Bérangère Couillard
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Bérangère Couillard est présidente du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) depuis sa nomination le 16 juillet 2024. L'identification est sans ambiguïté : le titre déclaré sous serment devant la commission — « présidente du Haut Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes » — recoupe la fonction attestée par le site officiel de l'institution. (Le compte rendu de l'Assemblée nationale emploie l'ordre « hommes et femmes » ; l'appellation officielle de l'institution est « Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes ».)
Parcours. Née le 24 juillet 1986 à Rennes (Ille-et-Vilaine), elle étudie le commerce à l'Institut d'administration des entreprises de Rennes. Elle travaille dans le secteur agroalimentaire de 2011 à 2016, puis rejoint la marque de vêtements IKKS comme directrice régionale.
Mandats et fonctions :
- 21 juin 2017 – 4 août 2022 — députée de la 7e circonscription de la Gironde (XVe législature), sous l'étiquette La République en marche. Membre de la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire ; élue secrétaire de l'Assemblée nationale en octobre 2019 ; porte-parole du groupe (devenu Renaissance) à partir d'octobre 2020.
- 19 juin 2022 – 9 juin 2024 — réélue députée (XVIe législature).
- 4 juillet 2022 – 20 juillet 2023 — secrétaire d'État chargée de l'Écologie (gouvernement Élisabeth Borne).
- 20 juillet 2023 – 11 janvier 2024 — ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes.
- Depuis le 16 juillet 2024 — présidente du HCE.
- Depuis le 27 mars 2026 — conseillère municipale de Pessac.
L'institution qu'elle représente. Le HCE a été créé par décret le 3 janvier 2013. La loi de 2017 lui a confié notamment la mission d'établir un rapport annuel sur l'état du sexisme en France. À la tête de l'institution, Bérangère Couillard met en avant la santé mentale des femmes, la prévention et la montée du sexisme chez les jeunes.
Dans la commission
Auditionnée le 27 mai 2025 (cr18a), en ouverture de la réunion n° 18 (audition 1/5), sous la présidence d'Arthur Delaporte. Elle prête serment et s'exprime au nom du Haut Conseil à l'égalité, en s'appuyant principalement sur le rapport 2022 du HCE consacré au cercle vicieux du sexisme dans le numérique et sur une analyse, menée en partenariat avec des étudiants de Sciences Po Paris, des 100 contenus les plus visionnés sur TikTok en 2022.
Sa thèse. TikTok n'est pas un réseau social comme les autres : c'est le plus utilisé par les mineurs français, ce qui en fait une instance éducative de fait, et son algorithme y diffuse massivement du sexisme, des contenus dégradants et des spirales toxiques. Elle pose le cadre dès son propos liminaire : « L'utilisation massive de ces applications a entraîné harcèlement sexiste, violence verbale et psychologique, promotion de la pornographie ou encore montée en puissance des idées masculinistes. » (cr18a)
Positions et points saillants :
- Une audience très jeune, en partie sous l'âge minimal — elle chiffre l'exposition : « Ainsi, 70 % des usagers de TikTok en France ont moins de 24 ans, dont un enfant sur deux est âgé de 11 à 12 ans. » (cr18a) Et sur le contournement de l'âge plancher : « Environ 76 millions d'utilisateurs dans le monde ont été signalés pour avoir moins de l'âge minimal, soit 13 ans, uniquement en 2023. » (cr18a)
- L'effacement des femmes dans les contenus les plus vus — s'appuyant sur l'étude Sciences Po du top 100 des vidéos 2022 : « Leur constat est sans appel : les femmes sont repoussées au second plan sur TikTok. » (cr18a) Sur 100 contenus analysés, seuls 31 proviennent de comptes identifiés comme gérés par des femmes ou cogérés par un couple hétérosexuel, dont onze exclusivement gérés par des femmes.
- L'algorithme comme mécanique d'enfermement — elle décrit un effet d'entraînement documenté : « Les enfants et les jeunes qui regardent des contenus liés à la santé mentale sur leur fil « Pour toi » de TikTok sont rapidement entraînés dans des spirales de contenus qui idéalisent et encouragent les pensées dépressives, l'automutilation et le suicide. » (cr18a) Elle en donne l'ordre de grandeur : « Lorsqu'un utilisateur montre un intérêt pour un contenu en lien avec la santé mentale, au bout de cinq ou six heures passées sur la plateforme, près d'une vidéo sur deux parle de ce sujet de manière potentiellement nocive. C'est dix fois plus que ce qui est présenté aux comptes n'ayant indiqué aucun intérêt pour la santé mentale. » (cr18a) Elle cite également un rapport de Common Sense Media : « 69 % des filles adolescentes présentant des symptômes de dépression élevés ont été exposées au moins une fois par mois à du contenu lié au suicide, qui est poussé par l'algorithme de TikTok. » (cr18a)
- Les contenus « minceur » et les troubles alimentaires — elle décrit le registre culpabilisant diffusé sur la plateforme : « De jeunes femmes y diffusent des régimes drastiques, des routines sportives excessives et des messages culpabilisants : « Tu n'es pas moche, tu es juste grosse », « Plaisir éphémère, regret éternel ». » (cr18a) Et conclut : « L'algorithme de TikTok, accusé de créer des bulles de contenus homogènes, renforce cette exposition et aggrave l'isolement dans des spirales toxiques. » (cr18a) Elle renvoie l'analyse clinique aux professionnels de santé.
- Un mécanisme rapporté au modèle économique — « L'objectif consiste bien à maintenir les consommateurs, c'est-à-dire nos jeunes, le plus longtemps possible sur la plateforme, en générant un certain nombre de contenus qui les rendent dépendants, pour pouvoir ensuite leur commercialiser des contenus. » (cr18a)
- Modération : le reproche d'impunité et la demande de signaleurs de confiance — « Il existe une totale impunité de la part des plateformes qui considèrent qu'il s'agit d'un domaine privé, sur lequel elles sont entièrement libres d'instaurer telle ou telle contrainte. » (cr18a) Le HCE propose des obligations au niveau européen imposant des signaleurs de contenus, ou à défaut des signaleurs de confiance rattachés à une organisation européenne ou française, habilités à faire retirer des contenus préalablement définis.
- Créer un délit de sexisme — c'est sa position la plus tranchée, présentée comme une recommandation de longue date du HCE. Le point de départ est un constat d'asymétrie juridique : « Il est par exemple plus difficile de retirer des contenus sexistes que des contenus racistes, car il existe aujourd'hui un cadre légal beaucoup plus clair sur le racisme que le sexisme. » (cr18a) D'où la conclusion : « vous pouvez faire des blagues lourdes, sexistes ; tenir régulièrement des propos qui stéréotypent les femmes dans un rôle, mais personne ne vous sanctionnera. C'est la raison pour laquelle le Haut Conseil à l'égalité invite à mettre en place un délit de sexisme. » (cr18a)
- Pornographie — elle rapporte un chiffre attribué à une autorité judiciaire : « Selon la procureure de la République de Paris, plus de 90 % des contenus pornographiques sont passibles du code pénal au titre de l'incitation au viol ou de différentes violences. » (cr18a)
- Audits « sexués » et normes anti-biais — sa recommandation de régulation technique : « La recommandation du HCEFH consiste à mettre en place des comités mixtes qui permettraient de fixer des normes claires communes à tous les algorithmes pour faire disparaître les biais de genre dans leur calibrage, mais aussi de réaliser des audits « sexués » de ces données, afin d'en limiter au maximum les biais. » (cr18a)
- Éducation : généraliser les Evars, et y intégrer le numérique — elle défend les cours d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité adaptés à chaque âge, et répond frontalement aux critiques : « Il n'a jamais été question, comme je l'entends parfois de manière horrible, d'apprendre la masturbation à un enfant de 5 ans. C'est une aberration. » (cr18a) Elle plaide pour y ajouter un volet numérique : « évoquer les algorithmes et la manière dont ils sont générés, les ingérences des puissances étrangères qui viennent modifier les contenus. » (cr18a)
- Radicalisation par la recherche et l'algorithme — interrogée sur les contenus religieux et radicaux, elle décrit le même mécanisme d'entraînement : « Cependant, il s'avère que lorsque l'on écrit « Islam » dans la barre de recherche sur TikTok, on accède à certains contenus. Comme je l'indiquais dans mes propos liminaires, si vous regardez des vidéos sur une thématique, au bout de quelques heures, vous recevez très rapidement des contenus radicalisés. » (cr18a)
- Responsabilité de la plateforme — sa formule de synthèse sur TikTok : « Aujourd'hui, ils se défilent, mais ils portent une très grande responsabilité. » (cr18a) Elle appelle à une collaboration avec les instances européennes.
Note : ces accusations et ces chiffres sont ceux avancés par Bérangère Couillard au nom du HCE devant la commission ; ils constituent sa position et celle de son institution, telles qu'exposées sous serment.
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9rang%C3%A8re_Couillard
- https://haut-conseil-egalite.gouv.fr/
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N018.html