Qui est auditionné
Audition conjointe, ouverte à la presse, de Yannick Letranchant, directeur des opérations spéciales de l'information et des antennes de France Télévisions (37 ans de service public, ancien directeur de l'information du groupe, rattaché directement à la présidente Delphine Ernotte), et d'Arnaud Ngatcha, directeur d'unité de programmes à la direction des antennes et des programmes (rattaché au n°2 Stéphane Sitbon-Gomez), par ailleurs conseiller de Paris et maire adjoint d'Anne Hidalgo chargé de l'international. La séance est présidée par le vice-président Philippe Ballard (le président Patrier-Leitus est absent) ; le rapporteur Charles Alloncle (UDR) mène l'interrogatoire.
La substance
Dans son propos liminaire, Letranchant défend la doctrine de l'« événementialisation » des antennes : face au recul d'environ 20 % du temps passé devant la télévision en trois ans, seuls les grands rendez-vous rassemblent encore (il cite le Super Bowl et ses « plus de 100 millions de téléspectateurs »). Il l'ancre dans les articles 1, 2, 3, 8 et 14 du cahier des charges pour soutenir sa thèse centrale : « L'"événementialisation" des antennes n'est donc pas un choix de programmation ou un levier d'audience. Elle est un marqueur éditorial fort du service public. » Il précise qu'il coordonne (plus de vingt comités de pilotage transverses en 2025) mais ne fabrique pas, sauf le Téléthon qu'il produit seul depuis le départ de Philippe Vilamitjana. Ngatcha, lui, décrit son métier de directeur d'unité — monter des émissions « de A à Z » (40 ans de la Fondation Brigitte Bardot, « Urgence océan ») — pour prouver la réalité de son activité.
Les enjeux et confrontations
L'audition est très largement dominée par un interrogatoire à charge visant Ngatcha, autour de trois axes annoncés par le rapporteur : conflits d'intérêts, financement, fonctionnement.
- Emploi fictif : le président rappelle qu'au 23 mai 2025 l'association Transparence citoyenne a déposé plainte au PNF, l'accusant d'un « salaire annuel d'environ 100 000 euros sans preuve d'activité concrète ». Ngatcha répond frontalement : « Je réfute ces accusations ! »
- Cumul et rémunération : le rapporteur additionne salaire (100 000 € net) et indemnité d'élu (env. 60 000 €) pour construire un total de « 160 000 euros [...] dans le top 1 % des Français [...] financée intégralement par le contribuable », lui reproche de n'avoir signé « aucun avenant depuis 2018 » et de n'être pas passé à temps partiel comme, dit-il, Laurent Delahousse. Ngatcha oppose une distinction juridique — « Je ne cumule pas d'activités [...] j'ai un mandat et une activité professionnelle » — et se retranche sur « la loi, rien que la loi ».
- Data room et vie privée : sur la rémunération, la voiture de fonction (50 bénéficiaires sur 9 000 salariés) et l'arrêt de travail de son assistante (rumeur de « bore-out » relayée par le compte Médias citoyens, qu'il menace de poursuivre en diffamation), Ngatcha refuse systématiquement de répondre, invoquant « le droit au respect de la vie privée [...] un principe à valeur constitutionnelle » et le secret médical. Le rapporteur oppose : « Il n'y a pas ici d'éléments à valeur constitutionnelle ! [...] C'est de l'argent public », et rappelle que le secret médical « ne s'oppose en rien au travail d'une commission d'enquête » (article 6 de l'ordonnance de 1958). Il acte finalement : « je note que vous refusez de répondre à nombre de mes questions ».
- Contradiction avec Ernotte : le rapporteur oppose les propos de la présidente sous serment le 10 décembre (Ngatcha « s'occupe du Téléthon », « a fait Urgence océan », écarté des JO pour conflit d'intérêts) aux documents transmis par le groupe, et demande « Qui dois-je croire ? ». Letranchant confirme être le seul référent du Téléthon et qualifie l'écart d'« imprécision liée à une organisation plus ancienne », non de mensonge.
Le rapporteur pousse aussi sur la proximité présumée entre le PS parisien et l'audiovisuel public (Grégoire, Lemardeley sœur d'Ernotte, expression « petite mafia delanoïste » citée du Nouvel Obs) : Ngatcha se dit « de la société civile », non encarté, et refuse ce terrain. Sur la diversité, le rapporteur affirme, d'après une audition antérieure, que l'Arcom « comptabiliserait des taux de personnes non blanches », pratiques « en contradiction avec la culture universaliste de la France » — ces assertions restent celles du rapporteur, non établies par la commission ; Ngatcha ne juge pas les pratiques actuelles.
Ce que l'audition apporte
Outre la doctrine défendue par Letranchant, l'audition met en tension la crédibilité des témoignages successifs de la direction (Ernotte vs documents FTV) et la question du contrôle de l'argent public face au secret invoqué. Elle contient un aveu notable de Letranchant sur un fait ancien : le drame de Mossoul (19 juin 2017, mort des journalistes Villeneuve, Robert et du fixeur Bakhtiyar Haddad, ce dernier sans assurance ni contrat) — « il y a clairement eu un non-respect de la procédure. Je venais d'arriver et je me suis séparé de Jean-Pierre Canet », affirmant que le groupe est allé « au-delà » de ses obligations pour les familles. Letranchant explique enfin la « valse » des directeurs de l'information par la dureté du poste (« un full time job [...] épuisant et harassant »), le choix relevant de la présidente.