Anne Le Hénanff
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Anne Le Hénanff, née le 22 juillet 1969 à Vannes (Morbihan), est une femme politique française, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique depuis le 12 octobre 2025.
Formation et parcours professionnel. Diplômée de l'EM Normandie en 1991 après une classe préparatoire, elle débute sa carrière dans l'agroalimentaire (Bacardí, Produit en Bretagne, puis Saupiquet où elle dirige les activités du grand Ouest). Elle devient ensuite consultante et formatrice indépendante dans le numérique (structure « Anne Le Hénanff Conseils et Communication », d'avril 2015 à septembre 2022), chargée de mission chez Morbihan Énergies, et titulaire de la chaire cybersécurité des grands événements publics à la fondation UBS de l'université de Bretagne-Sud (janvier 2018 à septembre 2022).
Parcours politique. Engagée à droite (UMP, dont elle fut secrétaire départementale du Morbihan), elle est nommée en 2008 adjointe au maire de Vannes chargée du numérique et des systèmes d'information, sous le maire François Goulard, délégation qu'elle conserve jusqu'en 2020 ; elle devient ensuite première adjointe (2020–2022) sous le maire David Robo. Elle est également conseillère régionale de Bretagne (2021–2022) et conseillère communautaire de Vannes Agglomération.
Mandat national. Élue députée de la 1re circonscription du Morbihan en juin 2022, elle est réélue en juillet 2024 (71,65 % au second tour). Rattachée au groupe Horizons, elle siège à la Commission de la Défense nationale et des Forces armées, où elle se spécialise sur la cybersécurité, la cyberdéfense et l'intelligence artificielle. Nommée ministre déléguée le 12 octobre 2025 dans le gouvernement Lecornu (auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique), elle quitte son siège de députée le 12 novembre 2025 pour cause d'incompatibilité. Elle a fait de la souveraineté numérique la ligne directrice affichée de son action ministérielle.
Dans la commission
Anne Le Hénanff est auditionnée une fois (Mme Anne Le Hénanff), en sa qualité de ministre déléguée chargée de l'IA et du numérique. Son intervention est nourrie (16 prises de parole) et pose le cadre gouvernemental de la souveraineté numérique. Sa thèse : la souveraineté ne signifie pas l'indépendance technologique totale (jugée irréaliste), mais repose sur trois exigences — connaître ses dépendances, développer une offre souveraine française et européenne, et défendre ses valeurs dans une « troisième voie » distincte des modèles américain et chinois. Elle en fait « le fil rouge de mon action », rappelant que « le numérique était un enjeu régalien » (Mme Anne Le Hénanff).
Positions clés défendues :
- Préférence européenne « décomplétée », contre le repli national. C'est son point le plus tranché. Elle refuse le cadrage franco-français et défend une définition franco-allemande du « service numérique européen » (siège, effectifs, valeur ajoutée) à inscrire dans le Cloud and AI Development Act. Verbatim frappant, opposé à la ligne RN : « Si nous nous limitons au marché français, nos boîtes françaises sont mortes » ; « Essayez de me prouver le contraire, je serais très intéressée de savoir comment vous vous y prendriez » (Mme Anne Le Hénanff).
- Régulation des plateformes et protection des mineurs. Elle décrit les grandes plateformes comme des « architectes de l'opinion » et alerte : « Nous avons confié aux grandes plateformes des réseaux sociaux les clés de nos débats démocratiques, ainsi que le cerveau et les émotions de nos enfants. » Elle défend la majorité numérique à 15 ans, rappelle que « la France est le pays de l'Union européenne le plus ciblé par les ingérences numériques étrangères », et demande à la Commission d'utiliser sans trembler le DSA et le DMA (Mme Anne Le Hénanff).
- Financement du passage à l'échelle. Elle situe le goulot d'étranglement non dans la création de start-up mais dans les levées de 100 à 300 M€ (exemple de Sekoia, cybersécurité, cherchant « supérieure à 100 millions »). Plutôt que d'interdire les fonds extra-européens, elle propose de bâtir une capacité de financement européenne : « européaniser le dispositif Tibi », mobiliser l'épargne. Elle écarte le remboursement du CIR (« il n'est pas envisagé de demander le remboursement […] du CIR ») et privilégie le contrôle des investissements étrangers (IEF) (Mme Anne Le Hénanff).
- Prudence institutionnelle sur les dossiers sensibles. Sur Palantir, elle refuse de se prononcer — « Ne connaissant pas spécifiquement le dossier Palantir, je ne peux pas le commenter […] il faudrait interroger le ministère de l'intérieur » — tout en concédant, sur le principe démocratique, qu'« à une question posée ainsi, la réponse ne peut être que non ». Sur les caméras chinoises, elle oppose le cadre de l'État de droit (reconnaissance faciale « strictement interdit[e] ») plutôt que l'exclusion du fournisseur (Mme Anne Le Hénanff).
- Data centers et RGPD. Elle relève que sur les 109 Mds € annoncés au Sommet IA, « 90 sont directement fléchés vers la construction de centres de données », et insiste sur la distinction investisseur / opérateur : « ce n'est pas parce qu'on investit dans un data center qu'on a accès aux données et aux infrastructures ». Attachée au RGPD, elle exprime des réserves sur l'assouplissement (pseudonymisation) porté par l'omnibus : « ce n'est pas parce qu'une donnée est pseudonymisée qu'elle n'est pas problématique en cas de vol ou de croisement de fichiers » (Mme Anne Le Hénanff).
Ligne d'ensemble : une défense assumée de l'échelon européen et de la régulation, articulée à une posture ministérielle prudente (respect des marchés publics, renvoi aux ministères compétents) sur les cas les plus polémiques.