Audrey Chippaux
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Audrey Chippaux est une observatrice française du secteur de l'influence numérique, autrice de Derrière le filtre. Enquête sur le système de l'influence (Éditions Leduc, 23 janvier 2025, 176 p., EAN 9791028533274). L'identification est établie sans ambiguïté : la personne auditionnée est présentée par la commission par son livre, et le catalogue de la Bibliothèque nationale de France rattache l'ouvrage à l'autrice Audrey Chippaux ainsi qu'à son compte de réseau social.
Parcours. Selon le reportage de France Culture publié le 24 janvier 2025, elle est cadre dans le secteur privé et mère de deux enfants ; elle s'inscrit sur Instagram sur les conseils d'une amie, pour y trouver des idées de sorties, et y découvre l'écosystème des influenceurs. En 2019, elle crée le compte Instagram Vos stars en réalité (@vosstarsenrealite) pour signaler les pratiques qu'elle repère — publicités déguisées, placements de produits frauduleux, promotions de sites de paris ou d'actes esthétiques. Le compte comptait plus de 141 000 abonnés en janvier 2025 (France Culture). Elle est régulièrement qualifiée de lanceuse d'alerte sur les dérives des influenceurs par la presse (France Culture, Le Dauphiné Libéré).
Publication et activités. Derrière le filtre est présenté par son éditeur comme une enquête sur un écosystème lucratif aux dérives alarmantes, proposant un nouveau modèle d'influence responsable. La notice d'auteur des Éditions Leduc indique qu'elle collabore également avec l'Assemblée nationale et l'inspection des fraudes dans le but d'encadrer légalement le secteur de l'influence — élément fourni par l'éditeur, non recoupé par une source indépendante. Elle intervient régulièrement dans les médias sur les dérives du secteur, notamment sur les pratiques esthétiques illégales promues en ligne (interview au Dauphiné Libéré, 18 avril 2025) et sur l'encadrement de l'influence commerciale.
Réserve de sourçage : les éléments biographiques personnels (profession, enfants, chronologie de la création du compte) proviennent d'un unique reportage de France Culture reprenant ses propres déclarations ; date et lieu de naissance, formation et employeur ne sont pas documentés publiquement.
Dans la commission
Auditionnée le 26 mai 2025 (cr16a), sous serment, conjointement avec M. Antonin Atger, en qualité d'« auteure de Derrière le filtre, Enquête sur le système d'influence (2025) ». 36 interventions relevées dans cette seule audition.
Sa thèse. TikTok est, à ses yeux, plus nocif que les autres réseaux qu'elle observe depuis 2019. Ayant suivi Instagram, Snapchat puis Twitter, elle résume : « Je pensais que ce dernier était le pire jusqu'à ce que je découvre TikTok, qui est pis encore. » (cr16a). La spécificité qu'elle décrit tient au format : « Sur TikTok, ces vidéos se présentent à l'infini et une recherche y débouche très vite sur des contenus plutôt négatifs » (cr16a) — un glissement qui, selon elle, prive l'utilisateur de recul, et davantage encore l'enfant ou l'adolescent.
Positions clés défendues :
- Les matchs live comme jeu d'argent — c'est le cœur de son apport. Elle décrit une chaîne de conversion (pièces → cadeaux numériques → diamants → euros) qui fait perdre la notion de la dépense, et met en cause l'intérêt économique de la plateforme : « Ces diamants sont ensuite transformés en euros ou en dollars, dont TikTok prélève 50 %. » (cr16a), d'où sa conclusion : « Le réseau a donc un sérieux intérêt à l'existence de tels matchs qui pourraient être interdits en France comme ils le sont dans certains pays. » (cr16a). Interrogée par le président, elle qualifie : « Oui, c'est vraiment du jeu d'argent. » (cr16a) et décrit le ressort d'addiction : « Cela crée la dépendance : on va avoir envie de redonner pour entendre encore notre nom, pour être encore mis en avant » (cr16a), pour un jeu sans gain : « En fait, on joue ensemble pour ne rien gagner. » (cr16a). Elle signale aussi une fonction d'opacité : « ils ont une fonction permettant de cacher le montant des dons, ce qui fait que les gens donnent à l'aveugle et ne découvrent le résultat définitif qu'à la fin de la semaine » (cr16a).
- Des mineurs qui dépensent réellement — elle oppose des cas concrets recueillis auprès de mères de famille à l'argument d'impossibilité pratique : « Le service Apple Pay étant connecté au compte TikTok, l'adolescent a dépensé plus de 4 000 euros, c'est-à-dire tout le budget des vacances, en participant à ce genre de matchs. » (cr16a) — montants allant, selon elle, de 1 500 à plus de 4 000 euros. Elle met en cause la responsabilité du diffuseur : « Dans cette affaire, l'influenceur n'est pas innocent : il fait croire à un lien d'amitié avec les personnes qui donnent. » (cr16a). Elle cite un ordre de grandeur côté bénéficiaires : « Mais Julien Tanti, par exemple, a reçu des dons pour un montant de plus de 140 000 euros. » (cr16a) — en précisant, à la relance du président, qu'on ne lui a pas signalé de mineurs dans ce cas précis.
- Vérification de l'âge — elle témoigne de son propre protocole d'observation (création de comptes) et pointe le caractère déclaratif : « De toute façon, je peux m'inscrire sur TikTok en déclarant que j'ai 13 ans. » (cr16a).
- Le « collage » et le cyberharcèlement — fonctionnalité qu'elle juge propre à TikTok et particulièrement dangereuse : « Son auteur, qui est un internaute comme vous et moi et qui n'a peut-être que cinquante abonnés, se retrouve présent dans des vidéos qui peuvent avoir trois ou quatre millions d'abonnés. » (cr16a). Elle insiste sur la dimension collective et non intentionnelle : « beaucoup de gens participent à du cyberharcèlement de manière passive, sans même s'en rendre compte, au milieu de grosses foules » (cr16a).
- Contenus esthétiques et santé — « On sait aussi que ce phénomène a causé certains troubles du comportement alimentaire, sur lesquels les médecins se sont exprimés, et une augmentation du recours aux médecins et chirurgiens esthétiques. » (cr16a). C'est son constat de terrain, appuyé sur des témoignages qu'elle dit recueillir, sans étude nommée ni chiffrage.
- Désinformation santé et notoriété — à propos d'un promoteur de discours anti-chimiothérapie qu'elle cite (nommé en séance par le président), elle souligne l'absence de sanction et la surface d'audience : « Ce monsieur n'est pas condamné et, si cela peut vous rassurer, il a été conseiller municipal en 2020 et a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2027 à ses 2,7 millions d'abonnés – ce qui n'est pas peu. » (cr16a).
- Polarisation politique — elle décrit une dérive observée sur des groupes qu'elle suit : « Je m'intéresse à un groupe de droite et un groupe de gauche, mais on peut aujourd'hui les décrire comme d'extrême droite et d'extrême gauche. » (cr16a), avec une escalade des contenus, du pédagogique au violent : « Voilà quelques semaines ou peu de mois, il s'agissait tout simplement de retrouver certaines personnes et de ne plus se laisser faire : il fallait frapper. » (cr16a). Ce sont ses observations personnelles, non un constat établi par la commission.
- Images d'enfants et pédocriminalité — « Maddy, une influenceuse, a montré son bébé dénudé dans la piscine ou en couches à ses 3 millions d'abonnés, sans avoir conscience que ces images peuvent être utilisées par la suite. » (cr16a).
- Ingérence et « placements de produits d'opinion » — dernier point qu'elle porte à la connaissance de la commission : « une enquête du Monde a aussi mis en cause des influenceurs TikTok qui utilisent la forme du micro-trottoir pour donner une opinion favorable de la Russie dans la guerre qu'elle mène contre l'Ukraine. » (cr16a) — elle plaide pour la visibilité des rémunérations d'opinion.
Sa ligne sur la régulation. Interrogée par la rapporteure Laure Miller sur le DSA, elle renvoie d'abord à l'application des textes existants (loi du 9 juin 2023 sur l'influence commerciale) avant d'en créer de nouveaux : « Il faut des sanctions, pas de simples rappels à l'ordre. » (cr16a) et « Ils ne comprendront pas tant qu'il n'y aura pas des sanctions financières ou, pire, des peines de prison. » (cr16a). Elle plaide pour l'alourdissement des amendes (évoquant ses échanges avec la DGCCRF, où les amendes lui ont été présentées comme un pourcentage du chiffre d'affaires) et critique le tempo législatif : « Le délai est tellement long entre le moment où un phénomène émerge et celui où une loi est adoptée pour le combattre, que les personnes visées et les plateformes sont déjà passées à autre chose. » (cr16a).
Ses propositions finales. Deux suggestions concrètes en clôture d'audition : une offre dédiée aux enfants — « Il existe des contenus pour enfants sur YouTube. Pourquoi n'y aurait-il pas la même chose pour TikTok, en guise d'alternative ? » (cr16a) — et une obligation de diffusion préventive — « puisqu'ils nous imposent leur publicité entre deux vidéos, pourquoi ne pas les obliger à diffuser aussi des contenus préventifs – et de préférence attractifs pour les jeunes ? » (cr16a).
Note de lecture. L'audition est conjointe avec M. Antonin Atger, doctorant en psychologie sociale, dont la position est nettement plus prudente sur la causalité (corrélations robustes mais pas de lien causal établi entre TikTok et santé mentale ; effets bénéfiques possibles ; interdiction totale jugée inefficace). Les deux convergent en revanche sur les matchs live et sur l'usage des réseaux comme vecteur d'influence étrangère.
Sources
- https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb47657644g
- https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/comme-personne/audrey-chippaux-lanceuse-d-alerte-sur-les-derives-des-influenceurs-5057550
- https://www.editionsleduc.com/produit/3745/9791028532321/derriere-le-filtre
- https://www.placedeslibraires.fr/livre/9791028533274-derriere-le-filtre-enquete-sur-le-systeme-de-l-influence-audrey-chippaux/
- https://www.ledauphine.com/sante/2025/04/18/pratiques-esthetiques-illegales-des-femmes-ont-eu-le-corps-brule-apres-une-epilation-au-laser
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/comptes-rendus/cetiktok/l17cetiktok2425016_compte-rendu