Ophélie Coelho
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Ophélie Coelho est une chercheuse indépendante spécialiste de la géopolitique du numérique. Son travail porte sur l'expansion territoriale des géants technologiques (« Big Tech ») à travers les infrastructures (câbles sous-marins, datacenters), les plateformes et le traitement des données, et sur les rapports de dépendance que cette omniprésence installe entre entreprises et États.
Elle est chercheuse associée à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), où elle contribue à l'Observatoire géopolitique du numérique et des technologies émergentes. Elle mène une thèse de doctorat en géopolitique du numérique rattachée au laboratoire CARISM de l'Université Paris Panthéon-Assas et au Centre Internet et Société (CIS, CNRS) ; ses recherches doctorales portent sur la numérisation comme vecteur de changement de puissance et de risques systémiques en Afrique australe, à travers les notions de puissance nodale et de dépendance structurelle.
Son parcours associe un Master 2 en relations internationales, des études en histoire des sciences et en sociologie des techniques, et une quinzaine d'années d'expérience dans l'industrie du numérique (développeuse praticienne, cartographe, conférencière). Elle est par ailleurs membre du Conseil scientifique de l'Institut Rousseau (volet numérique) et de l'Observatoire de l'éthique publique.
Elle est l'autrice de « Géopolitique du numérique. L'impérialisme à pas de géants » (Les Éditions de l'Atelier, 2023 ; deuxième édition en novembre 2025), ouvrage dans lequel elle décrit les stratégies d'expansion des Big Tech comme comparables à celles des grands empires. Son orientation intellectuelle est celle d'une critique de la souveraineté numérique adossée aux enjeux d'indépendance, de communs et d'externalités environnementales (proche des cercles de l'Institut Rousseau).
Dans la commission
Auditionnée (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques), Ophélie Coelho apporte un cadrage géopolitique d'ensemble. Sa thèse centrale : la domination des géants technologiques constitue un « impérialisme technologique » — « ce que j'ai fini par appeler un "impérialisme technologique" ou un "techno-impérialisme", selon les écoles » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) — dont l'enjeu n'est pas seulement économique mais politique : « Le véritable enjeu est de savoir comment ces leviers de puissance cumulés agissent sur notre souveraineté politique, c'est-à-dire sur notre capacité à choisir » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques).
Points saillants de ses positions :
- Infrastructures et câbles sous-marins comme leviers de puissance. Elle documente la concentration de la capacité physique de l'internet entre les mains des géants : « Google, par exemple, possède plus de 30 câbles, et bientôt près de 40 [...]. La moitié de ses câbles lui appartiennent en propriété unique, ce qui est inédit dans ce secteur » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques). Elle projette une trajectoire préoccupante : « En 2021, environ 28 % de la capacité mondiale appartenait aux géants du numérique [...] d'ici dix ans, ils pourraient détenir la moitié de la capacité totale » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques), et rappelle la vulnérabilité concrète (« Quatre câbles historiques ont été sectionnés, privant treize pays africains d'internet », Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques).
- Dépendance et rapport client-fournisseur défavorable. « En termes de valeur nette, nous sommes plutôt clients : nous leur donnons de l'argent tout en acceptant que leurs infrastructures puisent dans les ressources de nos territoires, que ce soit l'énergie ou l'eau » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) — reliant souveraineté, commande publique et empreinte des datacenters.
- Stratégie de réponse : instrumentaliser l'interdépendance. « J'ai tendance à dire qu'il faut instrumentaliser l'interdépendance, comme le font les empires étatiques et technologiques » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques).
- Modèle proposé : décentralisé et fédéré, pas un champion unique. Elle écarte l'idée d'un géant européen — « Nous n'allons pas créer un géant européen du numérique demain, et ce n'est d'ailleurs pas souhaitable » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) — et avance l'idée d'« une sorte de Centre européen de la recherche nucléaire (Cern) du numérique, qui rassemblerait la recherche, les choix stratégiques de l'État, le secteur public et les entreprises » (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques).
- Critique de la régulation et sobriété numérique. Elle dénonce une « déresponsabilisation réglementaire qui individualise le droit » (les régulateurs « se sont résignés à demander à l'utilisateur de valider lui-même les conditions en cochant une case », Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) et relaie l'idée d'un numérique en « open bar » (référence à Dominique Boullier, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques).
Sources
- https://www.iris-france.org/en/chercheurs/ophelie-coelho/
- https://cis.cnrs.fr/en/ophelie_coelho/
- https://www.institut-rousseau.fr/members/ophelie-coelho/
- https://carism.assas-universite.fr/fr/ophelie-coelho
- https://editionsatelier.com/boutique/accueil/511-geopolitique-du-numerique--9782708295384.html
- https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lireamp-interview-ophelie-coelho-chercheuse-a-l-iriset-8239--nos-elites-ont-ete-formees-au-logiciel-transatlantique-99552.html