La part du citoyenAudiovisuel public

2 février 2026 · réunion n°24

Audition, ouverte à la presse, de M. Gilles Bornstein

GBGilles Bornstein

Qui est auditionné

Gilles Bornstein se présente sous serment comme « éditorialiste politique et salarié du service public depuis vingt ans ». Il conduit l'interview « Les Quatre vérités » (« Les 4V ») de « Télématin » sur France 2 et intervient dans la tranche 18-20 h de France Info (« Tout est politique »), dont il est le joker à la présentation. Il fut aussi rédacteur en chef de « Des paroles et des actes ». Troisième et dernière audition de la journée, après Léa Salamé et Laurent Delahousse, elle est présidée par Jérémie Patrier-Leitus (HOR), le rapporteur étant Charles Alloncle (UDR). Bornstein pose d'emblée sa ligne de défense : « je n'exerce aucune responsabilité de direction ni de fonction managériale ; je répondrai donc avec plaisir à vos questions sur l'exercice de mon métier, mais je ne saurais me prononcer sur des sujets qui excèdent ce cadre ». Il se qualifie d'« artisan » apportant un « éclairage de terrain ».

La substance

Fabrication de l'information. Bornstein décrit un travail collégial et rigoureux. Les invités ne connaissent pas les questions, mais il révèle « qu'il est d'usage que la programmatrice de l'émission et les collaborateurs de nos invités échangent en amont quant aux thématiques qui seront abordées », pratique qu'il juge « parfaitement normale ».

Pluralisme et temps de parole. Hors période électorale, la règle de l'Arcom est « un tiers du temps de parole pour l'exécutif et deux tiers pour les partis politiques » ; à l'intérieur des deux tiers, les rédactions arbitrent selon quatre critères (résultats électoraux, nombre d'élus, sondages, « capacité à animer le débat » — d'où l'exemple de Villepin non décompté). Il affirme un respect scrupuleux et que l'Arcom donne « quitus », et admet que « Les 4V », émission quotidienne, « permet parfois de rééquilibrer les temps de parole » du groupe.

France Info : audience, coût, identité. Face au rapporteur qui pointe une part d'audience de « 0,9 % » contre CNews (3,4 %), BFM (2,8 %) et LCI (2 %), un budget doublé en sept ans et le canal 16, Bornstein parle « d'un amour naissant » et d'un reach de 7 millions/jour. Sur le coût — « 28 millions par-ci, 40 millions par-là, voire 100 millions » —, il concède : « je ne me suis jamais interrogé sur le coût global de notre grille de programmes », tout en confirmant une contrainte budgétaire réelle. Comme ses collègues, il refuse de révéler son salaire (renvoi à la data room), mais reconnaît que pour les « animateurs stars, les différences sont immenses, en défaveur du service public ».

Les enjeux et confrontations

L'audition est tendue. Sur le rapport interne mettant en cause l'ex-directrice Muriel Pleynet (souffrance au travail), Bornstein répond que le jour évoqué « c'était le jour de mon anniversaire », ce qui lui vaut un recadrage du président : « Vous évacuez un peu vite la question du rapporteur ! » Il finit par reconnaître avoir « entendu parler de ce rapport » tout en n'ayant « jamais été témoin » de management toxique.

Le point le plus vif porte sur son passé chez Jean-Luc Delarue (Réservoir Prod) et l'affaire des animateurs-producteurs de 1996 (rapport Griotteray, marges ~40 %). Bornstein oppose : « Il me semblait que l'objet de cette commission d'enquête était le pluralisme dans l'audiovisuel public… ». Le député Erwan Balanant (DEM) s'insurge — « C'est lamentable ! » —, le rapporteur réplique — « C'est la dernière grande affaire dans l'audiovisuel public ! » —, et le président suspend la séance. À la reprise, Bornstein requalifie son rôle : « je n'étais pas le conseiller de Jean-Luc Delarue ; j'étais son salarié », étranger à la négociation des contrats.

Autres cas contestés soulevés par le rapporteur : la phrase de 2021 « Éric Zemmour n'a pas le droit de venir ici » (Bornstein invoque une consigne de la direction face à une « zone grise » de statut, et l'objection du cas Pigasse) ; l'affaire Cohen-Legrand qu'il aurait « presque invisibilisée » (Bornstein oppose en séance des contre-chiffres — « 49 occurrences […] sur France Info […] et 947 sur CNews » — sur une fenêtre de comptage différente) ; le meurtre d'Irina Zaroutska traité tardivement, qu'il ne « sait pas » expliquer ; l'expression « socialiste à visage humain » (il revendique le droit au « langage imagé » mais s'excuse auprès des Insoumis). La députée Ersilia Soudais (LFI-NFP) l'accuse d'une « obsession » anti-Mélenchon ; il riposte : « je constate que vous n'avez pas l'intention d'être impartiale ! » À l'inverse, Aurélien Saintoul (LFI) chiffre une surreprésentation de la droite (LR 8,85 %, PS 8,66 % contre LFI 6,32 %), que Bornstein dit ne pas reconnaître dans les analyses Arcom.

Ce que l'audition apporte

Elle documente, par la voix d'un praticien, la mécanique concrète du pluralisme : « Oui, je reçois des consignes tous les jours » de la déontologie de France Télévisions pour rééquilibrer les temps de parole, sans que Bornstein y voie de contradiction — « Un chef est fait pour cheffer ». Elle éclaire aussi le pilotage budgétaire ressenti (refus de moyens, frais de taxi), la question des « zones grises » de statut avant candidature (Zemmour, Pigasse, Leclerc) et l'absence de synergie d'ampleur France Info TV/Radio, sur fond de projet de holding porté par le président. Enfin, Bornstein conteste frontalement le terme même de la commission : « Le mot "neutre" ne veut pas dire grand-chose. En revanche, je m'efforce d'être impartial. » Sa doctrine — l'éditorialiste analyse sans être partial, dans un cadre déontologique ferme — se heurte tout au long de l'audition aux cas concrets où le rapporteur voit un biais ; les accusations, factuellement contestées et non tranchées en séance, restent attribuées à qui les porte.