La part du citoyenAudiovisuel public

26 février 2026 · réunion n°46

Audition conjointe, ouverte à la presse, des dirigeants de la société de production Mediawan : M. Pierre-Antoine Capton, président, Mme Delphine Cazaux, directrice générale en charge des opérations, M. Guillaume Izabel, directeur de la stratégie et des opérations, Mme Justine Planchon, présidente de Mediawan France en charge du flux, et M. Thomas Anargyros, président de Mediawan France en charge de la fiction

PCPierre-Antoine CaptonDCDelphine CazauxGIGuillaume IzabelJPJustine PlanchonTAThomas Anargyros

Qui est auditionné

Audition conjointe, ouverte à la presse, de cinq dirigeants de Mediawan : Pierre-Antoine Capton (président et principal répondant), Delphine Cazaux (directrice générale en charge des opérations), Guillaume Izabel (directeur de la stratégie et des opérations), Justine Planchon (présidente de Mediawan France en charge du flux) et Thomas Anargyros (président de Mediawan France en charge de la fiction, ex-président de l'Uspa). Mediawan, créé en 2015 par Capton avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, se présente comme le premier studio de production indépendant européen (1,5 Md€ de CA en 2024, plus de 80 sociétés dans 13 pays). C'est surtout, selon le président de séance, la première société de production en volume de contrats avec France Télévisions — « un peu plus de 110 millions d'euros par an ». Capton répond en position d'entrepreneur défendant l'indépendance de son groupe et le modèle français de production.

La substance

Thèse centrale de Capton : « Un producteur indépendant n'est pas un média. Il ne porte pas de ligne éditoriale propre. » Il en déduit que l'actionnariat ne saurait influer sur le contenu, la responsabilité éditoriale revenant au diffuseur (France Télévisions garde supervision, contrôle de conformité et final cut). Chiffres et positions clés : France Télévisions pèserait « moins de 5 % » du CA du groupe et, sous la pression du président, Capton concède « il est de 25 %, et non de 40 % comme l'a indiqué NPA Conseil » pour Mediawan France ; le CA France a progressé de 30 à 40 % (2020-2025) quand celui réalisé avec FT stagnait ou baissait — donc « aucune dépendance ». Sur le capital, Capton jure : « Sous serment, je peux vous dire que KKR n'est pas l'actionnaire majoritaire de Mediawan », le contrôle appartenant aux trois fondateurs via une action de préférence pérenne (Izabel confirme deux représentants KKR sur quatorze au conseil de surveillance, un droit de veto d'investisseur minoritaire « classique »). Anargyros défend l'exception culturelle : le ~1 Md€ d'aides publiques serait « gagnant-gagnant » (« pour 1 euro investi par l'État [...] 8 à 11 euros reviennent sur le territoire ») et Mediawan travaillerait « à marge zéro » en fiction avec FT, se rémunérant sur l'exploitation des droits.

Les enjeux et confrontations

L'audition est tendue et polarisée. Le rapporteur Charles Alloncle (UDR), saluant d'abord la « belle réussite », revient en quatre questions successives sur une seule cible : KKR est-il le premier actionnaire, et pourrait-il prendre le contrôle via une clause (golden share liée aux aides du CNC) ? Capton refuse le pourcentage au nom du secret des affaires (Mediawan n'est pas cotée, à la différence de Banijay), requalifiant la question — « le premier actionnaire, c'est Xavier Niel, Matthieu Pigasse et moi-même ». Le président Patrier-Leitus rappelle que le secret des affaires n'est pas opposable à une commission d'enquête, tout en affichant une position distincte du rapporteur : « ça ne me pose pas de difficulté qu'un fonds d'investissement américain soit actionnaire d'une société de production française ».

Plusieurs contradictions sont exploitées par le rapporteur. Capton affirme que « Xavier Niel et Matthieu Pigasse ne seront pas invités dans "C à vous" » ; Alloncle objecte aussitôt que Niel y fut invité le 30 janvier 2024 pour vendre sa Freebox, avec mise en garde de l'Arcom — ce qui fragilise l'assertion « jamais sanctionnés par l'Arcom ». Mediawan le reconnaît et s'engage à ne plus le réinviter. Sur Pigasse, le rapporteur pose l'insinuation la plus directe — Mediawan serait « un cheval de Troie au service d'un agenda politique de gauche » — que Capton renvoie (Pigasse s'exprime via son groupe Combat Media, sans rôle opérationnel) : « Si un jour Matthieu Pigasse me demandait de suivre une ligne éditoriale [...], je démissionnerais immédiatement. »

Deux incidents marquent la séance. Capton accuse un auditionné de la veille (le syndicaliste CGC Cordival) d'avoir « menti sous serment » en affirmant que Mediawan aurait privatisé Maxim's pour fêter par anticipation la reconduction de Delphine Ernotte ; Capton dément (c'était son cinquantième anniversaire) et réclame que la « diffamation soit retenue », le président annonçant examiner un possible parjure. Enfin, un échange violent oppose le député Erwan Balanant (DEM), qui défend l'auditionné et juge le rapporteur « acharné », à Alloncle : Balanant lance « Mais t'inquiète, on va te régler ton compte ! », qualifié de menace, provoquant une suspension de séance et un renvoi devant le bureau de l'Assemblée.

Ce que l'audition apporte

Pour la commission, l'audition documente la structure capitalistique du premier fournisseur du service public (contrôle revendiqué français, KKR minoritaire, refus du pourcentage précis, recours de syndicats devant le tribunal administratif sur les aides du CNC) et l'économie réelle de la production (marges contestées — le rapporteur cite des audits évoquant « C à vous » à 18 % au lieu de 8 %, Cazaux répondant ~4 % après retraitements). Elle pose la doctrine de Capton (producteur ≠ média ; consolidation nécessaire face aux plateformes ; menace de l'IA sur les métiers de fabrication) et illustre surtout la fracture interne de la commission entre l'angle coût/soupçon du rapporteur et la défense du secteur par la majorité — la neutralité imposant de tenir les insinuations (KKR, Pigasse, Qatar, Maxim's) pour des accusations attribuées, non pour des faits établis.