Qui est auditionné
Tristan Waleckx, présentateur et rédacteur en chef de « Complément d'enquête » (magazine d'investigation de France 2 / France Télévisions), est entendu sous serment, avec Séverine Lebrun (rédactrice en chef adjointe), Emmanuel Gagnier (rédacteur en chef à France 2) et le grand reporter Louis Milano-Dupont. Devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public (président Jérémie Patrier-Leitus, rapporteur Charles Alloncle), l'équipe vient défendre l'investigation comme une « singularité du service public » : indépendance éditoriale, collégialité des choix (conférence de rédaction du lundi), pluralisme et déontologie. Formule de positionnement de Waleckx : « nous ne sommes pas des journalistes militants, mais je revendique que nous soyons des militants du journalisme ».
La substance
Waleckx revendique 612 numéros en vingt-cinq ans, plus de 1 500 invités, une dizaine de prix en cinq ans, et le fait qu'« en dix ans » l'émission n'ait « jamais été condamnée sur le fond » ni « sanctionnée par l'Arcom ». Il cite un baromètre Ifop 2025 (« 65 % des Français pensent que France Télévisions est impartiale ») et une hausse de 77 % de l'audience des 15-34 ans sur sa case entre 2020 et 2025. Sur les coûts, le rapporteur avance, d'après la presse, 400 000 € par numéro (270 000 €/heure) comparés à ~1 000 € l'heure de commission ; Waleckx qualifie le chiffre de « totalement erroné » (coût réel deux à deux fois et demie moindre ; tarif Satev de 1 700-1 800 €/minute). Il refuse de révéler publiquement son salaire (« décidé collectivement »), le renvoyant à la data room ; le rapporteur annonce un classement des salaires dans son rapport.
Les enjeux et confrontations
L'audition s'ouvre solennellement sur l'accusation portée sous serment le 5 février par la ministre Rachida Dati : « Complément d'enquête » aurait tenté, via un tiers, de monnayer un témoignage d'un proche à charge. Le président avertit que sa question peut l'engager à saisir la justice. Waleckx (« Je démens cela catégoriquement et sous serment ») et Milano-Dupont (« Jamais je n'ai monnayé un témoignage ») réfutent frontalement ; le reporter révèle avoir reçu « un mail (…) d'un proche de Mme Dati » qui exonère l'émission. Le président demandera cette pièce à Milano-Dupont, et à la ministre les documents qu'elle disait détenir (accusations non tranchées, versions contradictoires).
Le rapporteur mène ensuite un interrogatoire serré et à charge : déséquilibre politique allégué (« plus de dix pour la droite, trois pour le centre et quatre pour la gauche »), que Waleckx conteste (« une égalité parfaite », méthode de décompte erronée) ; media training (Le Parisien) que Waleckx nie (« j'ai écrit mon propos liminaire moi-même ») ; puis une série d'affaires — Puy du Fou (titre changé, charte de Munich), Algérie / Driencourt où Waleckx dément toute censure (« Il n'a pas été censuré. Son interview ne figurait même pas au montage »), CNews / RSF (source discréditée par le rapporteur via son financement Soros ; séquence d'1 min 30 retirée faute du contradictoire de l'Arcom, sans « erreur factuelle » selon Lebrun), et Depardieu, où Waleckx maintient sous serment que « Gérard Depardieu a bien sexualisé une fillette » face à l'accusation de montage trompeur — le président rappelant qu'« une procédure judiciaire est en cours » et que la commission « n'[est] pas un tribunal ».
Fait notable, le président se démarque publiquement de son rapporteur : il « n'accepte pas qu'on cite (…) une étude qui classe les violences conjugales et les féminicides comme (…) des sujets de gauche » (Institut Thomas More), Alloncle défendant la légitimité de sa source. Le RN (Ballard) accuse l'émission de « fake news » sur immigration/insécurité (Waleckx oppose corrélation et causalité, s'appuyant sur le Cepii) ; la gauche (LFI, SOC) la soutient, Belhaddad y voyant un « combat culturel » de l'extrême droite pour « démonter » l'audiovisuel public.
Ce que l'audition apporte
Elle verse au dossier un démenti sous serment de l'accusation Dati assorti d'un élément matériel nouveau (le courriel), déclenchant une demande de pièces qui pourrait mener à une saisine judiciaire. Elle expose la doctrine de l'émission (indépendance, contradictoire, caméra cachée en dernier recours, refus d'enquêter sur soi car « juge et partie »), documente les chiffres disputés (coûts, pluralisme, audiences) et, surtout, met en lumière une ligne de fracture interne à la commission entre un rapporteur offensif et un président soucieux de bornes déontologiques.