Anna Baldy
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Anna Baldy est une créatrice de contenu française, connue en ligne sous le pseudonyme « Grande Bavardeuse » (compte et podcast « Bavardage »). Elle produit des vidéos de vulgarisation et de décryptage de l'actualité sur TikTok, Instagram, YouTube et Twitch, ainsi qu'un podcast.
L'identification ne pose pas de difficulté : le compte rendu officiel de l'Assemblée nationale la présente lui-même comme « Mme Anna Baldy, connue sous le pseudonyme de « Grande Bavardeuse » », et la qualifie d'« activiste humanitaire et créatrice de contenu (Bavardage) ». Ces éléments recoupent son profil professionnel public — son profil LinkedIn la présente comme active dans la création de contenu, la communication et le plaidoyer (humanitaire, droits humains et associatif), avec une expérience chez Bavardage et une formation à Sciences Po — ainsi que les mentions de presse.
Formation : études de sciences politiques — son profil LinkedIn mentionne Sciences Po. Devant la commission, elle indique avoir également suivi des études de droit et avoir achevé son cursus deux semaines avant l'audition, en mai 2025, tout en prévoyant de reprendre ses études à la rentrée suivante.
Engagement associatif : originaire d'Arles, elle a rejoint début 2024 la promotion 2024 des jeunes ambassadeurs de l'association ONE (organisation de plaidoyer contre l'extrême pauvreté cofondée par Bono), alors âgée de 21 ans (La Provence). Elle mentionne devant la commission un travail au sein d'une association de protection de l'enfance et une collaboration avec une association luttant contre la prostitution des mineurs.
Activité en ligne : elle indique avoir commencé à produire des vidéos en juin 2024, pendant la séquence des élections européennes puis des législatives anticipées. Au moment de l'audition (juin 2025), elle déclare 160 000 abonnés sur TikTok. Sa notoriété a ensuite progressé : son compte Instagram @grandebavardeuse affiche environ 202 000 abonnés, et La Provence évoque en 2026 « plus de 330 000 abonnés » sur les réseaux sociaux. Ses sujets couvrent l'aide sociale à l'enfance, les procès, l'histoire ou le cinéma (L'Humanité, qui l'a reçue dans son émission « Ça ira »). En juin 2026, 20 Minutes cite une de ses vidéos consacrée à la chaîne YouTube « Les Films à l'arrache ». Arrêt sur images la citait dès avril 2025 parmi les vidéastes dénonçant sur TikTok la modération et le déréférencement pratiqués par la plateforme.
Après les travaux de la commission, elle figure parmi les créateurs interrogés par franceinfo qui ont regretté la mise en avant d'influenceurs controversés dans les auditions, jugeant qu'on aurait eu beaucoup plus à apprendre en écoutant les créateurs qui tentent d'avoir une approche plus éthique des réseaux sociaux (franceinfo). Cette déclaration est postérieure à son audition et n'appartient pas au corpus de la commission.
Réserve de sourçage : les articles de La Provence et de L'Humanité n'ont pas pu être consultés intégralement ; les éléments qui en sont tirés proviennent de leurs résumés indexés. Les dates précises de scolarité et d'engagement associatif ne sont pas documentées par une source indépendante autre que ses propres déclarations sous serment.
Dans la commission
Auditionnée le 3 juin 2025 (cr21e), sous serment, en qualité d'« activiste humanitaire et créatrice de contenu (Bavardage) », dernière des cinq auditions de la réunion, sous la présidence d'Arthur Delaporte. Elle déclare d'emblée son lien d'intérêt : « Je perçois effectivement des revenus reversés par TikTok sur la base des audiences de mes vidéos. » (cr21e)
Sa thèse. Elle refuse le propos exclusivement alarmiste comme l'éloge : elle défend l'existence d'apports réels de TikTok (accès gratuit à l'information, contre-discours, pluralisme dans un contexte de concentration médiatique) tout en portant des inquiétudes fortes sur la modération, l'opacité algorithmique et l'exploitation du mal-être adolescent. Elle assume ouvertement la contradiction de sa position — critiquer l'algorithme tout en en vivant — et la justifie par une logique d'investissement des espaces culturels accessibles qu'elle rattache à Gramsci.
Positions clés défendues :
- Cyberharcèlement et modération — c'est son point le plus tranché, illustré par la lecture en séance de commentaires reçus sous ses vidéos : « je m'inquiète de l'impunité totale qui règne dans cette immense cour de récréation virtuelle, où circulent sans modération des vidéos et des commentaires empreints d'un racisme assumé et d'une misogynie insidieuse. » (cr21e) Elle souligne que la violence subie est, selon elle, d'une ampleur bien supérieure pour les jeunes femmes non blanches situées à la croisée de plusieurs discriminations. Elle estime par ailleurs que ces commentaires sont probablement écrits par des mineurs — c'est son hypothèse, pas un constat établi.
- Suivi des signalements — « La problématique majeure concernant le signalement réside dans l'absence de suivi. Nous ne recevons aucune information sur les actions entreprises à la suite de nos signalements. » (cr21e) Elle nuance en reconnaissant l'efficacité du filtre automatique des commentaires et la réactivité de TikTok sur un cas d'usurpation d'identité la concernant, tout en rapportant qu'une créatrice féministe cyberharcelée n'a, elle, obtenu aucune réponse.
- Opacité de l'algorithme — « L'opacité de l'algorithme de TikTok est un fait reconnu par de nombreux créateurs de contenu. Cette absence de transparence semble délibérée afin d'empêcher toute manipulation du système. » (cr21e) Elle décrit l'effet de cette opacité sur la fabrique des contenus : « J'ai néanmoins pu observer que les premières secondes d'une vidéo sont cruciales, ce qui influence considérablement la structuration de nos contenus, puisque nous cherchons systématiquement à placer l'information la plus accrocheuse au début afin de capter l'attention des utilisateurs. » (cr21e)
- Déréférencement de mots sensibles — apport concret et documenté de son témoignage : « Comment expliquer, par exemple, qu'une vidéo dans laquelle je mentionne simplement le mot « Palestine » génère dix fois moins de vues qu'une autre ? » (cr21e), et la parade développée par les créateurs : « Ainsi, « viol » devient « V », « agression sexuelle » se transforme en « AS » ou « SA ». Ces stratégies visent à éviter le déréférencement des vidéos, sans pour autant parler de censure à proprement parler. » (cr21e) Le lien de causalité entre le mot employé et la baisse d'audience est une observation qu'elle rapporte, non une démonstration.
- Design addictif — elle témoigne à la première personne : « même à vingt-deux ans, je reste sensible à un algorithme conçu pour générer une forme d'addiction. » (cr21e) et « À vingt ans, j'ai réalisé que mes doigts cherchaient instinctivement l'icône de TikTok avant même que mon cerveau n'en formule consciemment le désir. » (cr21e) Elle indique avoir désinstallé l'application à deux reprises, au lycée puis pendant ses études de droit.
- Santé mentale des adolescents — « TikTok, du fait de son fonctionnement algorithmique, tend à exploiter le mal-être et le désespoir ressentis par ses utilisateurs, en particulier les adolescents. Il est indéniable que les personnes en dépression, confinées chez elles, constituent une cible privilégiée pour ce type de plateforme. » (cr21e) — c'est son analyse, formulée à partir de son expérience personnelle.
- Responsabilité des plateformes — elle rapporte un épisode vécu dans le cadre associatif, lors d'une rencontre organisée par le ministère de l'économie : « Un représentant de Snapchat a tenté de rejeter la responsabilité sur les enfants en suggérant que cela résultait de l'ajout de contacts inconnus. Cette attitude de déresponsabilisation des plateformes, motivée par des intérêts économiques et favorisée par un manque de régulation, me semble particulièrement critiquable. » (cr21e) Il s'agit de son témoignage sur des propos tenus par un tiers, non d'une position de Snapchat établie par la commission.
- Interdiction des moins de quinze ans — position réservée, argumentée depuis son expérience de la protection de l'enfance : « je reste prudente quant à l'efficacité des interdictions pures et simples. L'histoire nous montre que les adolescents trouvent généralement des moyens de contourner les restrictions, comme on le constate actuellement avec l'accès aux sites pornographiques. » (cr21e) Elle conclut : « je reste critique envers cette approche et suis persuadée que la prévention et l'éducation constituent des leviers plus efficaces pour protéger les mineurs. » (cr21e) Face à la relance de la rapporteure sur un principe de précaution, elle se déclare hostile à une responsabilisation excessive des enfants mais ne tranche pas : elle indique ne pas se considérer comme la plus qualifiée pour le faire.
- Monétisation et modèle économique — elle documente le fonctionnement du revenu par mille vues (RPM), réservé aux vidéos de plus d'une minute de visionnage apparaissant dans le fil « Pour toi », les vues des abonnés directs n'étant pas rémunérées. Elle chiffre : « Ces derniers mois, mes revenus ont oscillé entre 900 et 1 400 euros, avec une forte variabilité mensuelle. » (cr21e) Elle ajoute que les collaborations rémunérées sont plus difficiles à obtenir pour du contenu éducatif ou politisé que pour du lifestyle.
- Vérification de l'âge et audience mineure — elle apporte ses propres statistiques d'audience (28 % d'hommes, 71 % de femmes, 58,7 % de 18-24 ans) et met en doute la fiabilité des données de la plateforme : « En tentant de compiler les données disponibles, j'arrive à une proportion de mineurs d'environ 0,5 %, ce qui me semble sous-estimé au vu des commentaires reçus mentionnant des expériences lycéennes ou des demandes liées à des projets scolaires. » (cr21e) Interrogée par le président sur sa propre inscription : « Effectivement, lors de la création de mon premier compte, j'ai déclaré mon âge réel qui était, si je me souviens bien, de quinze ans à ce moment-là. » (cr21e)
- Exposition des mineurs créateurs — elle alerte sur l'effet de l'exposition algorithmique rapide : « Il est essentiel d'être conscient de cette éventualité, particulièrement pour les mineurs qui peuvent se retrouver à s'adresser à des dizaines de milliers de personnes sans y être préparés. » (cr21e)
Points saillants de l'échange. La rapporteure Laure Miller la pousse à expliciter comment elle exploite l'algorithme, puis, plus tard, à justifier qu'elle continue d'y consacrer autant de temps malgré les contenus problématiques qu'elle dénonce. Le président Arthur Delaporte l'interroge sur ses revenus, son temps de travail et la fiabilité des statistiques d'audience, et relève que le modèle de rémunération fondé sur la seule mise en avant algorithmique peut rendre les contenus choquants plus rémunérateurs que les contenus éditorialisés. M. Thierry Sother (Soc) l'interroge sur la pertinence de mener un « combat culturel » sur une plateforme structurée par des bulles cognitives. Le président conclut sur la complexité du débat : « La pluralité des points de vue souligne la difficulté de trouver un équilibre entre l'établissement d'une norme et son appropriation sociale. » (cr21e)
Sources
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N021.html (compte rendu officiel de l'audition — source du corpus)
- https://fr.linkedin.com/in/anna-baldy-846465200
- https://www.instagram.com/grandebavardeuse/
- https://www.laprovence.com/article/region/32268094236723/arles-anna-baldy-ambassadrice-pour-les-droits-humains
- https://www.laprovence.com/article/societe/28094106923626/larlesienne-anna-baldy-vulgarise-des-sujets-dactualite-pour-plus-de-330-000-abonnes-sur-les-reseaux-sociaux
- https://www.humanite.fr/medias/extreme-droite/nouveaux-medias-relations-aux-plateformes-grande-bavardeuse-est-linvitee-de-ca-ira
- https://www.franceinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/tiktok/c-est-exactement-ce-qu-ils-cherchaient-des-createurs-de-contenus-sur-tiktok-regrettent-la-mise-en-avant-d-influenceurs-controverses-dans-les-auditions-de-la-commission-d-enquete_7337178.html
- https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/4231131-20260625-youtube-chaine-films-arrache-promeut-humour-extreme-droite
- https://www.arretsurimages.net/emissions/proxy/denoncer-la-censure-et-la-moderation-de-tiktok-sur-tiktok