La part du citoyen

Données personnelles, vie privée & RGPD

Algorithmes publics et décisions automatisées

Le corpus aborde ce sujet à travers trois auditions, mais la matière provient très majoritairement de Mme Soizic Pénicaud, de l'Observatoire des algorithmes publics (Odap, Mme Soizic Pénicaud). Sa thèse centrale est que « les algorithmes publics ne sont ni neutres ni autonomes. Ils sont le produit de choix, qui sont toujours des choix politiques » (Mme Soizic Pénicaud). Elle en tire une conséquence directe : « il ne s'agit pas d'améliorer les algorithmes, il s'agit en réalité de repenser les politiques publiques que les algorithmes mettent en œuvre » (Mme Soizic Pénicaud). Selon elle, un algorithme reflète et amplifie la nature de la politique qu'il exécute : « si les politiques publiques sont de plus en plus coercitives et sécuritaires, les algorithmes seront proportionnellement plus coercitifs et plus sécuritaires » (Mme Soizic Pénicaud).

Un constat partagé de recadrage traverse ces interventions : l'attention portée à l'IA générative masquerait l'essentiel. Pour Pénicaud, celle-ci est « en quelque sorte l'arbre qui cache la forêt de l'automatisation globale des services publics » (Mme Soizic Pénicaud). Elle illustre par des systèmes simples mais lourds de conséquences, comme « l'algorithme d'attribution de scores de risque de la Cnaf [...] qui repose sur une simple régression logistique » mais « susceptible d'affecter fortement les citoyens » (Mme Soizic Pénicaud).

Sur la transparence, elle juge le cadre pionnier de 2016 gravement lacunaire : « aucune sanction n'est prévue à l'encontre des administrations si elles ne mettent pas en œuvre le cadre légal de la transparence » (Mme Soizic Pénicaud), et « les systèmes les plus critiques sont souvent les moins publiés » (Mme Soizic Pénicaud). Le blocage serait d'abord culturel. Un point de clivage émerge ici entre l'argument français (le risque cyber justifierait la non-publication) et le modèle britannique qu'elle cite, où l'on juge « préférable de patcher les algorithmes plutôt que de refuser de les publier » (Mme Soizic Pénicaud). Elle plaide pour « contraindre les éditeurs à fournir les codes sources de leurs systèmes » (Mme Soizic Pénicaud). Elle conteste enfin la neutralité prêtée aux outils d'assistance (transcription, résumé) : une « étude sur la transcription dans le secteur social au Royaume-Uni démontre que des systèmes de résumé d'entretiens étaient biaisés contre les femmes, en minimisant leurs problèmes de santé » (Mme Soizic Pénicaud). Elle cite aussi l'usage par l'INA de Whisper, modèle local d'OpenAI, pour des tâches jugées peu critiques (Mme Soizic Pénicaud).

M. Henri Verdier (Fondation Inria, M. Henri Verdier) déplace la focale vers le « management algorithmique » et la domination des chaînes de valeur, résumé par sa formule : « nous sommes tous en passe de devenir des chauffeurs Deliveroo ! » (M. Henri Verdier). Enfin, M. Emmanuel Marcovitch (M. Emmanuel Marcovitch) note que la certification HDS (Doctolib) « n'intègre aucun critère de souveraineté » et recommande de l'aligner sur SecNumCloud contre le droit extra-européen.

Qui en parle

Interventions regroupées (12 citations · 3 auditions)

Domaine : Données personnelles, vie privée & RGPD · Sujet : algorithmes-publics

Couverture : 12 citations · 5 positions · 3 auditions

_Slugs bruts fusionnés : transparence-algorithmes-publics, algorithmes-non-neutres-politiques, cnaf-scoring-risque, inventaire-algorithmes, outils-assistance-vs-decision, management-algorithmique, parcoursup-refus-publication, pronote-doctolib_

Positions exprimées

  • Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) : Les algorithmes publics ne sont ni neutres ni autonomes : ils sont toujours le produit de choix politiques ; l’enjeu n’est pas de les améliorer mais de repenser les politiques publiques qu’ils mettent en œuvre. _(tranchant 4)_
  • M. Henri Verdier (M. Henri Verdier) : La vraie domination s'exerce sur les chaînes de valeur via le management algorithmique, qui dégrade le travail et transforme les entreprises françaises en sous-traitants (métaphore des chauffeurs Deliveroo). _(tranchant 3)_
  • Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) : La transparence est un prérequis nécessaire mais non suffisant, gravement lacunaire malgré le cadre pionnier de 2016 ; les systèmes les plus critiques sont les moins publiés et le blocage est d’abord culturel. _(tranchant 3)_
  • Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) : Les outils d’assistance (transcription, résumé) présentés comme bénins car relus par un humain ne sont pas neutres : les biais s’y logent, comme le montre l’étude britannique sur des résumés minimisant les problèmes de santé des femmes. _(tranchant 3)_
  • MM. Emmanuel Marcovitch (M. Emmanuel Marcovitch) : La certification HDS (Doctolib) n'intègre aucun critère de souveraineté : la Cour recommande de l'aligner sur SecNumCloud en matière de protection contre le droit extra-européen. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Nous sommes tous en passe de devenir des chauffeurs Deliveroo ! »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Formule choc qui déplace la question de la souveraineté vers la domination des chaînes de valeur et la dégradation du travail par le management algorithmique._

« Enfin, notre travail vise à démontrer que les algorithmes publics ne sont ni neutres ni autonomes. Ils sont le produit de choix, qui sont toujours des choix politiques. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Thèse fondatrice de l’audition : la question algorithmique est d’abord une question politique, pas technique._

« l’IA générative, qui capte l’attention aujourd’hui, est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt de l’automatisation globale des services publics. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Recadre le débat : l’attention portée à l’IA générative masque des systèmes moins visibles mais plus impactants._

« Je pense par exemple à l’algorithme d’attribution de scores de risque de la Cnaf, que j’ai mentionné précédemment, qui repose sur une simple régression logistique, mais qui naturellement est susceptible d’affecter fortement les citoyens. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Montre qu’un système simple, non-IA, peut avoir des effets majeurs sur les droits sociaux._

« Si les politiques publiques sont de plus en plus coercitives et sécuritaires, les algorithmes seront proportionnellement plus coercitifs et plus sécuritaires. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Formule le lien de causalité politique : l’algorithme reflète et amplifie la nature de la politique publique._

« Je rappelle aussi que les systèmes les plus critiques sont souvent les moins publiés, et le manque de transparence de ces systèmes constitue selon moi une question primordiale. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Pointe le paradoxe : plus un système est sensible, moins il est rendu transparent._

« en réalité aucune sanction n’est prévue à l’encontre des administrations si elles ne mettent pas en œuvre le cadre légal de la transparence des algorithmes publics. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Le cadre pionnier de 2016 est dépourvu de sanction : une transparence de droit mais non contraignante._

« Concernant le risque cyber, ils estiment qu’il est préférable de patcher les algorithmes plutôt que de refuser de les publier. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Modèle britannique opposé à l’argument français : la cybersécurité n’est pas un obstacle à la transparence._

« L’INA n’a pas développé son propre modèle, et pour retranscrire ses vidéos il utilise, je crois, Whisper, une application locale développée par OpenAI. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Exemple concret d’usage d’un modèle étranger (OpenAI) en local pour une tâche jugée peu critique._

« une étude sur la transcription dans le secteur social au Royaume-Uni démontre que des systèmes de résumé d’entretiens étaient biaisés contre les femmes, en minimisant leurs problèmes de santé. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Démonte l’idée qu’un outil d’assistance relu par un humain serait neutre : le biais est dans le résumé lui-même._

« Il ne s’agit pas d’améliorer les algorithmes, il s’agit en réalité de repenser les politiques publiques que les algorithmes mettent en œuvre. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Déplace le curseur de la solution technique vers la décision politique : le vrai objet est la politique publique._

« J’estime qu’il est pertinent d’explorer la possibilité de contraindre les éditeurs à fournir les codes sources de leurs systèmes. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Préconisation actionnable : obligation de transparence du code source pour permettre les audits externes._