La part du citoyenAudiovisuel public

11 décembre 2025 · réunion n°7

Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalisme

Qui est auditionné

Table ronde, ouverte à la presse, de cinq représentants de trois écoles de journalisme reconnues par la profession, sous serment. Pour l'ESJ de Lille (association loi 1901, statut EESPIG, ~5 M€ de budget en 2025) : Pierre Savary, directeur général, et Corinne Vanmerris, directrice adjointe et co-présidente de la conférence des écoles de journalisme. Pour l'École de journalisme de Sciences Po (~160 étudiants) : Marie Mawad, doyenne, et Alice Antheaume, directrice exécutive. Pour l'IJBA (école publique rattachée à Bordeaux-Montaigne) : Arnaud Schwartz, directeur et co-président de la conférence. La séance est présidée par Jérémie Patrier-Leitus, qui déclare ses intérêts (administrateur de France Médias Monde, co-rapporteur de la réforme de l'audiovisuel public) ; le rapporteur est Charles Alloncle (UDR). L'angle annoncé par le président : la déontologie journalistique et son enseignement.

La substance

Les écoles défendent une doctrine commune : le cœur de la formation est une méthodologie rigoureuse (vérifier, recouper, contextualiser, identifier les sources), adossée aux chartes (charte de 1918 révisée en 1938 et 2011, charte de Munich de 1971), la déontologie étant à la fois un module dédié et « un fil rouge présent dans chaque enseignement » (Mawad). Sur l'impartialité, Savary substitue la notion d'honnêteté intellectuelle : « Le simple fait de choisir de traiter un sujet ou un autre est déjà un parti pris. L'essentiel réside dans le traitement qui en est fait ». Mawad met en avant l'apprentissage à « penser contre soi-même », Schwartz le « décentrement » et « la vertu du doute ». Le président ancre le débat dans un chiffre : « seuls 32 % des Français pensaient que l'on pouvait avoir confiance dans ce que disent les médias », soit huit points de moins qu'en 2023. Sur le recrutement des intervenants, les écoles refusent toute grille politique et opposent des statistiques de statut : Antheaume chiffre à Sciences Po « 19 % […] service public, 16 % […] indépendants et 65 % […] médias privés » sur 175 intervenants ; Schwartz donne 70 % privé / 30 % public à l'IJBA. Antheaume invoque le Digital News Report d'Oxford pour présenter la diversité médiatique française comme une « exception culturelle ». Antheaume précise aussi qu'entre 6 % et 8 % des diplômés créent une entreprise de contenu sans carte de presse.

Les enjeux et les confrontations

L'audition se polarise autour de la ligne à charge du rapporteur, qui affirme documenter un biais politique des écoles. Alloncle dit avoir relevé sur le compte Twitter de Savary « une quinzaine de tweets récents particulièrement hostiles au Rassemblement national », dont un « traitant Marine Le Pen de voleuse », et en conclut : « comment pouvez-vous inculquer ces principes alors que vous-même montrez tous les signes d'un manque cruel d'indépendance politique ? ». Cette appréciation reste celle du rapporteur : Savary la conteste, opposant qu'il s'agit d'un compte personnel affichant « journaliste, Lille » et non l'école. Le rapporteur invoque ensuite des simulations de vote (43 voix à Clinton contre 1 à Trump ; ~50 % à Mélenchon en 2022) et Anne Muxel (CEVIPOF) pour interroger un « formatage » et une « radicalisation à gauche » ; Mawad répond ne pas connaître ces sondages et que les opinions des étudiants ne sont « absolument pas » un critère de recrutement. Il met les écoles au défi d'inviter des figures classées à droite (« Geoffroy Lejeune, Sonia Mabrouk, Laurence Ferrari, Eugénie Bastié, Christine Kelly ou Charlotte d'Ornellas […] Oui ou non ? »).

Deux tensions procédurales marquent la séance. Le président révèle en réciprocité que le rapporteur « a présidé la section Jeunes UMP de Sciences Po ». Puis il recadre : « je ne lèverai pas la séance tant que nous n'aurons pas également traité de […] l'enseignement et [de] la formation […]. Celle-ci ne doit pas se limiter à de la politique spectacle », ce à quoi Alloncle réplique : « si je suis interrompu à chaque question, il sera difficile de toutes les poser ». Sur le fond, les auditionnés esquivent les cas individuels (Mawad affirme sous serment qu'à l'École de journalisme « nous n'avons pas eu de mobilisation étudiante », que le président conteste au nom de témoignages d'étudiants ; Schwartz refuse de commenter le cas Judith Perrignon / Charlie Kirk, renvoyé « au régulateur »). Le président lui-même finit par regretter « une certaine prudence dans vos réponses ».

Ce que l'audition apporte

Au dossier de la commission, l'audition livre une doctrine assumée des écoles (méthode et déontologie plutôt que parité politique des intervenants), des données chiffrées sur la composition des corps enseignants, et des pistes pour de futurs travaux : régulation des créateurs de contenu (Savary penche pour « un dérivé de la deuxième option », un socle de codes de bonnes pratiques inspiré du CDJM), labellisation de la fiabilité des médias et non de chaque information (Vanmerris), interrogation sur l'efficacité des comités d'éthique (une « centaine de saisines par an » à Radio France, « sans doute trop peu »). Surtout, elle exhibe une fracture interne entre un rapporteur documentant des acteurs individuels et un président prenant ses distances avec la « politique spectacle » — enjeu de crédibilité pour une commission déjà contestée.