Datacenters souverains et résilience
Le corpus aborde les datacenters sous trois angles convergents : la pression énergétique qu'ils exercent, l'écart entre présence physique sur le territoire et souveraineté réelle sur les données, et les réponses concrètes déjà déployées par certaines administrations. Sept citations issues de trois auditions structurent ce tableau.
L'enjeu énergétique comme toile de fond. Selon Christel Heydemann (Orange, Mme Christel Heydemann), la consommation électrique des datacenters « est en train d'exploser au point qu'aux États-Unis, la fourniture d'électricité fait l'objet d'arbitrages entre, d'un côté, les data centers, et de l'autre, les industries ou la population ». L'électricité y devient un bien disputé, ce qui pose la résilience des infrastructures comme un enjeu de ressource autant que de technologie.
Le principal clivage : investir n'est pas maîtriser. C'est le désaccord le plus net du corpus, autour des 109 milliards d'euros d'investissements privés annoncés au Sommet pour l'action sur l'IA. Mme Anne Le Hénanff (Gouvernement, Mme Anne Le Hénanff) souligne que « sur les 109 milliards [...], 90 sont directement fléchés vers la construction de centres de données » et défend ces investissements comme nécessaires pour bâtir la filière et la puissance de calcul sur le sol français. Elle insiste sur une nuance : « ce n'est pas parce qu'on investit dans un data center qu'on a accès aux données et aux infrastructures. Il faut bien distinguer le statut d'investisseur de celui d'opérateur. » La rapporteure Mme Cyrielle Chatelain (Mme Anne Le Hénanff) conteste la portée souveraine de cet effort : « dans le cas d'AWS [...], le centre de données est situé en France mais la puissance de calcul bénéficie aux Américains, donc la valeur ajoutée repart aux États-Unis. » Pour elle, la localisation physique ne suffit pas.
Des réponses opérationnelles côté État. Deux témoignages illustrent une souveraineté « par les murs ». M. Tomasz Blanc (DGFIP, M. Tomasz Blanc) décrit une IA interne : « nous nous appuyons sur nos propres data scientists et ingénieurs pour exploiter des modèles de langage libres sur nos propres puces GPU, hébergées dans nos centres de données » — les données ne sortant jamais. Le général Marc Boget (Anfsi, M. Tomasz Blanc) va plus loin sur les données sensibles : « même un SecNumCloud ne peut offrir les garanties de sécurité que procure une exploitation directe par des gendarmes au sein de nos propres casernes. » Il chiffre aussi la sortie des technologies propriétaires : « nous ne possédons plus aucun serveur Windows et seuls 1 054 postes sur 80 000 conservent ce système. »
Point saillant transversal. Le label SecNumCloud, souvent présenté comme la référence de confiance, est jugé insuffisant par le général Boget pour les données les plus sensibles, qui privilégie l'exploitation directe par des agents publics. Le corpus dessine ainsi une gradation : investissement étranger localisé (jugé insuffisant par la rapporteure) < hébergement souverain labellisé < exploitation entièrement internalisée.
Qui en parle
- Christel Heydemann — Orange (Mme Christel Heydemann) : pose l'enjeu énergétique, l'électricité comme ressource disputée par les datacenters.
- Général Marc Boget — Anfsi (M. Tomasz Blanc) : ligne la plus tranchée ; SecNumCloud insuffisant pour le sensible, souveraineté par exploitation interne, quasi-sortie de Windows.
- Tomasz Blanc — DGFIP (M. Tomasz Blanc) : cas concret d'IA souveraine (LLM libres sur GPU internes, données confinées).
- Anne Le Hénanff — Gouvernement (Mme Anne Le Hénanff) : défend l'investissement (109 Mds, dont 90 en datacenters) tout en distinguant investisseur et opérateur.
- Cyrielle Chatelain — rapporteure (Mme Anne Le Hénanff) : conteste la souveraineté d'un datacenter étranger sur le sol français (exemple AWS, valeur qui repart aux États-Unis).