Maya Noël
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Maya Noël est directrice générale de France Digitale, principal collectif européen de startups et d'investisseurs du numérique (près de 2 000 adhérents).
Diplômée d'un master en finance de TBS Education (Toulouse Business School, promotion 2012), elle débute par des stages en finance dans de grands groupes (notamment Valeo et Indosuez) avant de rejoindre le monde de la tech. Dès 2012, elle s'oriente vers le recrutement de talents pour des startups en forte croissance, devenant l'une des premières salariées du cabinet de recrutement Mobiskill.
En 2015, elle cofonde YBorder, une plateforme de mise en relation entre entreprises tech européennes et candidats (développeurs), financée par le fonds ISAI. La startup est liquidée en 2019. En 2016, elle s'engage au sein de l'association StartHer (devenue Sista), qui milite pour la parité et la diversité dans l'entrepreneuriat et le capital-risque.
Elle rejoint France Digitale en 2019 comme permanente pour professionnaliser l'association, puis en prend la direction générale en 2021, après y avoir occupé différents postes. À ce titre, elle est l'une des principales porte-parole de l'écosystème français des startups et défend l'émergence de « champions européens » du numérique.
Dans la commission
Auditionnée (Mme Maya Noël) en sa qualité de directrice générale de France Digitale, elle est intervenue à 26 reprises. Sa thèse centrale : la vulnérabilité numérique française et européenne tient d'abord à un déficit d'offre, pas de règles.
- Le problème n'est pas réglementaire mais industriel. Elle martèle que « ces vulnérabilités tiennent en premier lieu non pas à un déficit de réglementation ou d'encadrement, mais au défaut d'offre souveraine » (Mme Maya Noël), rappelant que « l'Europe dépend de pays étrangers pour 80 % de ses produits, services, infrastructures et brevets liés au numérique » et que la dépendance se concentre sur trois domaines : « le cloud, les outils bureautiques et, de plus en plus, l'IA ».
- Un choc d'investissement, à l'échelle européenne. Elle oppose les 200 milliards de dollars de soutien fédéral américain à la R&D (2023) aux 127 milliards européens cumulés, et image le sous-investissement chronique : « C'est comme si vous vouliez acheter une voiture de 20 000 euros et que, pour y arriver, vous mettiez 100 euros de côté par mois » (Mme Maya Noël). Pour elle, « chaque euro qui n'a pas été investi dans l'innovation est non pas un euro économisé, mais un euro emprunté à d'autres, sur lequel nous devrons payer des intérêts ».
- Naïveté européenne et commande publique. Elle dénonce une Europe « très bon élève d'un libre-échange académique dont, en réalité, personne ne respectait les règles » (Mme Maya Noël), pointe l'asymétrie d'ouverture des marchés publics (30 % côté américain contre 80 % côté européen) et la « taxe cachée » de la fragmentation du marché unique (« 44 % pour les biens et 110 % pour les services »). Elle plaide pour une politique industrielle volontariste, à l'image des Buy American Act et Chips Act.
- Défense des acteurs français et de la consolidation. Ancienne entrepreneure, elle rappelle qu'« il n'y avait pas beaucoup d'autres choix pour monter une entreprise que d'opter pour AWS » et que les entreprises françaises « sont prisonnières des impératifs de marché ». Elle conteste la qualification d'« acquisition prédatrice » retenue contre Doctolib (« alors que Doctolib réalisait à l'époque 17 millions d'euros de chiffre d'affaires ») et défend le rachat comme « arme » européenne pour « inciter à la consolidation et à la structuration d'acteurs un peu plus gros » (Mme Maya Noël).
- IA souveraine et droit d'auteur. Elle mise sur l'IA et le quantique comme filières où la France peut encore se positionner, cite « Alice&Bob, Quandela ou encore Mistral ou Ami Labs » comme « créateurs de technologies », et alerte : « à quoi bon mettre de l'argent public dans un Mistral AI si, in fine, on ne le laisse pas se développer en France ? » (Mme Maya Noël). Sur le droit d'auteur, elle propose (dès décembre 2024) « une cotisation spéciale payée par ceux qui produisent de l'IA » pour abonder un fonds de rémunération des ayants droit, tout en jugeant contre-productive une exception franco-française.
- Points plus nuancés / concessions. Interrogée sur le crédit cloud (pratique d'enfermement des hyperscalers), elle reconnaît que France Digitale n'a pas fait de lobbying à Bercy pour l'atténuer dans la loi SREN (« Non. », Mme Maya Noël). Elle met en avant l'interopérabilité et le multicloud (via le Data Act) comme « porte de sortie possible », et se dit favorable, « à titre personnel », à un âge minimal d'accès aux plateformes.
Ligne d'ensemble : un plaidoyer pro-investissement et pro-industrie, défenseur assumé des intérêts de l'écosystème startup, pour qui la souveraineté passe par l'offre et l'échelle européenne davantage que par la norme.
Sources
- https://www.tbs-alumni.com/fr/news/maya-noel-de-la-finance-au-sommet-de-la-tech-2402
- https://www.futura-sciences.com/tech/personnalites/numerique-maya-noel-2548/
- https://fr.linkedin.com/in/mayanoelpro
- https://www.usinenouvelle.com/article/pour-qu-un-ecosysteme-de-start-up-innovantes-se-developpe-il-faut-ces-momentums-ou-tout-s-aligne-affirme-maya-noel-directrice-generale-de-france-digitale.N2229162
- https://data.ladn.eu/blog/nominations/nomination-maya-noel-directrice-france-digitale/