Stéphanie Schaer
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Stéphanie Schaer est une haute fonctionnaire française, ingénieure générale des Mines. Ancienne élève de l'École polytechnique (promotion 1997), elle est diplômée de Télécom Paris (2002) et titulaire d'un diplôme universitaire en droit des entreprises en difficulté de l'Université Paris-Sorbonne (2017).
Elle débute sa carrière dans la sécurité des systèmes d'information à la DCSSI (devenue l'ANSSI), puis passe par la direction générale des entreprises à Bercy (bureau de l'industrie du logiciel), avant de devenir directrice régionale adjointe de la Direccte de Bourgogne, puis de Bourgogne-Franche-Comté. En 2015, elle lance en tant qu'intrapreneuse la start-up d'État Signaux Faibles, service de détection précoce des entreprises en difficulté à partir des données des administrations, accompagné par les programmes de la Dinum (Entrepreneurs d'intérêt général, Beta.gouv).
En 2019, elle devient directrice adjointe du cabinet d'Élisabeth Borne (ministère de la Transition écologique puis ministère du Travail), avant d'être nommée cheffe de cabinet au ministère du Travail, puis conseillère auprès de la Première ministre à Matignon (mai 2022). En septembre 2022, elle est nommée directrice interministérielle du numérique (Dinum), poste qu'elle occupe jusqu'en juin 2026 : elle est remplacée par Walter Arnaud (prise de fonction le 24 juin 2026), dans le cadre de la transformation de la Dinum en agence « Ariane » (Autorité nationale du numérique et de l'IA de l'État). C'est donc en tant que directrice de la Dinum, la « DSI de l'État », qu'elle est auditionnée par la commission.
Dans la commission
Auditionnée (compte rendu Mme Stéphanie Schaer, 27 interventions). Sa thèse : la souveraineté numérique est « la capacité d'une nation à agir de manière autonome dans ses domaines stratégiques, en maîtrisant les dépendances technologiques, opérationnelles et réglementaires envers des acteurs non européens sur l'ensemble de la chaîne technologique » (Mme Stéphanie Schaer), qui se décline en deux exigences opérationnelles : l'immunité au droit extraterritorial (label SecNumCloud pour les données sensibles) et la réversibilité. Elle pose le diagnostic de dépendance : « près de 80 % des infrastructures et technologies numériques européennes sont importées, ce qui engendre des vulnérabilités systémiques » (Mme Stéphanie Schaer), avec un risque central de « kill switch », l'arrêt des services cloud.
Positions clés défendues (toutes en Mme Stéphanie Schaer) :
- Communs numériques open source comme levier central de maîtrise et de réversibilité — mais la Dinum n'est pas éditeur : « On a dit que la Dinum devenait un éditeur de logiciels. Ce n'est pas notre positionnement ». Elle cite ses briques (Tchap, « près de 800 000 comptes », et Docs « intégralement conçue en franco-allemand »).
- Mutualisation européenne via l'Edic Digital Commons : « seule la mutualisation de nos investissements, de nos talents et de nos capacités industrielles nous permettra […] de nous affranchir des dépendances imposées par des acteurs monopolistiques ».
- Cloud souverain : bilan chiffré (« Sept acteurs ont obtenu la qualification SecNumCloud et 99 % de la commande publique de l'État est orientée vers des acteurs européens »), stratégie mixte combinant clouds internes (Pi, Nubo) et SecNumCloud privé.
- Dépendance Microsoft : elle alerte sur la flambée des licences (« que se passerait-il si le prix des licences était multiplié par deux, par trois, voire par cinq ? ») et le rachat de VMware par Broadcom, mais reconnaît ne pas disposer d'un montant Microsoft consolidé (« Je ne dispose pas de ces montants »), tout en jugeant que la circulaire du 5 février 2026, bien appliquée, suffit.
- IA souveraine : socle interministériel mutualisé (SIAAG) contractualisé avec Outscale et Mistral AI.
- Réinternalisation des compétences : « un taux d'externalisation supérieur à 80 % n'est pas envisageable ».
- Elle décline toute position sur le dossier Palantir/Tracfin, hors de son périmètre : « le décret du 25 octobre 2019 exclut explicitement les SI classifiés du périmètre de compétence de la Dinum ».
Ligne d'ensemble : une posture d'opératrice de l'État, technique et pragmatique, qui revendique des acquis souverainistes concrets (SecNumCloud, communs, franco-allemand) tout en assumant les zones de dépendance encore ouvertes (Microsoft, mesure de la dépense).
Sources
- https://annales-des-mines.org/bio-schaer-stephanie/
- https://www.republik-it.fr/decideurs-it/gouvernance/stephanie-schaer-nommee-a-la-tete-de-la-dinum.html
- https://next.ink/brief-article/une-proche-collaboratrice-delisabeth-borne-nommee-a-la-tete-de-la-dinum/
- https://acteurspublics.fr/articles/walter-arnaud-et-pierre-bouillon-vont-respectivement-prendre-les-postes-de-directeurs-du-numerique-et-de-la-transformation-publique-de-letat/
- https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-walter-arnaud-nomme-a-la-tete-de-la-dinum-en-phase-de-reorganisation-100422.html