Umberto Berkani
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Umberto Berkani est rapporteur general de l'Autorite de la concurrence depuis le 3 avril 2025, nomme pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois. Il succede a Stanislas Martin. A ce titre, il dirige les services d'instruction de l'Autorite et supervise l'ensemble des dossiers de pratiques anticoncurrentielles, l'examen des projets de concentration et la preparation des avis.
Il est titulaire d'une agregation d'economie et de gestion et d'un DEA de droit des affaires et de l'economie.
Son parcours au sein de l'institution de concurrence est ancien :
- 2004-2010 : rapporteur au Conseil de la concurrence (ancetre de l'Autorite).
- 2011-2012 : expert national detache a la direction generale de la concurrence (DG COMP) de la Commission europeenne, a Bruxelles.
- A partir de 2013 : retour a l'Autorite de la concurrence comme rapporteur general adjoint, a la tete du service d'instruction n°1 (« Antitrust Unit 1 ») pendant huit ans, specialise dans l'instruction des affaires et des avis dans les secteurs de l'energie, des transports et de la construction. Il est aussi devenu referent Outre-mer (2019) puis conseiller special du rapporteur general (debut 2021).
- Mai 2021 : il quitte l'Autorite pour rejoindre le secretariat general des ministeres de la Transition ecologique et de la Cohesion des territoires, comme chef de service et directeur adjoint des affaires juridiques.
- Il est par ailleurs membre de la Commission d'acces aux documents administratifs (CADA) depuis septembre 2019.
Sa nomination comme rapporteur general (avril 2025) intervient a l'issue d'un processus de selection mene par un comite charge d'eclairer le choix du ministre de l'Economie. Note : le rapporteur general dirige l'instruction ; il est distinct du president de l'Autorite (Benoit Coeure).
Dans la commission
Umberto Berkani est auditionne (M. Umberto Berkani) en tant que rapporteur general de l'Autorite de la concurrence. Sa these d'ensemble : la reconquete de l'independance numerique ne releve pas du droit de la concurrence, mais de la strategie industrielle et du politique — l'Autorite n'a ni la legitimite ni les outils pour fabriquer des concurrents francais. Il defend un cadre juridique deja solide, mais handicape par un manque criant de moyens.
Positions cles defendues :
- Souverainete hors champ. Il renvoie la question a la politique industrielle : « il n'appartient pas aux autorites de concurrence de definir elles-memes les objectifs de politique economique » et « Les pistes de reflexion que soulevent votre propos tiennent davantage a la strategie industrielle qu'au droit de la concurrence » (M. Umberto Berkani).
- Neutralite quant a la nationalite. Ligne ferme : « le droit de la concurrence est strictement neutre quant a la nationalite des acteurs. Un abus de position dominante est sanctionne de la meme maniere, que l'entreprise soit europeenne, americaine ou chinoise » (M. Umberto Berkani). Il en tire meme un paradoxe : « nous pourrons d'ailleurs nous rejouir le jour ou existeront des entreprises europeennes dominantes dans le numerique que nous pourrons sanctionner pour abus, car cela signifiera qu'elles auront ete creees » (M. Umberto Berkani).
- Dominance vs preponderance. Il explique pourquoi le droit commun peine sur le cloud : « Des lors que trois acteurs se partagent 80 % d'un marche, etablir la dominance de l'un d'entre eux devient complexe, ce qui interroge l'applicabilite meme du droit commun » (M. Umberto Berkani) — d'ou l'utilite du DMA comme regulation ex ante (autopreference, acquisitions predatrices).
- Le nerf de la guerre : les moyens. Point saillant et repete de son audition. « Les nouvelles competences qui nous ont ete attribuees dans le cadre du DMA n'ayant ete accompagnees d'aucun renfort, nous rappelons qu'une competence depourvue de moyens ne peut etre exercee de maniere effective » ; « Pour la premiere fois depuis la creation de l'Autorite, nos effectifs ont subi une reduction de nos ETP ces deux dernieres annees » ; « mener nos propres enquetes sur ces sujets serait un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir » — l'Autorite se bornant a transferer l'information a la Commission europeenne (M. Umberto Berkani). Il souligne l'asymetrie : « l'ecart de ressources entre les grandes entreprises et les autorites de concurrence est colossal », et retourne l'argument budgetaire : « notre institution est un centre de profit, puisque les sanctions infligees sont reversees au budget de l'Etat. Reduire nos ressources est donc un calcul budgetaire risque » (M. Umberto Berkani).
- Sujets numeriques travailles. Il rappelle que l'Autorite a rendu des avis « recemment pour le cloud et pour l'IA generative » et instruit « un avis sur les agents conversationnels » (M. Umberto Berkani). Sur les data centers, il valide un risque identifie mais le renvoie au regulateur sectoriel : « l'acces a l'energie et la surreservation constituent deux risques concurrentiels majeurs que nous avons formellement identifies » (M. Umberto Berkani). Sur les credits cloud (SREN), il note que « le sujet des credits cloud perdra donc de son acuite a mesure que l'echeance de 2027 approchera » (M. Umberto Berkani).
Ce que revele son audition : une posture d'autorite technique et neutre, qui recadre poliment mais fermement les attentes « souverainistes » de la commission (la concurrence ne sert pas la preference nationale), tout en profitant du cadre pour plaider ses moyens.
Sources
- https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/article/umberto-berkani-est-nomme-rapporteur-general-de-lautorite-de-la-concurrence-0
- https://www.autoritedelaconcurrence.fr/en/press-release/umberto-berkani-appointed-general-rapporteur-autorite-de-la-concurrence
- https://www.autoritedelaconcurrence.fr/fr/communiques-de-presse/umberto-berkani-est-nomme-rapporteur-general-adjoint
- https://acteurspublics.fr/nomination/umberto-berkani-devient-rapporteur-general-de-lautorite-de-la-concurrence/
- https://www.cbnews.fr/mouvements/autorite-concurrence-umberto-berkani-est-nouveau-rapporteur-general