La part du citoyen
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Henri d’Agrain

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Henri d’Agrain est, depuis le 1er janvier 2017, délégué général du Cigref (Club informatique des grandes entreprises françaises), association qui rassemble plus de 150 grandes entreprises et administrations publiques françaises, exclusivement utilisatrices de solutions et services numériques, et anime leur réflexion collective sur les enjeux du numérique.

Né à Castelnaudary, il est diplômé de l’École navale, breveté de l’École des officiers transmetteurs et de l’École de Guerre, et auditeur de la 47e session nationale « armement et économie de défense » de l’IHEDN. Il a servi 27 ans dans la Marine nationale, alternant fonctions opérationnelles embarquées, commandements à la mer et postes de direction dans les systèmes d’information et de communication militaires. Dans ses dernières fonctions à l’état-major de la Marine, il a été directeur des systèmes d’information et autorité de cyberdéfense de la Marine nationale, avec le grade de capitaine de vaisseau, jusqu’à son départ de l’institution le 31 août 2013.

Après la Marine, il a dirigé le Centre des Hautes Études du Cyberespace (CHECy) (dont il a été directeur général de 2013/2014 à 2016) et a été, selon la presse spécialisée, président de Small Business France (2013-2016), structure d’accompagnement des PME technologiques vers la commande publique. Il rejoint le Cigref en octobre 2016 comme délégué général adjoint, avant de succéder à Jean-François Pépin au poste de délégué général. Il est par ailleurs membre, à titre de personnalité qualifiée, de la Commission supérieure du numérique et des postes (CSNP) depuis 2015. Chevalier de la Légion d’honneur, il a été élevé au grade d’officier de l’ordre national du Mérite.

Orientation connue : porte-parole des grandes entreprises et administrations clientes du numérique (côté demande, non fournisseurs), il défend de longue date une lecture régalienne et industrielle de la souveraineté numérique européenne. Aucune ambiguïté d’homonyme : les sources (Cigref, École navale, cyberdéfense, numérique) recoupent exactement le profil auditionné.

Dans la commission

Henri d’Agrain a été auditionné (M. Henri d’Agrain) en qualité de délégué général du Cigref (14 interventions). Sa thèse d’ensemble est que la souveraineté numérique est une affaire d’État et non de marketing d’offres privées, et que l’Europe traverse un moment de bascule industrielle.

Souveraineté = attribut de l’État. Position centrale et tranchée : « la souveraineté est un attribut exclusif de l’État ». Il faut distinguer le niveau microéconomique (la résilience, responsabilité des entreprises et des DSI) du niveau macroéconomique (la souveraineté, responsabilité de l’État et de l’UE). D’où sa charge contre le vocabulaire ambiant : parler de « solutions souveraines » ou de « cloud souverain » « relève bien souvent d’une forme de paresse intellectuelle ».

L’IA est un service cloud comme un autre. Il refuse de traiter l’IA comme un sujet à part : « il n’y a pas d’IA sans infrastructures cloud », « Il n’existe pas de stratégie “serveurless” viable », et dans les coûts « 80 % relèvent des infrastructures, 20 % du développement des modèles ». Croire (à la suite du rapport Draghi) que l’UE pourrait abandonner le cloud pour se « rattraper » sur l’IA serait une illusion aussi dangereuse que la doctrine fabless.

Ampleur de la dépendance. Il chiffre le transfert de valeur : « 264 milliards d’euros sont transférés chaque année vers les États-Unis » et « 83 % des achats européens de logiciels et de services cloud B2B sont captés par des acteurs américains » — un ordre de grandeur qu’il compare aux dépenses européennes annuelles de gaz et de pétrole (« environ 350 milliards d’euros »). Sur le collaboratif B2B, « environ 70 % des entreprises utilisent la suite collaborative Microsoft 365, près de 20 % utilisent Google Workspace ».

Verrouillage et hausses tarifaires. Il dénonce l’exploitation des situations de dépendance, visant nommément Broadcom : « Le PDG de Broadcom, M. Hock Tan, n’achète pas des technologies pour les faire prospérer (…) mais des situations de dépendance afin de les exploiter de manière intensive ». Il observe une hausse « proche de 9 % » et projette que « les 264 milliards d’euros actuels pourraient dépasser 500 milliards à l’horizon 2032, à périmètre constant ». Il reproche aux autorités de concurrence leur inertie (saisine de 2021 jamais instruite).

Régulation américaine = puissance. Il déconstruit l’opposition « US innovent / UE régule » : « il existe bien une régulation aux États-Unis, mais elle repose sur un objectif (…) qui concerne la préservation et le renforcement de la puissance nationale ». « L’industrie de la technologie et du numérique constitue l’un des quatre piliers de la puissance et de l’hégémonie américaines ». Il cite l’extraterritorialité (section 702 du FISA, loi chinoise sur le renseignement du 27 juin 2017) et le sabordage de l’EUCS sous pression américaine (note diplomatique d’Antony Blinken de septembre 2023), avec une distinction « technique / non technique » qu’il juge artificielle.

Leviers proposés. La commande publique comme arme industrielle (il cite le contrat fédéral AWS de 600 M$ « au début des années 2010 »), mais bridée par « l’autonomie de gestion des collectivités territoriales ». Contre la fragmentation des acteurs français du cloud de confiance : « peut-on raisonnablement penser qu’une telle dispersion permettra de faire émerger un champion de taille européenne ? ». Et un appel à l’échelle continentale : nous sommes à « un moment d’urgence stratégique pour l’Europe, comparable à (…) la crise de Suez en 1956 ou le choc pétrolier de 1973 », justifiant « la création d’une structure européenne de référence, qui jouerait un rôle comparable à celui du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) à ses débuts ». Sa conviction de fond : « il n’y a pas d’avenir pour l’économie européenne si celle-ci ne dispose pas de sa propre industrie du numérique ».

Sources