La part du citoyenAudiovisuel public

17 février 2026 · réunion n°38

Audition, ouverte à la presse, des sociétés représentant la production audiovisuelle

Qui est auditionné

Table ronde, ouverte à la presse, de sept organisations patronales de la production audiovisuelle représentant près de 900 entreprises : AnimFrance (animation), la Ficam (industries techniques), le Satev (agences de presse audiovisuelles), le Sedpa (distribution), le Spect (émissions de flux), le SPI et l'Uspa (œuvres patrimoniales). Les porte-parole les plus actifs sont Stéphane Le Bars (délégué général de l'Uspa, qui porte le propos liminaire) et Iris Bucher (présidente de l'Uspa, également productrice), Cyrille Perez (SPI), Samuel Kaminka (AnimFrance), Vincent Gisbert (Spect), Christian Gerin et Florence Braka (Satev). Tous prêtent serment. L'audition est présidée par Jérémie Patrier-Leitus ; le rapporteur Charles Alloncle conduit la partie critique. Angle des auditionnés : défendre l'audiovisuel public comme premier client et « poumon » de leur filière.

La substance

Thèse centrale : « On ne raconte pas les mêmes histoires (…) sur France Télévisions ou sur Arte que ce que l'on peut faire sur TF1 ou sur Netflix. » France Télévisions est présentée comme le premier partenaire de la création — 440 M€/an jusqu'en 2024, 35 % des fictions, ~50 % des documentaires et animations, un tiers du spectacle vivant, ~700 producteurs partenaires — au sein d'une filière de 260 000 emplois et 12,6 Md€ de valeur ajoutée, le tout « pour 3 euros par mois et par habitant » (le président chiffrant de son côté le coût à 60 €/an/habitant, soit 4 Md€).

Les auditionnés alertent sur des baisses budgétaires : enveloppe création passant de 440 à 420 M€ (2025-2026), avec 400 M€ en vue pour 2027, et un -5 % (20 M€) déjà appliqué puis étendu par le CA de France Télévisions — baisse qui, disent-ils, se traduit non par des coûts moindres mais par « une baisse du nombre d'œuvres » et plus de rediffusions. Ils soutiennent que la hausse de +33 % des contributions (875 M€ → 1,167 Md€) vient « exclusivement » des plateformes américaines (directive SMA, 2021), lesquelles ont des coûts trois fois plus élevés, se concentrent sur « une dizaine » d'œuvres et investissent, pour l'animation, « 94 % des fonds dus » dans le catalogue : elles ne compenseraient pas une baisse de France Télévisions.

Les enjeux et les confrontations

Le rapporteur Alloncle déroule une ligne critique : le secteur « semble plutôt très bien se porter » et les plateformes « suffiraient à compenser » une coupe des crédits publics. Il pointe une possible surfacturation (à partir de la déclaration Ernotte et d'une enquête du Figaro Magazine sur les « Meurtres à… »), une hyperconcentration de la décision autour de M. Sitbon-Gomez impliquant « des copinages, peut-être des conflits d'intérêts », des fournisseurs (Mediawan, Banijay, Studio TF1 : 74 % du top 9, ~30 % des commandes), un « mercato » d'ex-dirigeants touchant de fortes indemnités avant d'être recrutés par des producteurs, et interroge avec insistance une clause « diversité », demandant si l'on va « jusqu'à compter les "personnes non blanches" ». Ces mises en cause sont attribuées au rapporteur ou à des sources (Le Figaro, syndicat interne, Arcom), non établies en séance.

Les auditionnés répliquent point par point : la clause diversité est « tout à fait une clause d'intention » (« Ayant vocation… »), « il n'y a pas de quotas » ni de sanction ; sur les marges, Iris Bucher oppose des chiffres certifiés par commissaire aux comptes — marge négative sur « Meurtres à Nîmes », 9,78 % sur « Saint-Malo » — aux « 50 % du Figaro » ; le barter et les avantages en nature (Cannes, Le Majestic) leur sont inconnus. Le président arbitre le ton : il recadre le rapporteur, jugeant que « communiquer avant même l'audition (…) entraîne le type d'erreur factuelle qui vient d'être rectifiée », et s'accroche avec lui sur l'accès aux données (« data room » vs transparence envers les Français). Vincent Gisbert résume l'impuissance de la filière : « À part m'immoler par le feu (…) pour devenir le Jan Palach de l'audiovisuel public (…) Nous avons hurlé. »

Ce que l'audition apporte

Un éclairage détaillé sur la mécanique de commande (pitch, convention de développement, comité éditorial, plan de financement — 53,18 % d'apport France Télévisions cité pour la série « Surface ») et sur l'« accord transparence » (2016-2017). Elle verse au dossier des chiffres vérifiables contre l'enquête de presse, une ouverture des professionnels à un encadrement déontologique renforcé des transferts, et surtout une piste d'enquête non tranchée : Cyrille Perez affirme que « pour la première fois, la tutelle a demandé qu'il y ait des baisses sur le budget de la création », ce que le président acte ne pas avoir entendu du ministère — « nous vérifierons ».