Francesca Coelho
Role dans la commission : Personne auditionnee
Note d'identité (importante) : le dossier corpus enregistre l'auditionnée sous le nom « Francesca Coelho », mais il s'agit en réalité d'Ophélie Coelho, chercheuse en géopolitique du numérique. Le prénom « Francesca » est très probablement une erreur de transcription : « Francesca » est le prénom de Francesca Musiani (CNRS, Centre Internet et Société), co-directrice de la thèse d'Ophélie Coelho. Le contenu des interventions (impérialisme technologique, câbles sous-marins, chaînes de dépendance) correspond sans ambiguïté aux travaux d'Ophélie Coelho. La biographie ci-dessous porte donc sur Ophélie Coelho.
Biographie
Ophélie Coelho est une chercheuse indépendante spécialiste de la géopolitique du numérique. Elle travaille dans le secteur numérique depuis 2009, où elle a exercé comme développeuse front-end, cheffe de produit et spécialiste de la recherche utilisateur, avant de s'orienter vers la recherche.
Sur le plan académique, elle est titulaire d'un master en relations internationales, complété par des études en histoire des sciences et en sociologie des techniques. Elle prépare une thèse de doctorat en géopolitique du numérique à l'université Paris-Panthéon-Assas (laboratoire CARISM), intitulée « Points de connexion, lignes de fracture : la numérisation comme vecteur de mutation des pouvoirs et des risques systémiques en Afrique australe », sous la direction de Cécile Méadel (CARISM) et Francesca Musiani (CNRS, Centre Internet et Société). Ses travaux portent sur la manière dont les grands acteurs technologiques internationaux s'implantent localement et pénètrent des secteurs pivots (infrastructures, cloud, surveillance, énergie, mines), mobilisant les notions de chaînes de dépendance, de pouvoir structurel et de pouvoir nodal.
Ses affiliations actuelles :
- chercheuse associée à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), au sein de l'Observatoire de la géopolitique du numérique et des technologies émergentes ;
- membre du conseil scientifique de l'Institut Rousseau (think tank, sur les questions de géopolitique du numérique) ;
- doctorante rattachée au Centre Internet et Société du CNRS (CIS) ;
- membre de l'Observatoire de l'éthique publique.
Elle est l'autrice de Géopolitique du numérique — L'impérialisme à pas de géants (Les Éditions de l'Atelier, août 2023, 256 p.), ouvrage dans lequel elle analyse les stratégies d'expansion territoriale des grandes entreprises technologiques (câbles sous-marins, datacenters, cloud, plateformes) et les asymétries de pouvoir qu'elles créent vis-à-vis des États. Elle a notamment publié pour l'Institut Rousseau une étude sur les câbles sous-marins comme nouveaux leviers de pouvoir des géants du numérique.
Orientation : ses cadres d'analyse (impérialisme technologique, communs numériques, critique de la dépendance aux Big Tech) et son ancrage à l'Institut Rousseau — think tank classé à gauche, proche des thèses de souveraineté et de planification écologique — la situent dans un courant critique de la domination des grandes plateformes états-uniennes et favorable à des alternatives publiques, décentralisées et européennes.
Dans la commission
Auditionnée (une intervention, réf. Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques), Ophélie Coelho apporte une grille de lecture géopolitique de la dépendance numérique française et européenne. Sa thèse centrale : les grandes plateformes exercent une forme d'« impérialisme technologique » dont l'enjeu ultime n'est pas économique mais politique — la capacité de la France à décider.
- Impérialisme technologique. Elle nomme le phénomène : « ce que j'ai fini par appeler un « impérialisme technologique » ou un « techno-impérialisme », selon les écoles. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques). Et en précise l'enjeu : « Le véritable enjeu est de savoir comment ces leviers de puissance cumulés agissent sur notre souveraineté politique, c'est-à-dire sur notre capacité à choisir. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques)
- Câbles sous-marins et concentration infrastructurelle. Elle documente la mainmise croissante des géants sur les infrastructures physiques : « Google, par exemple, possède plus de 30 câbles, et bientôt près de 40 avec ses nouveaux projets dans l'Indopacifique. La moitié de ses câbles lui appartiennent en propriété unique, ce qui est inédit dans ce secteur. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques). Elle chiffre la bascule : « En 2021, environ 28 % de la capacité mondiale appartenait aux géants du numérique. Aujourd'hui, nous avons dépassé le quart pour approcher le tiers, et [...] d'ici dix ans, ils pourraient détenir la moitié de la capacité totale [...]. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques), et rappelle la vulnérabilité concrète de ces réseaux : « Quatre câbles historiques ont été sectionnés, privant treize pays africains d'internet. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques)
- Datacenters, énergie et rapport de dépendance. Elle décrit une relation asymétrique de « client » captif : « En termes de valeur nette, nous sommes plutôt clients : nous leur donnons de l'argent tout en acceptant que leurs infrastructures puisent dans les ressources de nos territoires, que ce soit l'énergie ou l'eau. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques)
- Stratégie de riposte : instrumentaliser l'interdépendance. Plutôt qu'un découplage illusoire, elle prône une posture de puissance : « J'ai tendance à dire qu'il faut instrumentaliser l'interdépendance, comme le font les empires étatiques et technologiques. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques)
- Modèle alternatif décentralisé et fédéré. Elle écarte l'idée d'un champion européen unique — « Nous n'allons pas créer un géant européen du numérique demain, et ce n'est d'ailleurs pas souhaitable. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) — et propose une architecture collective de recherche et de choix stratégiques : « Je me demande parfois s'il ne faudrait pas créer une sorte de Centre européen de la recherche nucléaire (Cern) du numérique, qui rassemblerait la recherche, les choix stratégiques de l'État, le secteur public et les entreprises. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques)
- Critique de la régulation et de la « déresponsabilisation ». Sur les limites du droit actuel : « les régulateurs se sont résignés à demander à l'utilisateur de valider lui-même les conditions en cochant une case, faute de pouvoir vérifier ce qu'il y a derrière. C'est une forme de déresponsabilisation réglementaire qui individualise le droit. » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques). Elle relaie enfin la comparaison du sociologue Dominique Boullier : « Dominique Boullier compare souvent le numérique à des drogues que l'on interdit, alors que le numérique est en « open bar ». » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques)
Ce que révèle sa ligne : une approche de géopolitique critique, qui déplace le débat de la performance technique vers les rapports de pouvoir et la souveraineté politique, et qui privilégie des réponses collectives, publiques et décentralisées plutôt que la course au « géant européen ».
Sources
- IRIS — fiche chercheuse Ophélie Coelho : https://www.iris-france.org/en/chercheurs/ophelie-coelho/
- CARISM (Université Paris-Panthéon-Assas) — page Ophélie Coelho : https://carism.assas-universite.fr/fr/ophelie-coelho
- Centre Internet et Société (CNRS) — page Ophélie Coelho : https://cis.cnrs.fr/en/ophelie_coelho/
- Institut Rousseau — conseil scientifique, Ophélie Coelho : https://www.institut-rousseau.fr/members/ophelie-coelho/
- Institut Rousseau — « Câbles sous-marins : les nouveaux pouvoirs des géants du numérique » : https://institut-rousseau.fr/cables-sous-marins-les-nouveaux-pouvoirs-des-geants-du-numerique/
- Cairn.info (revue Futuribles) — recension de Géopolitique du numérique. L'impérialisme à pas de géants : https://shs.cairn.info/revue-futuribles-2024-1-page-123?lang=fr
- Éditions de l'Atelier — Géopolitique du numérique : https://editionsatelier.com/boutique/accueil/511-geopolitique-du-numerique--9782708295384.html