Cédric O
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Cédric O est né le 18 décembre 1982 à L'Arbresle (Rhône), d'une mère française et d'un père d'origine coréenne. Après le lycée du Parc à Lyon, il est diplômé d'HEC Paris en 2006.
Il débute en politique au Parti socialiste : campagne de la primaire de Dominique Strauss-Kahn (2006), conseiller parlementaire du député Pierre Moscovici (2010), puis directeur adjoint de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. En 2016, il est cofondateur et premier trésorier d'En Marche, le mouvement d'Emmanuel Macron, dont il devient trésorier de campagne en 2017.
De 2017 à 2019, il est conseiller commun du président de la République Emmanuel Macron et du Premier ministre Édouard Philippe sur les questions économiques et numériques. Il est ensuite secrétaire d'État chargé du Numérique du 31 mars 2019 au 6 juillet 2020 (gouvernement Philippe II), puis secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques du 26 juillet 2020 au 20 mai 2022 (gouvernement Castex). À ce titre, il lance le Next40 (2019), pilote la politique French Tech et prend part aux négociations européennes sur la régulation du numérique (Digital Markets Act et Digital Services Act).
Après son passage au gouvernement, il se reconvertit dans le conseil et le lobbying dans le secteur technologique. En avril 2023, il est cofondateur (« founder-advisor ») de la start-up française d'intelligence artificielle générative Mistral AI, dont il détient une participation minoritaire. En septembre 2023, il est nommé membre du comité gouvernemental sur l'intelligence artificielle générative — une position qui a suscité des interrogations sur d'éventuels conflits d'intérêts, plusieurs enquêtes de presse ayant relevé son rôle d'influence à Bruxelles sur l'AI Act tout en défendant les intérêts de Mistral. Son orientation politique reste celle de la macronie (ex-PS rallié au macronisme), avec un positionnement libéral-progressiste favorable à l'innovation et à l'écosystème start-up.
Dans la commission
Auditionné (M. Cédric O), Cédric O est un intervenant majeur du corpus (49 interventions). Sa thèse centrale : le premier obstacle à la souveraineté numérique européenne n'est ni la régulation ni la technologie, mais l'argent. « Pour résumer, le premier problème auquel se heurte la souveraineté européenne, c'est l'argent » (M. Cédric O). Il en tire un appel à réorienter l'épargne — « L'épargne française représente 6 600 milliards d'euros en 2025 » (M. Cédric O) — vers le financement risqué de la tech, en soulignant qu'aujourd'hui « quand vous levez de l'argent dans une start-up française qui réussit, vous enrichissez les retraités américains » (M. Cédric O).
Positions clés défendues :
- Souveraineté ≠ autarcie. « Aucun pays n'est autarcique en matière technologique, et l'Europe, dans sa quête d'indépendance, ne doit pas tendre vers l'autarcie mais vers l'équilibre » (M. Cédric O). Il rappelle le lien avec la protection militaire : « le parapluie nucléaire sur l'Europe de l'Est était offert par les Américains […] le jour où les Français seraient prêts à offrir la même protection […] on pourrait discuter de souveraineté européenne » (M. Cédric O).
- Faire émerger des champions plutôt que réguler. « Il ne suffit pas de réguler ; il faut surtout faire émerger des entreprises européennes capables de rivaliser […]. La régulation arrivera malheureusement toujours trop tard » (M. Cédric O). Il critique frontalement l'AI Act pour avoir régulé la technologie elle-même et non ses usages : « pour la première fois, on régulait la technologie elle-même et non ses usages » — illustré par sa formule du marteau : « il n'existe pas de réglementation des marteaux ; en revanche, vous n'avez pas le droit de taper sur quelqu'un avec un marteau » (M. Cédric O). Il revendique par ailleurs son implication personnelle dans certaines négociations : « C'est moi qui l'ai négocié » (M. Cédric O).
- Retard cloud et dépendance aux hyperscalers. « Le retard pris dans le cloud est probablement l'un des plus gros problèmes […] de l'Europe » (M. Cédric O), avec le rappel « Vous ne rattrapez pas quarante ans de retard technologique en cinq ans, ni même en dix » (M. Cédric O). Il pointe la dépendance jusque dans l'enceinte parlementaire : « Je vois que l'Assemblée nationale utilise Zoom, ce qui illustre bien la dépendance française aux outils américains » (M. Cédric O), et le risque extraterritorial : « le gouvernement américain pourrait choisir demain d'éteindre la lumière » (M. Cédric O).
- Défense de SecNumCloud et de Mistral. Il soutient l'exigence maximale de la certification française contre la position allemande jugée trop permissive (M. Cédric O) et présente Mistral comme structurant : « Si Mistral n'existait pas, nous serions obligés de travailler avec les grandes entreprises américaines » (M. Cédric O).
- Fiscalité et prise de risque. Il érige le prélèvement forfaitaire unique (PFU) en « décision la plus importante pour l'écosystème technologique français des deux quinquennats d'Emmanuel Macron » (M. Cédric O) et défend l'échec entrepreneurial comme sain : « sur dix entreprises créées, neuf ne survivront pas […] c'est la preuve que le marché est sain » (M. Cédric O).
- Briques et énergie. Il identifie ASML et la 5G comme les « deux briques technologiques […] à la main des Européens » (M. Cédric O), et lie l'essor de l'IA à l'électricité : « le premier frein dans le développement de l'intelligence artificielle, c'est le déploiement de data centers, lui-même conditionné par l'accès à l'électricité » (M. Cédric O).
Ligne d'ensemble : un discours d'insider de la French Tech, pro-innovation et pro-financement privé, critique de l'excès de régulation européen et attaché à faire émerger des champions souverains (Mistral) plutôt qu'à protéger par la norme — cohérent avec son double statut d'ex-secrétaire d'État au Numérique et de cofondateur de Mistral AI.