Qui est auditionné
Nagui Fam est auditionné comme présentateur et producteur audiovisuel, figure du service public depuis plus de quarante ans (« Taratata », « N'oubliez pas les paroles », « Tout le monde veut prendre sa place », « La bande originale » sur France Inter). Il est entendu au titre du statut d'animateur-producteur : il produit les émissions qu'il anime. Il précise n'être salarié ni de France Télévisions ni, sauf pour Radio France, de l'audiovisuel public, mais du groupe Banijay (né du rachat d'Air Productions par Stéphane Courbit en 2008), dont il préside une filiale et dont il est actionnaire minoritaire. L'audition, ouverte à la presse, dure près de trois heures et se tient dans un contexte de conflit ouvert avec le rapporteur Charles Alloncle.
La substance
Le rapporteur déroule un réquisitoire qu'il présente comme sourcé (enquête Mediapart de 2020 sur un contrat de « 100 millions d'euros » 2017-2020, audits de France Télévisions, rapports de la Cour des comptes, rapport Griotteray de 1996). Il avance des chiffres : marge de 25 % sur « N'oubliez pas les paroles », 2 500 euros par numéro (« plus que le salaire médian des Français », soit ~1,5 M€/an), et surtout « une rémunération supplémentaire de 378 000 euros pour cette seule saison ». Il pointe une clause de préachat de fictions jugée « inhabituelle » (France Télévisions s'engageant à ses « meilleurs efforts » pour acheter à Air Productions), des contrats pluriannuels renouvelés sans appel d'offres (jusqu'à ~1 665 émissions engagées), l'arrivée en 2018 de Takis Candilis (ex-Banijay) comme n°2 de France Télévisions, le non-dépôt des comptes d'Air Productions depuis 2019 (article L. 232-23 du code de commerce), une galaxie d'une vingtaine de sociétés (via Pappers), des cadences de tournage dénoncées, et des prises de position anti-RN.
Nagui conteste point par point. Sa ligne de défense centrale : ne pas confondre chiffre d'affaires, volumes et rémunération personnelle — « il ne faut pas confondre "empocher" et "embaucher" ». Il expose que ses marges nettes sont de 5 à 10 % (Taratata à « –20 % »), que les sommes citées sont des « lignes de valorisation catalogue » versées à sa société, non son salaire, et que « pour 100 euros d'argent public dépensés, 200 euros reviennent à l'actionnaire, c'est-à-dire l'État » (publicité, parrainage, TVA, charges). Il justifie son omniprésence par l'audience seule, nie tout favoritisme (Candilis a arrêté plusieurs de ses émissions ; ses primes du mardi ne « remplacent » pas les samedis de Patrick Sébastien), défend le triptyque « informer, instruire, divertir » et la spécificité des jeux publics (mérite et culture, jamais de hasard). Sur la neutralité : « Je n'ai jamais pris l'antenne en otage. Jamais, jamais, jamais, jamais ! », ses engagements relevant selon lui de sa liberté de citoyen, hors antenne.
Les enjeux et confrontations
L'audition est structurée par un duel personnel. Le président lit d'emblée la déclaration publique du rapporteur (média « Les Incorrectibles », 21 septembre 2025) : Nagui serait « la personne […] qui s'est le plus enrichi sur l'argent public » — accusation exprimée au conditionnel, non établie, matrice de tout le conflit. Nagui, qui a porté plainte contre X pour cyberharcèlement, retourne la charge sur la méthode du rapporteur : « vous avez plutôt commencé votre travail par la fin : d'abord le jugement, et ensuite l'audience » ; puis « Ce que je trouve admirable […] c'est de ne jamais laisser les preuves interférer dans vos opinions. » Le rapporteur riposte en dénonçant une « posture victimaire » et un post de Nagui l'accusant implicitement de racisme, à l'origine selon lui de milliers de menaces reçues ; il agite le « délit de parjure ».
Deux esquives ressortent. Nagui affirme d'abord que seule France 2, et non sa société, a été condamnée en 1995 pour favoritisme ; le président tranche contre lui : « votre société et France 2 ont conjointement été condamnées. » Surtout, il refuse de communiquer le montant de sa rémunération Banijay — « ce n'est sûrement pas ici, devant des caméras et un micro » — et assume de ne pas déposer ses comptes : « je préfère payer l'amende que de subir cette concurrence ». Il ne répond pas sur l'écart de 378 000 euros, demandant à recevoir la pièce. Le président arbitre constamment (« votre règlement de comptes n'intéresse pas les Français »).
Ce que l'audition apporte
Au-delà du spectacle, l'audition documente le modèle économique de l'animateur-producteur (répartition de la commande, marges brutes/nettes, pluriannualité, clause de préachat) et met au jour un refus assumé de transparence sur la rémunération et les comptes d'une activité majoritairement financée par des fonds publics — point que le rapporteur érige en manquement, Nagui invoquant la concurrence. Elle apporte aussi une doctrine défendue du service public (pluralisme, patrimoine, programmes non rentables comme le Téléthon), et une crainte explicite face à la privatisation : « C'est la démocratie qui est en jeu, le pluralisme. » Elle illustre enfin la tension, laissée ouverte, entre neutralité du salarié du service public et liberté d'expression du citoyen.