Qui est auditionné
Il s'agit d'une audition conjointe des trois dirigeants de Together Média, société de production créée en octobre 2015 : Renaud Le Van Kim, président (réalisateur-producteur, également cofondateur du média Brut), Nathalie Darrigrand, directrice générale en charge des contenus (ancienne directrice de France 5 puis des programmes de France Télévisions), et Benjamin Oulahcene, producteur éditorial. La société produit, en coproduction avec France Télévisions et via sa structure interne « la Fabrique », des rendez-vous du débat d'idées de France 5 (« C politique », « C ce soir », « En société ») et d'Arte (« 28 minutes »). Le Van Kim porte l'essentiel de la parole ; Darrigrand et Oulahcene répondent sur leurs dossiers propres. Tous trois prêtent serment. La séance est présidée par Jérémie Patrier-Leitus ; le rapporteur Charles Alloncle (UDR) conduit un interrogatoire serré de quarante-cinq minutes.
La substance
Les auditionnés défendent leur légitimité professionnelle et la légalité des procédures. Le Van Kim conteste l'idée d'une « jeune société » favorisée : à 56 ans lors de la création, il avait « trente-cinq années d'activité », était « une référence », et a remporté ses émissions sur appels d'offres (« j'imagine que je l'ai gagné parce que mon dossier était le meilleur »), « C dans l'air » n'ayant été qu'une prestation de service, non une coproduction. Il explique l'envolée du chiffre d'affaires — 4,7 M€ (2017) à 14,1 M€ (2022), de la 43ᵉ à la 10ᵉ place — par le passage d'émissions hebdomadaires à quotidiennes, niant toute « croissance structurelle ». Il revendique une ligne éditoriale résumée par « débattre pour ne pas se battre », deux « principes intangibles » (pluralisme, indépendance des journalistes), une marge nette de 3 % (2024), aucun dividende, un effort de 5 % du chiffre d'affaires rendu à France Télévisions, et des audiences en hausse de 1,5 million quand la télévision française perd 5 millions de téléspectateurs. Sur le pluralisme, la défense tient en trois points : les politiques représentent « moins de 10 % » des invités, l'Arcom juge à l'échelle de la chaîne et non de l'émission, et le déficit de l'exécutif tient à ses refus (« quarante-trois invitations à des ministres [...] quarante-trois refus »).
Les enjeux et confrontations
Le rapporteur mène l'attaque sur trois fronts. L'accès aux marchés : il installe la concomitance entre la création de Together (2015) et l'arrivée de Delphine Ernotte à France Télévisions. Le pantouflage de Darrigrand, impliquée dans l'attribution de « C politique » puis passée chez le producteur après des indemnités « de près de 400 000 euros » — qu'elle défend comme « légale, conforme à l'état du droit et aux accords collectifs », niant tout conflit d'intérêts (« En aucun cas, il n'y a conflit d'intérêts »). Le pluralisme et l'honnêteté de l'information : Alloncle dit avoir classé les invités par intelligence artificielle (66 % de « socialistes et progressistes » contre 6,6 % de « libéraux et conservateurs » sur « C politique »), méthode qu'Oulahcene récuse (« je préfère l'intelligence humaine de mes journalistes »). Il reproche la présentation d'invités engagés comme simples « experts » — pour Stéfanie Prezioso, Oulahcene concède un « oubli », après un échange où il la croit « écologiste » et où président et rapporteur la disent « d'extrême gauche ».
L'audition est surtout marquée par une fracture ouverte au sein de la commission. Le président désavoue la méthode du rapporteur sur les coûts du Festival de Cannes (contrat de 2,6 M€, 60 000 € pour Virginie Efira) : « Il y a une différence entre la transparence que l'on doit aux Français et le voyeurisme », y voyant une atteinte au secret des affaires — le rapporteur opposant « C'est de l'argent public ! ». Les échanges dégénèrent (« arrêtez de mentir aux Français ! » ; Duby-Muller, DR : « Cessez de vous victimiser ! » ; Soudais, LFI, dénonçant une « chasse aux sorcières »). Alloncle révèle enfin une information judiciaire ouverte contre Delphine Ernotte (abus de biens sociaux, recel) au sujet des suites du Majestic ; Le Van Kim conteste la présentation, imputant les chambres à Brut via un mécanisme de bartering, « sans dépenser de deniers publics ».
Ce que l'audition apporte
Le dossier de la commission y gagne des pièces factuelles (trajectoire de chiffre d'affaires, existence des lettres fermes de l'Arcom, suspension puis réautorisation des invités politiques, coûts de Cannes, information judiciaire) et une doctrine défendue : coproduction, collégialité des décisions, débat d'idées plutôt qu'émission politique. Il révèle surtout une commission divisée sur sa propre méthode — recours à l'IA, secret des affaires, mise en cause individuelle — le clivage traversant la majorité comme l'opposition. Les responsabilités pointées (favoritisme, pantouflage, biais de pluralisme) restent des accusations portées par le rapporteur, contestées point par point par les auditionnés et non tranchées en séance ; l'information judiciaire visant Mme Ernotte demeure une enquête, non une condamnation.