La part du citoyenAudiovisuel public

25 février 2026 · réunion n°45

Audition, ouverte à la presse, de M. Jean-Jacques Cordival, secrétaire général du Syndicat des personnels de la communication et de l'audiovisuel (SNPCA-CGC), M. Jacques Larose, délégué syndical CGC au siège de France Télévisions, et M. Freddy Bertin

JCJean-Jacques CordivalJLJacques LaroseFBFreddy Bertin

Qui est auditionné

Table ronde du syndicat CGC de France Télévisions (SNPCA-CGC), reçu seul et séparément des autres organisations. Trois personnes sous serment : Jean-Jacques Cordival, secrétaire général du syndicat et président de la fédération CGC des médias (il a quitté le groupe en 2000 et fut candidat à la présidence de France Télévisions) ; Jacques Larose, délégué syndical au siège ; Freddy Bertin, chef d'équipement son, trente ans d'ancienneté, qui témoigne « d'abord » comme salarié. La CGC pèse près de 20 % au siège (5,35 % dans l'entreprise). La séance est présidée par la vice-présidente Céline Calvez (EPR), qui déclare spontanément avoir siégé aux CA de Radio France (2017-2022) et de France Télévisions (2023-2024). L'audition a lieu dans un contexte litigieux : la CGC, non convoquée à la table ronde du 22 janvier (« un mail a pourtant bien été envoyé mais il ne vous est visiblement pas parvenu »), a déposé plainte contre le président de la commission via Me Goldnadel.

La substance

Le syndicat pose d'emblée une ligne : opposition « le plus résolument » à la privatisation — « L'audiovisuel public n'est pas une marchandise […] Il est le bien de tous les Français » — tout en assumant de dénoncer les « gabegies » de gestion depuis une décennie ; les deux positions sont, selon lui, distinctes. Cordival renverse l'angle « neutralité » de la commission : « Ce n'est pas cette neutralité fuyante qui menace vraiment le pluralisme ; c'est la concentration privée. »

Sur le financement, il oppose au déficit consolidé du groupe (81 M€ cumulés 2017-2024, avancé par le rapporteur) le déficit de l'entité France Télévisions SA, « extrêmement déficitaire : - 256 millions en 2024, - 290 millions en 2025 », qu'il attribue à la Cour des comptes et à l'IGF, avec trois emprunts (~70 M€) et un risque de dissolution. Il dénonce l'absence de comptabilité analytique, promise par Delphine Ernotte dans ses programmes de 2015, 2020 et 2025 : « comment se fait-il que, dix ans après, personne ne lui dise […] Vous ne l'avez pas fait. Pourquoi ? » La nomination et le troisième mandat d'Ernotte sont qualifiés de « mascarade », au regard des critères de compétence et d'expérience de la loi de 2013.

Chiffres et cas marquants : salaire moyen de 72 000 € tiré par une trentaine de dirigeants entre 250 000 et 300 000 € et une présidente à ~412 000 € (prime ~80 000 €) ; « les cinquante plus gros salaires […] équivalent à peu près à un quart de la masse salariale annuelle des 577 députés » ; masse salariale proche du milliard malgré ~2 300 ETP en moins, « 40 % de son chiffre d'affaires » contre « 18 % » pour TF1. Il dénonce des « placards », du « bore-out », un « salariat déguisé » (cas Samuel Étienne), la concentration des programmes sur Together Media, Mediawan (>110 M€/an, fonds KKR) et Banijay, et un « deal » présumé pour les dirigeants : indemnité « de l'ordre de 400 000 euros » plus « l'assurance de retrouver un emploi ». Bertin décrit un bilan social « très mauvais », un management « autoritaire, voire toxique » (rapport CEDAET) et « la perte de sens au travail ».

Les enjeux et confrontations

Le rapporteur Charles Alloncle (UDR) relaie et amplifie ces accusations : il parle de propos « extrêmement graves », demande s'il y a eu « parjure » de la direction sur les frais de Cannes, si FTV a « cherché à maquiller ses comptes », et nomme lui-même M. Ngatcha sur les soupçons d'emploi fictif. Cordival affirme l'existence d'une « cellule institutionnelle » de trois membres de la direction « payés par l'argent du contribuable » préparant les auditionnés — la partie « questions transmises à l'avance » étant, de son propre aveu, non confirmée. Larose témoigne d'une tentative de la direction de choisir les représentants CGC (« On a cinq noms, lesquels choisit-on ? »).

La confrontation la plus visible n'oppose pas l'audité au rapporteur mais le rapporteur à la présidence de séance : désaccord ouvert sur la durée (Alloncle exige les 45 minutes habituelles, conteste un arrêt anticipé, suspension de cinq minutes), avec cette pointe — « Le fait que ces messieurs aient un point de vue critique […] expliquerait-il qu'on réduise leur temps de parole ? ». Seul contrepoint de fond côté députés, la socialiste Ayda Hadizadeh recadre Cordival sur Cannes : « Vous êtes beaucoup plus précis dans votre blog que vous ne l'êtes en commission […] Ce n'est pas de l'argent public », y voyant une « zone grise ». Cordival maintient : « Il est impossible […] qu'aucun argent public n'ait été engagé. »

Ce que l'audition apporte

Un point de vue syndical entièrement à charge contre la direction d'Ernotte, mais explicitement pro-service public et anti-privatisation — utile pour dissocier, dans le dossier, critique de gestion et projet de cession. Elle verse un chiffrage discuté (déficit FTV SA, ratios de masse salariale) et des pistes de recommandation actionnables : comptabilité analytique, déontologie du « pantouflage » dirigeants/producteurs, sincérité des comptes, encadrement des contrats pluriannuels (Cordival renvoie au projet « Pour une dynamique d'avenir » de Frédérique Dumas). Elle soulève surtout deux questions touchant la commission elle-même : la préparation des auditionnés par une cellule financée sur fonds publics, et une tension interne sur la conduite des travaux. La quasi-totalité des accusations (Cannes, Nagui, comptes insincères, emplois fictifs, CDD Mediawan) s'appuie sur des plaintes ou instructions en cours et n'est pas établie ; Cordival le rappelle lui-même : « je ne suis pas juge d'instruction, et j'attends que l'instruction soit terminée. »