La part du citoyenTikTok et les mineurs
AG

Angélique Gozlan

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Angélique Gozlan est psychologue clinicienne et docteure en psychopathologie et psychanalyse. Elle a soutenu sa thèse en 2013 à l'université Paris Diderot – Paris 7, dans la discipline recherche en psychanalyse et psychopathologie, sous la direction de Céline Masson : Enjeux psychiques des réseaux sociaux chez les adolescents : une métapsychologie de la virtualescence (référence theses.fr 2013PA070088). Devant la commission, elle présente ce travail comme « la première thèse en psychologie clinique en France sur l'impact des réseaux sociaux à l'adolescence » — formulation qui est la sienne.

Sa pratique est clinique avant d'être académique : elle déclare avoir travaillé « depuis près de vingt ans auprès de familles d'enfants et d'adolescents en pédopsychiatrie ». Sa notice d'éditeur la présente également comme chercheuse associée à l'université Lumière Lyon 2 et à l'université Paris 7-Diderot ; ses publications récentes sont rattachées au Centre d'histoire des sociétés, des sciences et des conflits (CHSSC, UR 4289) de l'université de Picardie Jules Verne.

Ses travaux portent sur les adolescents et les environnements numériques : effets des contenus en ligne sur la santé mentale des jeunes, cyberharcèlement, images violentes ou sexuelles. Elle a publié L'adolescent face à Facebook (In Press, 2016, préface de Céline Masson) et co-dirigé avec Sophie Jehel Les adolescents face aux images trash sur internet (In Press, 2019). Elle a co-signé avec Céline Masson l'article Le phénomène "transgenre" à l'adolescence et l'emprise des réseaux sociaux (revue Cités, 2022) et a contribué en 2018 au rapport de recherche Effets des actions de médiation culturelle sur les enfants et adolescents.

Elle intervient comme experte auprès de l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique (OPEN), association créée en 2016, dirigée par Thomas Rohmer et présidée par Marion Haza, qui se définit comme la première association française consacrée à l'accompagnement des parents et des professionnels sur les questions de parentalité et d'éducation numérique. L'OPEN l'a notamment sollicitée en 2020, à l'occasion de la journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école, en la présentant comme psychologue clinicienne, spécialiste des réseaux sociaux et du cyberharcèlement.

Dans la commission

Elle est entendue le 10 juin 2025 (cr24a), en audition commune avec Thomas Rohmer, directeur de l'OPEN, sous l'intitulé « experte à l'Open, docteure en psychopathologie ». Une seule audition, deux prises de parole — mais substantielles.

Sa thèse centrale est celle du dosage, pas de la substance. Elle refuse de traiter la plateforme comme un agent pathogène en soi : « C'est précisément le dosage, la quantité et la nature de l'usage qui déterminent la transformation du remède en poison. » (cr24a) Elle en tire une position explicite de prudence sur le lien de causalité : « Bien que cet usage des réseaux sociaux comporte certainement des risques, les plateformes ne créent pas en elles-mêmes des troubles à l'adolescence. » (cr24a) et « Nous ne pouvons néanmoins établir aujourd'hui une causalité directe et univoque entre les réseaux sociaux et la santé psychique des adolescents. » (cr24a)

Elle déplace la cause vers un contexte plus large. « Même si la santé mentale des jeunes traverse effectivement une période difficile, ce ne sont pas les réseaux sociaux qui génèrent davantage de mal-être, mais bien un état sociétal, familial et interpersonnel plus global. » (cr24a) Elle rapporte, à l'appui, une remarque d'une adolescente : « Une jeune le formule avec pertinence en me rappelant que la dépression existait bien avant TikTok. » (cr24a)

Ce qu'elle concède en revanche, c'est un effet d'amplification et de signal. « En revanche, selon les témoignages recueillis, les contenus des réseaux sociaux peuvent renforcer un état psychique ou émotionnel préexistant. » (cr24a) D'où l'idée que l'usage vaut symptôme plus que cause : « car ces éléments suggèrent que la manière dont un adolescent utilise les réseaux sociaux constitue potentiellement un indicateur de souffrance psychique. » (cr24a)

Le format, plus que le contenu. S'appuyant sur la parole des adolescents qu'elle suit, elle rapporte que « Les jeunes identifient particulièrement les formats de vidéo ( shorts, reels ) comme problématiques et intrinsèquement addictifs. » (cr24a) et que « Ces adolescents considèrent ainsi le format comme plus problématique que le contenu lui-même. » (cr24a) Elle cite l'image employée par l'une d'elles : « Une autre décrit ces plateformes comme « un boîtier hypnotisant », constatant son incapacité à maintenir sa concentration sur des formats plus longs après avoir consommé une série de contenus courts. » (cr24a)

Sur les troubles alimentaires, elle décrit un changement de registre d'une plateforme à l'autre. « Une adolescente évoque spécifiquement l'existence de comptes « ED TikTok » ( Eating Disorders TikTok ), autrefois présents sur Twitter, qui valorisent le body check et les contenus montrant des personnes consommant seulement 800 calories quotidiennes. » (cr24a) — et, dans les mots de cette adolescente : « Sur Twitter, cela s'apparentait à un journal intime des personnes souffrant de ces troubles, tandis que sur TikTok, le message devient « Regardez, je suis une meilleure anorexique que vous ». » (cr24a)

Sur les remèdes, elle relaie d'abord la position des jeunes qu'elle a interrogés. Contre l'interdiction : « Lorsque je les ai interrogés sur l'interdiction potentielle des réseaux sociaux, ils ont catégoriquement écarté cette option, affirmant avec lucidité que toute interdiction engendre inévitablement sa transgression. » (cr24a) Pour la responsabilisation des plateformes : « Le premier axe qu'ils proposent concerne la mise en place d'une modération interne aux plateformes, exigeant ainsi que les réseaux sociaux assument leurs responsabilités. » (cr24a) Elle cite aussi ce que ces espaces apportent, sans le retrancher : « Je ne me suis jamais sentie autant entourée que seule devant mon écran. » (cr24a)

Deux points de critique plus frontaux clôturent son propos. Sur les enfants exposés en ligne : « nous assistons à une monétisation de l'enfance et des moments d'expérimentation, périodes durant lesquelles les enfants devraient bénéficier de stabilité, de sécurité et d'intimité. » (cr24a) Et, sur les parents, une observation qui contredit l'idée d'un clivage social entre familles vigilantes et familles démissionnaires : « Or j'observe une homogénéité surprenante dans leurs approches de la gestion des écrans puisque, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle, ces parents rencontrent des difficultés similaires pour imposer des limites à leurs enfants concernant les écrans, pour sanctionner les excès ou encadrer les usages. » (cr24a)

Sources