Thierry Breton
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Thierry Breton, ne le 15 janvier 1955 a Paris, est un dirigeant d'entreprise, homme politique et essayiste francais, ingenieur diplome de Supelec (1979) et auditeur de l'IHEDN. Il debute comme entrepreneur des nouvelles technologies (fondation de Forma Systems en 1981) et concoit le parc du Futuroscope a la fin des annees 1980, avant une carriere de dirigeant de grands groupes technologiques : redressement du Groupe Bull, puis president-directeur general de Thomson Multimedia (1997-2002) et de France Telecom (2002-2005), ou il reduit fortement l'endettement du groupe.
En 2005, il entre au gouvernement comme ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie (2005-2007), sous les gouvernements Raffarin puis de Villepin, pendant la presidence de Jacques Chirac. Apres un passage comme enseignant a la Harvard Business School (2007-2008), il prend la tete d'Atos (2008-2019), qu'il fait entrer au CAC 40 et dont il double le chiffre d'affaires, notamment via le rachat des activites informatiques de Siemens.
Du 1er decembre 2019 au 16 septembre 2024, il est commissaire europeen au marche interieur dans la premiere Commission von der Leyen, avec un portefeuille large couvrant le numerique, l'industrie, la defense et l'espace. A ce titre, il pilote la mise en oeuvre du corpus reglementaire numerique europeen : Digital Services Act (DSA), Digital Markets Act (DMA), AI Act et Chips Act, et defend une ligne ferme face aux grandes plateformes. Il demissionne le 16 septembre 2024 en accusant Ursula von der Leyen d'avoir bloque son renouvellement, sur fond de relations tendues. Le 23 decembre 2025, il est declare persona non grata par le secretaire d'Etat americain Marco Rubio, qui invoque son role dans le DSA et une pretendue « censure » des plateformes americaines — un « bannissement » qu'il evoque lui-meme lors de son audition. Politiquement, il a ete affilie au RPR puis a l'UMP avant de se presenter comme independant.
Dans la commission
Audite (audition de M. Thierry Breton, 14 interventions), Thierry Breton depose en ancien commissaire europeen et architecte du corpus reglementaire numerique europeen. Sa these centrale : il n'y a « pas d'innovation sans confiance », et cette confiance a ete brisee par l'extraterritorialite du droit americain. Il denonce nommement « le Patriot Act, le Cloud Act » et rappelle que « depuis 2008, la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act (Fisa) autorise l'administration americaine a ecouter et a regarder tout ce que l'on fait, pour peu qu'on ne soit pas citoyen americain » (M. Thierry Breton).
Il tord le cou au recit opposant innovation americaine et regulation europeenne : « Tous ceux qui disent qu'aux Etats-Unis on innove et qu'en Europe on regule sont des idiots utiles [...] qui se font les porte-voix des Gafa » (M. Thierry Breton). Pour lui, la domination des Gafam n'est pas affaire de genie mais de taille de marche : « Voila pourquoi nous n'avons pas pu creer des entreprises comme les Gafa : c'est une question de volume » — d'ou son insistance sur le marche unique europeen (450 millions d'habitants) comme levier de puissance a activer a l'echelle europeenne et non nationale.
Sur l'application des cinq reglements (DGA, Data Act, DSA, DMA, AI Act), qu'il presente comme un acquis democratique vote a 85-95 %, il est le plus tranchant : une amende de « 120 millions d'euros [...] dérisoire pour des entreprises qui valent des centaines, voire des milliers de milliards » ne suffit pas ; la vraie arme est la « fermeture temporaire du service » via le juge, dans une logique assumee de rapport de force. Il s'oppose frontalement a l'affaiblissement du corpus (« Comment peut-on vouloir les simplifier, voire les detricoter ? »), estimant qu'un eventuel omnibus « ne serait pas pour la simplifier mais pour commencer a borner les choses » (M. Thierry Breton).
Il alerte enfin sur les vulnerabilites systemiques : recul de la production europeenne de semi-conducteurs (« de 20 % a 30 % [...] a 8 % un quart de siecle plus tard »), valorisations « stratospheriques » de l'IA (« entre 800 milliards et 1 000 milliards [...] dont le chiffre d'affaires est de quelques centaines de millions de dollars ») et fragilite du financement adosse au Golfe (« il sera vraisemblablement complique de tenir les 2 000 milliards de promesses »). Il valorise a l'inverse le patrimoine informationnel industriel europeen : « Personne d'autre n'a l'historique informationnel que nous avons dans nos usines » (M. Thierry Breton).
Sources
- https://en.wikipedia.org/wiki/Thierry_Breton
- https://commissioners.ec.europa.eu/thierry-breton_en
- https://www.touteleurope.eu/institutions/thierry-breton-demissionne-de-son-poste-de-commissaire-europeen-la-france-doit-designer-un-nouveau-candidat-pour-la-prochaine-commission/
- https://www.touteleurope.eu/interlocuteur/thierry-breton/