La part du citoyenAudiovisuel public

28 janvier 2026 · réunion n°21

Audition, ouverte à la presse, des responsables de l’information de France Télévisions : M. Alexandre Kara, directeur de l’information ; Mme Muriel Pleynet, directrice adjointe de l’information et directrice de France Info TV ; Mme Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique

AKAlexandre KaraMPMuriel PleynetNSNathalie Saint-Cricq

Qui est auditionné

Audition conjointe, ouverte à la presse, des trois responsables de l'information de France Télévisions : Alexandre Kara, directeur de l'information (principal auditionné), Muriel Pleynet, directrice adjointe de l'information et directrice de France Info TV, et Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique. Les trois prêtent serment. Particularité : Kara a annoncé son départ la semaine précédente — la présidence de France Télévisions a confirmé son remplacement par Philippe Corbé — mais le président Jérémie Patrier-Leitus maintient son audition, « car vous avez été responsable de l'information pendant plus de trois ans ». Kara se présente « en tant que journaliste » et défend le métier avec un angle assumé de plaidoyer pour le service public.

La substance

Thèse centrale de Kara : l'information de service public est irremplaçable et indépendante. « Sans l'information de service public, c'est toute une partie de l'information qui disparaîtrait » ; « c'est son devoir d'être là où le privé n'est pas » ; il faut « sanctuariser son financement » et son indépendance éditoriale. Il chiffre la mission : près de 3 000 invités politiques et 12 000 invités par an, « une centaine d'heures d'info par jour ». Point clé, tenu sous serment : « Je n'ai subi aucune pression, aucune demande, aucun ordre éditorial ni de la part de la présidente, ni de celle de Stéphane Sitbon Gomez », se disant « le responsable de l'ensemble de ce bilan ». Il érige la lutte contre la désinformation en « enjeu majeur des prochaines années » (partenariat Viginum), revendique un succès numérique (4 milliards de vues en un an, offre jeunesse) et pose une doctrine IA : « il doit y avoir un homme ou une femme au départ comme à l'arrivée ». Sur la réforme structurelle : « je suis favorable à une BBC à la française mais pas à une convergence éditoriale ». Alerte budgétaire notable sur le plan de 180 M€ d'économies : « nous allons devoir nous demander s'il ne faut pas abandonner une partie de nos missions ».

Les enjeux et les confrontations

Le rapporteur Charles Alloncle (UDR) conduit un interrogatoire serré et à charge. Il oppose à Kara sa propre exigence (un directeur de l'information « doit avoir une carte de presse ») le cas de Sitbon Gomez, ex-EELV « identifié comme "activiste politique" », « à la tête d'une rédaction de 2 600 journalistes, sans avoir jamais disposé de la moindre carte de presse » — Kara répond par la comparaison avec des ministres non-spécialistes entourés d'experts. Il pointe une culture du « recasage » (Delpech après « otages palestiniens »/« Gaza Riviera » ; Kara lui-même) et invoque les démissions de la BBC (Davie, Turness). Kara révèle avoir proposé sa démission après l'affaire Paty-Bernard (« Elle l'a refusée »), assure « je n'ai pas l'intention de prendre un emploi fictif » et lance : « j'ai vidé tous les placards ».

Le point le plus vif concerne Léa Salamé, compagne de Raphaël Glucksmann. Alloncle plaide un « principe de précaution » (jurisprudences Sinclair, Pulvar, Drucker, Schönberg) ; Kara assume un choix par la seule compétence et résume le désaccord : « ce n'est pas le constat, c'est le calendrier ». Sur les salaires, les trois auditionnés refusent de communiquer publiquement leurs rémunérations (« nous ne sommes pas élus de la République », Pleynet), renvoyant à la data room — ce qui déclenche un incident de séance. Les erreurs éditoriales sont reconnues comme « erreur humaine » corrigée (Pleynet). Sur une longue liste d'invités jugés militants ou mal présentés (Ventura, Dao, Alavi, Ardakani, Coquerel, Zucman) et sur le documentaire « Affaire Lola », Kara reconnaît des erreurs ponctuelles à vérifier, mais décline de répondre sur les magazines hors direction de l'information : « évitez de me poser des questions sur un périmètre qui n'est pas le mien ».

L'audition est fortement polarisée : le RN (Ballard, Parmentier) et l'UDR pointent un biais de gauche des rédactions ; la LFI (Saintoul, Soudais, Abomangoli) dénonce à l'inverse un glissement à droite et un traitement défavorable de Mélenchon (long incident de séance sur le « mansplaining » avec le président) ; DEM, EPR, EcoS défendent le service public et renvoient les critiques vers le privé.

Ce que l'audition apporte au dossier

Elle fixe la doctrine de la direction de l'information face à la commission : indépendance affirmée sous serment (invérifiable pour la commission mais opposée frontalement aux soupçons), reconnaissance d'un « périmètre » excluant les magazines externes, et refus assumé de la transparence salariale publique. Elle éclaire des points sensibles de gouvernance (rotation des directeurs, « placards », recasages contestés par le rapporteur) et livre trois contributions de fond au débat de réforme : le soutien à une « BBC à la française » sans fusion éditoriale, la ligne conditionnelle sur les conflits d'intérêts (application à la déclaration de candidature, non par précaution), et l'avertissement qu'une nouvelle contrainte budgétaire imposerait de renoncer à des missions. Les accusations les plus graves (montage « illicite » sur Depardieu selon Parmentier, biais militant, « triple discrimination ») restent attribuées à ceux qui les portent, Kara opposant l'absence de condamnation de « Complément d'enquête » et son refus de commenter des procédures en cours.