Qui est auditionné
Audition conjointe des dirigeants de France Médias Monde (FMM), société nationale de programme en charge de l'audiovisuel extérieur (France 24, RFI, Monte Carlo Doualiya, offres numériques dont ZOA), qui émet en vingt et une langues et touche environ 270 millions de personnes par semaine. Sont entendus, sous serment, Marie-Christine Saragosse (PDG, en poste depuis 2012, reconduite en 2023), Roland Husson (DG en charge du pôle ressources, arrivé en 2023), Jean-Marc Four (directeur de RFI) et Vanessa Burggraf (directrice de France 24). La séance est présidée par François-Xavier Ceccoli, le président de la commission Patrier-Leitus s'étant déporté comme administrateur de FMM. Le rapporteur Charles Alloncle (UDR) mène l'essentiel de l'interrogatoire.
La substance
Saragosse défend une doctrine : « notre influence, c'est notre indépendance car notre indépendance garantit notre crédibilité ». FMM opère selon elle dans une « guerre hybride » de l'information (« Nous sommes en guerre »), face à des concurrents mieux dotés (BBC World Service 485 M€, Deutsche Welle 425 M€). Argument budgétaire central : FMM ne pèse « que 7 % du budget de l'audiovisuel public, avec 288 millions de dotation publique », soit « 40 centimes » par mois et « 5 euros par an » et par Français de plus de 15 ans. Husson annonce un retour à l'équilibre des comptes (déficit ramené de 4,9 à 1 M€ puis « à l'équilibre »). La ligne de défense éditoriale repose sur le pluralisme inscrit au cahier des charges — FMM devant être, selon un rapport du Sénat cité, « le miroir inversé de Russia Today » — et sur le principe « donner la parole sur nos antennes à quelqu'un, ce n'est pas lui donner raison ». Four ajoute : « Le jour où nous deviendrions un outil de propagande, nos audiences se casseraient la figure. »
Les enjeux et confrontations
L'audition est un long réquisitoire du rapporteur, qui pose que « ces financements publics impliquent d'une certaine manière une contrepartie » et énumère des cas qu'il qualifie de « discours antifrançais » : couverture de manifestations pro-junte au Niger, entretien écrit du chef djihadiste Hamadoun Kouffa par Wassim Nasr (Burggraf reconnaît que « la titraille était une erreur » tout en contestant le terme « interview »), reportage sur la frappe de Bounti, cas Alain Foka et Claudy Siar. Il s'appuie sur les propos de l'ambassadrice Anne-Sophie Avé au Sénat, que Saragosse récuse : « Mme Anne-Sophie Avé n'est en rien porte-parole du Quai d'Orsay ! » et « Il n'y a pas d'éditorialistes à France Médias Monde ».
Sur l'antisémitisme, le rapporteur puis la députée Caroline Yadan (EPR) lisent des tweets attribués au fixeur Fady Hanona et à des correspondantes arabophones (Maroun, Abi Saab, Odeh). La direction condamne ces propos, distingue le fixeur du salarié, acte des ruptures, mais maintient Laila Odeh, deux avocats ayant jugé ses tweets « militants mais pas antisémites » — analyse que Yadan conteste (faute journalistique ≠ faute juridique). Sur le lexique du conflit israélo-palestinien (article du Point), Four oppose une contestation factuelle : « J'ai le vade-mecum sous les yeux (…) il n'y a pas les adverbes évidemment et systématiquement. »
Les points les plus tendus : la société de production Median et un soupçon de conflit d'intérêts autour de Marc Saikali et du hub de Beyrouth (« il y a une confusion totale », dément Saragosse ; Husson est « formel »), l'indemnité de départ de 500 000 euros (Saragosse invoque une décision médicale urgente), et la Cour des comptes. Sur ce dernier point, le bras de fer est frontal : le rapporteur oppose « une faute grave de gestion » établie par la Cour à l'affirmation de la PDG (« Il n'y a pas de préjudice financier, c'est écrit noir sur blanc »), jusqu'à l'avertissement « vous êtes sous serment et il y a des risques de parjure ».
Ce que l'audition apporte
Elle documente la ligne de défense complète de FMM (indépendance = condition de l'audience, pluralisme comme mission) face à une mise en cause systématique reliant financement public et responsabilité éditoriale. Elle acte des concessions (erreur de titraille sur Kouffa, tweets condamnés) et met au jour un angle mort réglementaire soulevé par la direction elle-même : Four appelle le législateur ou l'Arcom à trancher jusqu'où « des personnes qui exercent des missions de service public (…) sont libres de s'exprimer (…) sur leurs réseaux personnels ». Plusieurs pièces restent à verser (vade-mecum annexé au rapport, liste et montants des contrats Median), et la divergence d'interprétation du communiqué de la Cour des comptes constitue une matière directe pour la contre-enquête de la commission.