La part du citoyenAudiovisuel public

31 mars 2026 · réunion n°55

Audition conjointe, ouverte à la presse, d’anciens directeurs de l’information de France Télévisions, de Radio France, et d’un ancien présentateur sur France Télévisions : M. Jean-Philippe Baille, Mme Arlette Chabot, M. Laurent Guimier, M. David Pujadas, et M. Thierry Thuillier

JBJean-Philippe BailleACArlette ChabotM. Laurent GuimierLaurent GuimierM. David PujadasDavid PujadasTTThierry Thuillier

Qui est auditionné

Audition conjointe, ouverte à la presse, de cinq figures de l'information de l'audiovisuel public. Le principal, Laurent Guimier, est convoqué comme ancien directeur de l'information de France Télévisions (2018-2022) — après avoir dirigé France Info (2014-2017) — mais il vient de retrouver l'audiovisuel public, « de l'autre côté de la Seine », à la tête du réseau Ici (ex-France Bleu) de Radio France. À ses côtés : Arlette Chabot (ex-directrice de l'information de France Télévisions), Jean-Philippe Baille (ex-directeur de l'information de Radio France, aujourd'hui à RMC BFM / CMA Média), David Pujadas (ancien présentateur du 20 heures de France 2, aujourd'hui sur LCI) et Thierry Thuillier (ex-directeur de l'information de France Télévisions, aujourd'hui directeur de l'information du groupe TF1). Tous partagent un parcours à cheval sur le public et le privé. L'audition est présidée par Jérémie Patrier-Leitus ; le rapporteur est Charles Alloncle.

La substance

Le panel fait front commun autour d'une thèse : la France a besoin d'un service public « puissant, bien financé, efficace ». Même depuis le privé, Thuillier juge l'idée d'une privatisation « assez périlleuse » et la réduction du périmètre problématique « d'ordre économique, éditorial et presque [...] philosophique ». La cause première des difficultés serait, selon eux, l'absence de cap et de stabilité de l'État actionnaire, non un biais idéologique : « la stabilité, la clarté, la stratégie, l'État stratège [...], c'est ce qui manque » (Thuillier), « c'est l'absence de cap qui [...] provoque les problèmes » (Guimier). Chiffres marquants avancés par les auditionnés : la dotation de 400 millions d'euros compensant la publicité après 20 heures, supprimée en 2015 ; 40 millions de Français qui s'informent chaque mois sur l'audiovisuel public ; pour Ici, « 3 082 candidats » reçus et « 200 heures de débats » aux municipales. Sur la stabilité, Guimier chiffre son mandat à « 756 jours [...], à trois jours près, [...] la moyenne des dix dernières années » et tous renvoient à la relation de confiance dans un « binôme » avec le président.

Les enjeux et confrontations

Le rapporteur Alloncle mène un interrogatoire serré, orienté vers l'hypothèse d'un service public partial. Il impute personnellement l'instabilité (« sept directeurs de l'information [...] en à peine dix ans ») à l'arrivée de Delphine Ernotte ; suggère que l'éviction de Pujadas tiendrait à « une étude d'empathie » et au fait qu'il était « un homme de plus de 50 ans – et blanc » ; oppose la suspension d'Achilli à l'absence de sanction dans l'affaire Cohen-Legrand (« deux poids, deux mesures ») ; cite le « Benito » lancé par Nathalie Saint-Cricq à Éric Ciotti ; met en cause le maintien de Léa Salamé au 20 heures et le profil du numéro deux de France Télévisions, Arnaud Ngatcha, « militant » ex-EELV. Ces éléments restent des accusations ou insinuations portées par le rapporteur, contestées ou relativisées par les auditionnés. Guimier juge que Jacques Cardoze « exagère » et ramène la neutralité à « une affaire [...] de management » ; Baille estime les sanctions « harmonisées » ; Chabot fixe une règle objective, « s'en tenir à la déclaration officielle de candidature » ; Pujadas concède qu'il n'aurait pu présenter le 20 heures en étant compagnon de Marine Le Pen, sans y voir de règle générale. Point notable de fond, le président lui-même récuse le mot figurant dans l'intitulé de sa commission : « je n'aime pas le terme de neutralité, car il ne correspond à aucune obligation légale ». Esquives assumées : aucun auditionné ne livre d'exemple nominatif de pression malgré l'insistance ; Guimier refuse de répondre sur l'affaire La Provence / CMA-CGM, hors « périmètre » selon lui, et corrige la date (2023, non « mars dernier »).

Ce que l'audition apporte

Elle documente une doctrine de gouvernance : rattachement direct du directeur de l'information au président (qui « engage [...] sa responsabilité pénale »), peu d'échelons intermédiaires, le directeur comme « bouclier pour ses rédactions » face à des pressions décrites comme permanentes et transpartisanes — « nous avons tous donné » (Chabot), des ministres pour qui « le service public, c'est leur jardin » (Pujadas). Elle verse aussi une concession exploitable de part et d'autre : Pujadas admet que le public des JT « sociologiquement, porte plus à gauche », tout en l'attribuant à la sociologie et non à la ligne des rédactions. Enfin, elle déplace le curseur du pluralisme selon les bancs : Hadizadeh (SOC) dénonce l'« emprise » d'une chaîne au « tempérament d'extrême droite » (CNews), Ballard (RN) interroge le coût et le nombre de chaînes, Spillebout (EPR) et Saintoul (LFI) recentrent sur l'État actionnaire et l'indépendance — Thuillier assurant qu'« il n'existe pas d'emprise » et Guimier que « l'emprise ne vaut que pour celles et ceux [...] qui l'acceptent ».