La part du citoyenAudiovisuel public

22 janvier 2026 · réunion n°19

Audition, ouverte à la presse, des représentants syndicaux de France Télévisions : Mme Yvonne Roehrig, déléguée syndicale centrale SNME-CFDT à France Télévisions, et M. Christophe Pauly, coordonnateur Groupe France Télévisions pour la CFDT, Mme Eléonore Duplay, déléguée syndicale CGT au réseau France 3, membre du bureau national du SNJ-CGT, et M. Georges Pinol, journaliste à la rédaction nationale et DSC CGT, Mmes Mathilde Goupil et Anne Guille pour le SNJ (syndicat national des journalistes de France Télévisions), M. Aldo Fogacci pour l ’ UNSA, et MM. Bertrand Chapeau, délégué syndical Central, et Renaud Bernard, coordonnateur syndical de groupe pour FO France Télévision

YRYvonne RoehrigCPChristophe PaulyMme Eléonore DuplayEléonore DuplayGPGeorges PinolMGMmes Mathilde GoupilAUAldo Fogacci pour l ’ UNSABCBertrand Chapeau

Qui est auditionné

Il s'agit d'une audition conjointe, ouverte à la presse, des cinq organisations syndicales de France Télévisions, présidée par Jérémie Patrier-Leitus (HOR) et menée par le rapporteur Charles Alloncle (UDR). Sont présents : Bertrand Chapeau et Renaud Bernard (FO, arrivé en tête aux élections professionnelles de fin 2025 avec dix sièges sur vingt-six) ; Yvonne Roehrig et Christophe Pauly (CFDT) ; Eléonore Duplay et Georges Pinol (CGT) ; Mathilde Goupil et Anne Guillé (SNJ) ; Aldo Fogacci (UNSA). Mme Duplay, déléguée CGT au réseau France 3 et membre du bureau national du SNJ-CGT, occupe une place centrale : les trois autres organisations lui ont cédé une partie de leur temps de parole pour qu'elle lise un propos liminaire commun. L'audition intervient dans le sillage d'un rapport du Cedaet sur les conditions de travail au siège, entendu le matin même.

La substance

La thèse partagée par toutes les organisations est résumée par la CGT : « Nous ne sommes pas un coût, mais une richesse » — avec l'affirmation, avancée sans source, que « pour 1 euro d'argent public investi, France Télévisions en rapporte 2,40 à l'économie française ». Les syndicats valorisent 9 000 salariés (jusqu'à 62 000 à 70 000 emplois directs et indirects), près de 60 millions de téléspectateurs hebdomadaires, 24 antennes régionales et 9 chaînes outre-mer, le financement du cinéma et de la création, la plateforme éducative Lumni.

Leur diagnostic financier est commun : une baisse des moyens « depuis treize ans », marquée par la suppression de la publicité après 20 heures en 2009 (450 M€) puis, en 2022, la suppression de la redevance « remplacée par une fraction du produit de la TVA dont le montant est rediscuté à la baisse chaque année ». La CGT chiffre à 1,252 milliard la perte depuis 2008 ; l'UNSA relie cette instabilité à une « dépendance à l'égard des arbitrages budgétaires annuels » qui « empêche toute vision de long terme ». S'y ajoutent 1 500 emplois supprimés en dix ans, une forte dégradation des conditions de travail (RPS passés de 4e à 3e cause d'accident, tentatives de suicide dans le réseau depuis 2019) et l'alerte de la CGT sur un virage vers le streaming annoncé par Sitbon-Gomez au Figaro.

Sur la neutralité, les syndicats déplacent la question : le SNJ requalifie le terme en obligations légales du cahier des charges (« impartialité, indépendance et pluralisme »), l'UNSA affirme qu'« aucune consigne politique n'est donnée aux rédactions », et tous renvoient à l'Arcom, dont les rapports attesteraient du respect du pluralisme. FO fait de l'externalisation le vrai angle mort : sur France 5 « de 17 heures à 23 heures, nous n'avons pas le contrôle de la ligne éditoriale », d'où un appel à réinternaliser. Renaud Bernard chiffre l'enjeu — 509 M€ de « programmes de flux » externalisés en 2025 sur un budget de 3 milliards — et suggère qu'une part serait plus utile en interne.

Les enjeux et les confrontations

Le climat est tendu. Le rapporteur multiplie les mises en cause, que les syndicats contestent ou nuancent : le placement de Stéphane Sitbon-Gomez, « quelqu'un qui n'a jamais détenu de carte de presse » au « parcours militant », au-dessus de la direction de l'information (la CGT répond que « la direction restera bien autonome ») ; un parallèle entre les méthodes d'Ernotte et France Télécom (la CFDT concède « des similitudes » sans « crise de la même ampleur ») ; les rémunérations dirigeantes citées d'après la Cour des comptes (prime de 80 000 € à Ernotte, 53 voitures de fonction, suites au Majestic à 1 700 €/nuit), face auxquelles les syndicats invoquent l'absence de transparence, le caractère « anachronique » des véhicules et le fait que l'État valide la rémunération de la présidente ; la rigidité supposée des UCC, à quoi le SNJ oppose que « les données de M. le rapporteur ne sont pas à jour ».

Deux points sont les plus explosifs. D'abord les propos du présentateur Gilles Bornstein sur Zemmour (« il n'a pas le droit de venir ici »), que le rapporteur présente comme une consigne contraire au pluralisme et dont il demande la condamnation ; la CFDT y voit un « accident industriel intervenu en direct ». Surtout, l'affaire Claire Koç : Alloncle accuse la CGT d'avoir lancé « une campagne de harcèlement » contre cette journaliste après un communiqué qualifiant son article sur le 7 octobre de « communautariste » et reprenant, selon la CGT, « les thèses du Crif ». La CGT récuse le terme de harcèlement, parle d'une « communication syndicale » « mal comprise », exprime ses regrets et sa compassion, et affirme que ses propres élus ont ensuite été harcelés. Le président intervient sur le fond (« Le Crif ne représente pas la communauté juive de France »). Le député Aurélien Saintoul (LFI) dénonce une « inquisition » et qualifie le rapporteur de « membre de l'extrême droite », déclenchant un affrontement direct.

Ce que l'audition apporte au dossier

L'audition met au jour une doctrine syndicale commune (sous-financement politique plutôt que mauvaise gestion ; neutralité garantie par le professionnalisme et l'Arcom), tout en exposant une fracture nette entre la CGT, qui assume un engagement « éthique » contre l'extrême droite au titre de sa « double besogne », et FO, qui se revendique strictement apolitique et refuse toute censure envers les médias de « l'arc républicain ». Elle verse au dossier une piste budgétaire chiffrée sur l'externalisation (509 M€ de flux), documente les pertes éditoriales attribuées aux fusions (disparition de « Soir 3 », réforme Tempo, éditions « Ici »), et illustre la polarisation politique de la commission elle-même, plusieurs syndicats et députés (SOC, LFI) reprochant à ses prolongements médiatiques de créer une « souffrance au travail inédite ».