Qui est auditionné
La commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public (AN, 17e législature) reçoit, le 22 janvier 2026, les responsables du service des sports de France Télévisions : Laurent-Éric Le Lay, directeur des sports depuis 2016, qui porte la quasi-totalité de la parole ; Pascal Golomer, directeur délégué chargé de l'éditorial, qui n'interviendra pas ; et Céline Abisror Abbo, directrice déléguée aux droits sportifs, qui prendra la parole une seule fois. Le Lay vient du privé (Eurosport, puis quinze ans aux acquisitions de droits chez TF1), angle qu'il revendique pour parler des « coulisses économiques » du secteur. Séance présidée par Jérémie Patrier-Leitus, rapporteur Charles Alloncle (UDR). Les trois prêtent serment.
La substance défendue
Thèse centrale : « il existe dans le sport des enjeux que le marché ne peut, à lui seul, ni assumer, ni réguler, et le service public a un rôle irremplaçable à jouer ». Le Lay structure sa défense autour de trois convictions : le sport comme fait social fédérateur (« en 2025, plus de 56 millions de Français ont regardé du sport » sur ses antennes) ; l'invisibilité d'une partie du sport français sans le service public (effet d'entraînement des grands événements vers les disciplines confidentielles, plus de 80 disciplines couvertes) ; et l'accès gratuit menacé par une privatisation mondiale des droits — « Partout dans le monde, les droits sportifs basculent vers des plateformes payantes, souvent étrangères » (Roland-Garros nuit sur Amazon Prime, football et F1 sur Canal+, Coupe du monde féminine annoncée sur Netflix). Face à cela, « France Télévisions reste l'espace où le sport demeure un bien commun, accessible gratuitement ».
Les chiffres marquants portent sur le budget. Seul le budget global est public, « aux alentours de 200 millions d'euros » ; Le Lay en donne la trajectoire (202 M€ en 2017, 227 M€ en 2024 grâce aux JO de Paris) et la baisse récente : « En 2025, il était en baisse pour atteindre 189 millions, et ne sera que de 183 millions d'euros en 2026 » — tout en le qualifiant de « relativement stable ». Sommé par le président d'indiquer un plancher, il fixe un seuil : « Il ne faut surtout pas descendre pas au-dessous de notre budget moyen depuis dix ans, c'est-à-dire environ 200 millions d'euros », en deçà duquel la mission ne serait plus assurable. Il assume la sous-licence de matchs du Tournoi des six nations à TF1 (« je ne souhaite à aucun directeur des sports d'avoir à prendre ce type de décision »), pour cause de concomitance avec les JO d'hiver, mais distingue le cas de Roland-Garros, cédé directement à Amazon par la Fédération française de tennis.
Les enjeux et confrontations
L'audition se joue sur la transparence budgétaire. Le rapporteur Alloncle presse à trois reprises pour obtenir les montants de droits, de recettes et la ventilation par compétition, notamment sur la rentabilité des JO : « La direction de France Télévisions a indiqué que les Jeux avaient été rentables pour le groupe, mais cette vision semble contestée par quelques spécialistes. » Le Lay renvoie systématiquement au secret des affaires et à des réponses écrites, se retranchant derrière son périmètre (« ce n'est ni de mon ressort ni de ma responsabilité ») et évoquant des recettes publicitaires « considérables » sans les chiffrer. Le président avalise cette réserve devant le public. Abisror Abbo confirme la ligne : « Le montant des droits est couvert par le secret des affaires mais nous vous communiquerons par écrit des chiffres précis. »
Second axe, plus politique, porté par Aurélien Saintoul (LFI-NFP), qui pointe une « double injonction » : « faire autant voire mieux avec moins – ce qui est impossible ». Il teste l'hypothèse d'un classement de la Ligue 1 en événement d'importance majeure imposant une diffusion en clair. Réponse contre-intuitive du directeur des sports : « Si la Ligue 1 entrait dans la catégorie des événements sportifs d'importance majeure, les prix des droits s'effondreraient » sans régler une crise « structurelle » ; « Je ne recommande donc pas de faire ce choix, même si je serais ravi de diffuser un PSG-Marseille. » Sur l'UHD, en revanche, il rejoint le député : la course à la 4K/8K « n'a plus guère de sens et doit cesser », choix déjà acté comme levier d'économie.
Ce que l'audition apporte au dossier
L'audition livre une doctrine du service public sportif (le marché ne régule pas tout ; les droits versés irriguent les fédérations) et un plancher budgétaire chiffré — 200 M€ — opposable à ceux qui votent le budget, alors même que celui-ci est déjà tombé à 183 M€ prévus pour 2026. Elle objective, via une source Arcom citée par le rapporteur, le poids dominant de France Télévisions (« 71 % des retransmissions d'événements sportifs en 2023 », contre 16 % pour M6 et 9 % pour TF1), part que Le Lay s'engage à maintenir à « plus des deux tiers ». Elle documente enfin un point de friction transparence / secret des affaires non tranché en séance : les montants réclamés par la commission sont renvoyés à des transmissions écrites, et le caractère « contesté » de la rentabilité des JO reste une affirmation du rapporteur, non un fait établi.