La part du citoyenAudiovisuel public

17 décembre 2025 · réunion n°10

Audition, ouverte à la presse, de Mme Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France, de M. Charles-Emmanuel Bon, secrétaire général, et de Mme Marie Message, directrice générale adjointe en charge de la production, des moyens et des organisations.

Mme Sibyle VeilSibyle VeilCBCharles-Emmanuel BonMMMarie Message

Qui est auditionné

Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France depuis avril 2018 (reconduite en décembre 2022), est entendue sous serment, accompagnée du secrétaire général Charles-Emmanuel Bon et de la directrice générale adjointe Marie Message. Ancienne conseillère de Nicolas Sarkozy à l'Élysée (2007-2010), elle dirige une société publique de quelque 4 500 salariés (723,1 M€ de chiffre d'affaires en 2023, 13,8 millions d'auditeurs quotidiens) regroupant France Inter, France Culture, France Musique, Fip, France Info et le réseau local Ici. Elle vient en défense d'un service public qu'elle présente comme confronté, « pour la première fois de notre histoire », à une « remise en cause » de son existence même.

La substance

Veil déploie une défense chiffrée. Argument-pivot : « Radio France coûte à chaque Français 80 centimes par mois », pour des milliers d'heures d'information, 500 heures hebdomadaires de savoir, 44 radios locales et quatre formations musicales. Elle revendique « 120 millions d'euros d'économies en dix ans, soit 20 % de notre budget », une gestion « saine » saluée par la Cour des comptes et l'IGF, un budget 2026 inférieur de 20 M€ à celui de 2024.

Sur la neutralité, elle rappelle que l'impartialité « ne figure pas dans nos textes » (mission confiée par l'Arcom à Bruno Lasserre) mais existe via un corpus déontologique ayant donné « huit » sanctions en deux ans. Elle annonce la publication, le lendemain, d'un « baromètre du pluralisme » par IA (près de 6 000 invités recensés en novembre), tout en avertissant qu'« il ne faut pas ficher les gens ». Face à l'étude de l'Institut Thomas More (60 % des chroniques de France Inter classées à gauche), elle conteste la méthode — « la météo, sur France Inter, est classée à gauche ! » — et martèle : « France Inter n'est ni de droite ni de gauche ! ». Sur Guillaume Meurice : « Je n'ai pas licencié M. Guillaume Meurice en raison de son billet d'humour, mais à cause de la déloyauté de son comportement ». Sur la gouvernance (holding/fusion), elle ne tranche pas mais souligne le coût (écart de rémunération moyenne d'environ 20 000 € avec France Télévisions) et plaide, « dans les dix-huit mois qui nous séparent de l'élection présidentielle », pour « ne pas déstabiliser nos entreprises ».

Les enjeux et confrontations

L'audition est ouvertement conflictuelle. Le président Patrier-Leitus l'ouvre par une mise en garde solennelle contre des attaques visant sa probité, annonçant des « action[s] juridique[s] et judiciaire[s] ». Le cœur des échanges est l'affaire Cohen-Legrand : vidéo clandestine (7 juillet 2025) montrant les deux journalistes avec des cadres du PS, à laquelle s'ajoute une révélation d'Europe 1 le matin même (préparation d'audition avec l'appui d'un député socialiste). Veil oppose un argument juridique répété — « depuis le 31 août, Thomas Legrand n'a aucun contrat avec Radio France » — et récuse le « complot politique [qui] ne tient pas », comparant l'exploitation d'échanges privés à la RDA du film « La Vie des autres ».

Le rapporteur Alloncle (UDR) conteste frontalement : Legrand « continue à officier sur France Inter, avec ou sans contrat » ; il oppose le traitement d'Achilli à celui de Cohen (Veil : « le silence ne vaut pas acceptation ») ; il porte la thèse d'une « hégémonie des socialistes […] de l'Arcom à Radio France et à France Télévisions ». La séance bascule au pénal : le rapporteur « confirme [qu'il] saisira le procureur conformément à l'article 40 » pour détournement de fonds publics, prise illégale d'intérêt et corruption — accusations qu'il porte seul, non des faits établis. Le président le recadre à plusieurs reprises pour des tweets déformant les propos de Veil (« ce n'est pas du tout ce qu'elle a dit ! ») et l'invite à saisir la justice plutôt qu'à tweeter. Un incident très vif oppose le président à Ersilia Soudais (LFI, « prenez une tisane ! »). À gauche, Hadizadeh (SOC) délégitime la commission (« votre groupe politique […] a utilisé son droit de tirage »), tandis que Parmentier (RN) soutient, pièces à l'appui, que Cohen « parle, il acquiesce, il participe ».

Ce que l'audition apporte

Elle documente la doctrine de défense de la principale radio publique face à la contestation : primauté de l'antenne sur les conversations privées, pluralisme apprécié « sur le temps long » par l'Arcom, sanctions au nom de la « déloyauté » et non de l'opinion. Sur le volet financier (14 semaines de congés, 65 primes dont une « prime de coiffure » versée à deux personnes, plan de départ volontaire de 15 M€), la direction répond par les sujétions du travail atypique et l'équilibre budgétaire. Surtout, l'audition acte une escalade procédurale — signalements au procureur annoncés par le rapporteur, tensions ouvertes sur la conduite même de la commission — qui déborde l'objet initial et éclaire le climat politique dans lequel se joue le contrôle parlementaire de l'audiovisuel public.