineté ».

Le vrai verrou, selon Beyney, est le financement : « vous ne trouverez pas en France de financier capable de signer un chèque de 2, 4 ou 10 milliards d'euros ». Il propose de réorienter les 6 000 milliards d'euros d'épargne française, d'« arrêter de financer les fonds de pension américains, qui eux-mêmes financent les Gafam », et de créer par la loi un « fonds GPU stratégique » — invoquant le Concorde et le TGV « financés par l'État ». Chiffres clés : Eybens vise 200 MW (contre ~15 MW pour beaucoup de data centers français), PUE de 1,05-1,15 (vs 1,5 pour la future réglementation européenne), WUE proche de zéro, ~100 salariés par site.

Les enjeux et confrontations

L'audition est saluée pour sa « franchise » mais met en tension le discours de souveraineté et la réalité du montage. Trois passages de friction :

Ce que l'audition apporte

Elle offre une illustration frontale de la dépendance financière comme moteur de la perte de souveraineté : faute de capitaux français, l'infrastructure passe par des fonds émiratis et, à terme, des reventes américaines. Elle livre deux propositions actionnables pour le législateur : interdire tout data center dont « 100 % de ses clients (off-takers) sont extraterritoriaux » (Choukroun) et un « fonds GPU stratégique » contraignant assurances et banques (Beyney). Enfin, elle pointe un angle mort : un dirigeant d'infrastructure critique méconnaissant le cadre juridique d'extraterritorialité, et un modèle « enveloppe » censé, selon lui, immuniser les données quel que soit l'actionnariat — thèse que président et rapporteure contestent.