La part du citoyenTikTok et les mineurs
AM

Audrey Chippaux. M

Role dans la commission : Personne auditionnee

*Note d'identification : l'entrée « Audrey Chippaux. M » est un artefact de segmentation du verbatim

officiel — un bloc de parole y commence par « Mme Audrey Chippaux. M. Julien Tanti a un nouvel ami sur

TikTok […] », le « M. » appartenant en réalité au nom cité dans la phrase. Il s'agit de la même personne que

l'entrée « Audrey Chippaux » du recensement : Audrey Chippaux, auditionnée le 26 mai 2025 (cr16a). Le

dossier corpus rattaché à cette entrée reprend l'ensemble de ses interventions.*

Biographie

Audrey Chippaux est une lanceuse d'alerte française spécialisée dans les dérives du secteur de l'influence

sur les réseaux sociaux. La notice d'autorité de la Bibliothèque nationale de France la présente comme lanceuse

d'alerte et la rattache à son compte Instagram @vosstarenrealite.

Selon le portrait que lui consacre France Culture le 24 janvier 2025, elle est cadre dans le secteur privé

et s'inscrit initialement sur Instagram sur les conseils d'une amie, pour y trouver des sorties pour ses

deux enfants, avant de s'intéresser à l'univers des influenceurs. En 2019, elle crée le compte Instagram

« Vos stars en réalité », sur lequel elle documente et dénonce publicités déguisées, promotions de

chirurgie et de médecine esthétique, paris sportifs, contrefaçons et arnaques. Le même article indique que

ce compte comptait plus de 141 000 abonnés en janvier 2025 et qu'elle a « décortiqué » ces pratiques

pendant cinq ans. Elle y indique également que cette activité de veille a eu un effet sur sa santé et

qu'elle s'impose des périodes de déconnexion.

Elle publie le 23 janvier 2025 Derrière le filtre. Enquête sur le système de l'influence aux Éditions

Leduc (Leduc société, 174 p., ISBN 9791028533274). Le catalogue de la BnF enregistre l'ouvrage sous la

mention « Audrey Chippaux [du compte] @vosstarenrealite ». Le livre décrit l'écosystème économique de

l'influence, ses pratiques illégales, et propose ce que l'éditeur présente comme « un nouveau modèle

d'influence responsable ».

Elle est régulièrement sollicitée par les médias sur ces sujets : BFMTV en novembre 2023 sur les « matchs »

TikTok, France Culture (« Comme personne ») en janvier 2025, France Inter le matin même de son audition, le

26 mai 2025. Le site Occitanie Tribune, présentant son livre en janvier 2025, indique qu'elle travaille

avec l'Assemblée nationale et l'inspection des fraudes afin d'encadrer légalement le secteur de

l'influence ; devant la commission, elle mentionne elle-même des contacts avec la direction générale de

la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

*Réserve de méthode : les sources publiques consultables ne documentent ni sa date de naissance, ni sa

formation, ni son employeur ; ces éléments ne sont donc pas renseignés ici. Le risque d'homonymie a été

écarté : les autres occurrences du patronyme « Chippaux » relevées (notamment Quentin Chippaux, danseur)

sont sans rapport avec le champ numérique, et l'identification repose sur le lien constant entre le nom, le

compte « Vos stars en réalité » et le livre* Derrière le filtre.

Dans la commission

Auditionnée sous serment le 26 mai 2025 (cr16a), conjointement avec Antonin Atger, écrivain et doctorant

chercheur. Le président l'annonce comme « auteure de Derrière le filtre, Enquête sur le système d'influence

(2025) ». Elle déclare : « Pas de conflit d'intérêts. » (cr16a) Environ 3 900 mots de parole sur

36 interventions — c'est l'auditionnée principale de la séance.

Son point de départ : une veille sur les dérives commerciales de l'influence. Elle raconte être arrivée

sur les réseaux sociaux en 2019 et y avoir découvert des placements de produits frauduleux, du

dropshipping, de la contrefaçon, « la pratique illégale de la médecine » et des placements financiers

risqués (cr16a). Son parcours de plateforme en plateforme — Instagram, Snapchat, puis Twitter — la conduit à un classement personnel : « Je

pensais que ce dernier était le pire jusqu'à ce que je découvre TikTok, qui est pis encore. »

(cr16a)

La spécificité de TikTok selon elle : le format et la pente négative. Interrogée par la rapporteure sur

ce qui distingue TikTok, elle répond par l'enchaînement des vidéos courtes : « Sur TikTok, ces vidéos se

présentent à l'infini et une recherche y débouche très vite sur des contenus plutôt négatifs » (cr16a). Elle

en tire un argument sur les mineurs : ce qui vaut pour l'adulte vaudrait davantage pour l'enfant ou

l'adolescent, qui n'ont pas, selon elle, le recul nécessaire.

Le « collage » et le cyberharcèlement. C'est l'un de ses points saillants : un commentaire d'anonyme

repris dans une vidéo à forte audience. « Son auteur, qui est un internaute comme vous et moi et qui n'a

peut-être que cinquante abonnés, se retrouve présent dans des vidéos qui peuvent avoir trois ou quatre

millions d'abonnés. » (cr16a) Elle décrit une mécanique quotidienne et largement involontaire : « beaucoup

de gens participent à du cyberharcèlement de manière passive, sans même s'en rendre compte, au milieu de

grosses foules » (cr16a).

Les « matchs » en direct, qu'elle qualifie de jeu d'argent. Elle en fait la démonstration la plus

détaillée de l'audition, à partir d'une immersion personnelle (deux comptes créés, participation à une

équipe, environ 50 euros dépensés). Elle décrit la chaîne monétaire — pièces achetées, cadeaux numériques,

diamants — et affirme : « Ces diamants sont ensuite transformés en euros ou en dollars, dont TikTok prélève

50 %. » (cr16a) Elle en déduit un intérêt économique de la plateforme : « Le réseau a donc un sérieux

intérêt à l'existence de tels matchs qui pourraient être interdits en France comme ils le sont dans

certains pays. » (cr16a) Sur la nature de l'activité, elle est catégorique : « Oui, c'est vraiment du jeu

d'argent. » (cr16a) Elle en décrit le ressort psychologique — le nom du donateur scandé en direct : « Cela

crée la dépendance : on va avoir envie de redonner pour entendre encore notre nom, pour être encore mis en

avant » (cr16a) — et la fin de partie : « En fait, on joue ensemble pour ne rien gagner. » (cr16a) Elle

signale enfin une fonctionnalité qui, selon elle, entretient la captation : « ils ont une fonction

permettant de cacher le montant des dons, ce qui fait que les gens donnent à l'aveugle et ne découvrent le

résultat définitif qu'à la fin de la semaine » (cr16a).

Des mineurs qui dépensent réellement. Elle oppose des cas concrets, recueillis auprès de mères qui l'ont

contactée depuis le début de 2023, à l'idée que des mineurs ne pourraient pas engager de telles sommes :

« Le service Apple Pay étant connecté au compte TikTok, l'adolescent a dépensé plus de 4 000 euros,

c'est-à-dire tout le budget des vacances, en participant à ce genre de matchs. » (cr16a) Elle chiffre les

cas dont elle a eu connaissance entre 1 500 et plus de 4 000 euros, et cite du côté des bénéficiaires :

« Mais Julien Tanti, par exemple, a reçu des dons pour un montant de plus de 140 000 euros. » (cr16a) — en

précisant qu'on ne lui a pas signalé de mineurs dans ce cas précis. Sa lecture du profil des donateurs

insiste sur l'isolement social et sur la responsabilité de l'influenceur : « Dans cette affaire,

l'influenceur n'est pas innocent : il fait croire à un lien d'amitié avec les personnes qui donnent. »

(cr16a)

La vérification de l'âge. Elle la décrit comme purement déclarative, à partir de sa propre expérience de

création de comptes : « De toute façon, je peux m'inscrire sur TikTok en déclarant que j'ai 13 ans. »

(cr16a)

Les autres dérives qu'elle porte devant la commission. Sur la santé et l'esthétique : « On sait aussi

que ce phénomène a causé certains troubles du comportement alimentaire, sur lesquels les médecins se sont

exprimés, et une augmentation du recours aux médecins et chirurgiens esthétiques. » (cr16a) Sur la diffusion

d'images d'enfants : « Maddy, une influenceuse, a montré son bébé dénudé dans la piscine ou en couches à ses

3 millions d'abonnés, sans avoir conscience que ces images peuvent être utilisées par la suite. » (cr16a)

Sur la polarisation politique, à partir de deux groupes d'influenceurs qu'elle suit : « Je m'intéresse à un

groupe de droite et un groupe de gauche, mais on peut aujourd'hui les décrire comme d'extrême droite et

d'extrême gauche. » (cr16a) — avec une évolution qu'elle dit constater vers l'appel à la violence : « Voilà

quelques semaines ou peu de mois, il s'agissait tout simplement de retrouver certaines personnes et de ne

plus se laisser faire : il fallait frapper. » (cr16a) Elle évoque également un influenceur non condamné qui

« a été conseiller municipal en 2020 et a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2027 à ses

2,7 millions d'abonnés – ce qui n'est pas peu » (cr16a). Sur l'influence étrangère, elle renvoie à un

travail de presse : « une enquête du Monde a aussi mis en cause des influenceurs TikTok qui utilisent la

forme du micro-trottoir pour donner une opinion favorable de la Russie dans la guerre qu'elle mène contre

l'Ukraine. » (cr16a)

Ce qu'elle demande. D'abord l'application effective de la loi existante — elle cite la loi

n° 2023-451 du 9 juin 2023 encadrant l'influence commerciale, dont elle estime que nombre de mesures ne

sont pas appliquées — puis un durcissement : « Il faut des sanctions, pas de simples rappels à l'ordre. »

(cr16a) et « Ils ne comprendront pas tant qu'il n'y aura pas des sanctions financières ou, pire, des peines

de prison. » (cr16a) Elle évoque, à la suite d'échanges avec la DGCCRF, l'idée d'alourdir des amendes

calculées en pourcentage du chiffre d'affaires. Elle pointe aussi le décalage temporel de la norme : « Le

délai est tellement long entre le moment où un phénomène émerge et celui où une loi est adoptée pour le

combattre, que les personnes visées et les plateformes sont déjà passées à autre chose. » (cr16a) Elle

avance enfin deux propositions concrètes : une offre dédiée aux enfants — « Il existe des contenus pour

enfants sur YouTube. Pourquoi n'y aurait-il pas la même chose pour TikTok, en guise d'alternative ? »

(cr16a) — et une obligation de prévention diffusée par la plateforme elle-même : « puisqu'ils nous imposent

leur publicité entre deux vidéos, pourquoi ne pas les obliger à diffuser aussi des contenus préventifs – et

de préférence attractifs pour les jeunes ? » (cr16a)

Sources

le système de l'influence*, Leduc société, 2025, ISBN 9791028533274, 174 p.)

Instagram @vosstarenrealite)

(France Culture, « Comme personne », 24 janvier 2025 : parcours, création du compte en 2019, 141 000

abonnés, positions sur les plateformes)

(présentation du livre, 23 janvier 2025, Leduc, 176 p.)

23 janvier 2025, éditeur, résumé)

(France Inter, « L'invité de 6h20 », 26 mai 2025)

(BFMTV, 29 novembre 2023 : intervention sur les « matchs » TikTok)

l'audition du 26 mai 2025)