Henri Verdier
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Henri Verdier, ne le 24 novembre 1968 a Toulouse, est un entrepreneur et haut fonctionnaire francais du numerique. Ancien eleve de l'Ecole normale superieure (promotion 1988), il est titulaire d'une licence de philosophie, d'un magistere de biologie et d'un DEA de sociologie.
Il commence sa carriere en 1995 dans l'edition, ou il cofonde et dirige Odile Jacob Multimedia (ex-CRED-M). Il rejoint Lagardere Active comme directeur de l'innovation en 2007, puis l'Institut Telecom en 2009 (prospective, think tank « Futur numerique »). En 2006, il participe a la fondation de Cap Digital, pole de competitivite des industries de la creation numerique, dont il est vice-president puis president (2008-2013). En 2011, il fonde MFG Labs, l'une des premieres societes de conseil specialisees dans l'exploitation des « big data ».
Il entre dans l'appareil d'Etat en 2013 comme directeur d'Etalab, le service du Premier ministre charge de l'ouverture des donnees publiques (portail data.gouv.fr). Il est nomme administrateur general des donnees en 2014, puis directeur interministeriel du numerique et du systeme d'information de l'Etat (DINSIC, prefiguration de la DINUM) de septembre 2015 a 2018. Le 15 novembre 2018, il est nomme en Conseil des ministres ambassadeur pour le numerique, fonction qu'il occupe jusqu'en 2025 : diplomatie numerique francaise, gouvernance de l'Internet, regulation des reseaux sociaux, cybersecurite, negociation de l'Appel de Christchurch. Depuis fin 2025 (prise de fonction annoncee pour le 29 octobre 2025), il est directeur general de la fondation Inria, adossee a l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numerique.
Il est une figure de reference du mouvement de l'open data, du logiciel libre et des communs numeriques, et l'un des theoriciens de l'« Etat plateforme ». Il est coauteur de plusieurs ouvrages : L'Age de la multitude (avec Nicolas Colin, 2012), Des startups d'Etat a l'Etat plateforme (avec Pierre Pezziardi, 2017) et Le Business de la haine (avec Jean-Louis Missika, 2022).
Dans la commission
Henri Verdier est auditionne une fois (M. Henri Verdier), sous serment, avec un propos dense (9 interventions comptabilisees). Il elargit deliberement le cadre du debat : la dependance numerique est pour lui systemique, elle « depasse de loin l'achat de logiciels » et touche le materiel, la cybersecurite, les cables, les donnees et les grands services d'acces a l'information. Il rappelle ainsi que « pres de 80 % des nouveaux cables sous-marins sont deployes par les Gafam, ce qui traduit une privatisation progressive de l'infrastructure physique elle-meme » (M. Henri Verdier).
Sa these centrale est celle d'une autonomie strategique par reequilibrage des rapports de force, et non d'une autarcie ou de filieres strictement nationales. Il met en garde contre le reflexe du champion national : « Il ne suffit pas de changer la nationalite du tyran » (M. Henri Verdier) — la regulation des monopoles reste imperative et la souverainete est pour lui une condition de la democratie : « Si le peuple souverain n'est pas en mesure de decider librement de proteger ses donnees personnelles [...], la democratie devient une coquille vide » (M. Henri Verdier). Sur le contrat Palantir-DGSI, il tranche sans detour, en invoquant son serment : « j'ai prete serment donc je dois dire la verite : j'ai toujours pense que c'etait une erreur » (M. Henri Verdier) — sa position la plus tranchee du dossier.
Il valorise le modele indien d'infrastructures publiques numeriques (« Etat plateforme » : API ouvertes sous controle public, standards ouverts), peu couteux, et defend les logiciels libres et communs numeriques comme leviers de souverainete massivement sous-finances. Il denonce la perte de competence interne de l'Etat : « lorsqu'une organisation ne sait plus produire elle-meme, elle ne sait plus acheter » (M. Henri Verdier), illustre par des projets ou « l'Etat n'avait strictement rien produit lui-meme » (M. Henri Verdier). Il juge que l'Etat sous-investit (4 Md€ pour les DSI ministerielles, « environ la moitie de ce que la BNP consacre a l'informatique ») et que la DINUM a un perimetre trop limite.
Il relativise en revanche deux sujets qu'il estime surdimensionnes dans le debat : le cloud (« le cloud occupe une place disproportionnee », les acteurs francais etant « techniquement au niveau ») et, dans une moindre mesure, la commande publique. Il se montre critique de la regulation europeenne dans sa forme actuelle — « l'AI Act, qui compte 450 pages et dont plus personne n'est capable d'expliquer le contenu » (M. Henri Verdier) — tout en defendant l'echelon europeen et une regulation « legere et elegante ». Enfin, il insiste sur le management algorithmique comme forme reelle de domination sur les chaines de valeur : « Nous sommes tous en passe de devenir des chauffeurs Deliveroo ! » (M. Henri Verdier).
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Verdier_(entrepreneur)
- https://en.wikipedia.org/wiki/Henri_Verdier
- https://www.inria.fr/fr/henri-verdier-nomination-directeur-general-fondation-inria
- https://acteurspublics.fr/nomination/henri-verdier-ambassadeur-pour-le-numerique-prend-les-renes-de-la-fondation-inria/
- https://www.opengovpartnership.org/people/henri-verdier/