La part du citoyenTikTok et les mineurs
Bruno Patino

Bruno Patino

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Bruno Patino, né le 8 mars 1965 à Courbevoie, est un journaliste, dirigeant de médias et essayiste

français. Il préside le directoire d'Arte France depuis le 5 juillet 2020.

Formation :

Johns Hopkins University ;

sur le Chili ;

Parcours professionnel :

directoire de Télérama (2003-2008) ;

depuis 2007 ; il quitte cette fonction fin 2020 après sa nomination à Arte, et est remplacé par

Marie Mawad au 1er janvier 2021 ;

Arte Deutschland) ; il en devient vice-président au 1er janvier 2025, la présidence tournante

revenant à Heike Hempel ;

l'information, initiative lancée par le président de la République ; le rapport final a été remis

le 12 septembre 2024 ;

second mandat de cinq ans à la présidence du directoire, à compter de mars 2026.

Il est l'auteur de plusieurs essais, dont Une presse sans Gutenberg (avec Jean-François Fogel,

2005), La condition numérique (2013), Télévisions (2016), puis d'une trilogie sur le numérique

et l'économie de l'attention : La civilisation du poisson rouge (Grasset, 2019), *Tempête dans le

bocal (Grasset, 2022) et Submersion* (Grasset, 2023) — les trois ouvrages cités dans l'intitulé

de son audition. Ont suivi S'informer, à quoi bon ? (2023), Rire avec le diable (Grasset, 2024)

et Le temps de l'obsolescence humaine (Grasset, 2026). Il est chevalier de l'ordre national du

Mérite (2016) et chevalier de la Légion d'honneur (2022).

*Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le dossier corpus (président de Arte France et

auteur de La civilisation du poisson rouge, Tempête dans le bocal et Submersion) correspond sans

ambiguïté au profil public de Bruno Patino. Aucun risque d'homonymie identifié.*

Dans la commission

Audition unique le 23 avril 2025 (cr04c, troisième et dernière audition de la réunion n° 4),

5 prises de parole. Patino y est entendu à la fois comme dirigeant de média public et comme

essayiste de l'économie de l'attention.

Sa thèse : l'addiction n'est pas un effet de bord, c'est le modèle économique.

C'est le socle de toute son intervention — « Les acteurs ont mis en place à la fois des outils

capables de procéder à l'extraction maximale des données des utilisateurs pour les monétiser d'un

point de vue publicitaire et des outils de captologie permettant de développer une certaine forme

d'assuétude aux écrans. Rien de tout cela n'est un accident. C'est la conséquence directe du modèle

économique de ces réseaux sociaux. » (cr04c). Il désigne l'émotion comme levier principal, et une

émotion en particulier : « L'un des principaux leviers est l'émotion, mais pas n'importe laquelle.

La joie ou le rire ne provoquent pas autant de viralité que la colère et la rage. » (cr04c). Il

ajoute que la motivation de « l'organisateur » n'est pas nécessairement financière : « Les

motivations de l'organisateur peuvent être économiques, mais M. Elon Musk nous démontre que

l'algorithme peut aussi être utilisé à des fins idéologiques. » (cr04c)

TikTok, « version ultime des produits d'addictologie ». C'est la formule la plus tranchée de

son audition : « En 2025, TikTok peut être considéré comme la version ultime des produits

d'addictologie. Si on comparait les réseaux sociaux à une forme de drogue addictive, cette

plateforme serait la formule parfaite. Elle vous met dans un rail de passivité sucrée. » (cr04c) ;

« Vous pensez regarder TikTok cinq minutes avant de vous endormir et vous y êtes toujours deux

heures après, sans en avoir tiré une réelle satisfaction. » (cr04c). Il souligne au passage

l'intimité de ce que révèle le flux personnalisé : « demander à un adolescent de vous montrer son

fil TikTok est, à mon avis, l'une des questions les plus intrusives que vous pouvez lui poser. »

(cr04c)

Positions clés défendues :

celle de simple tuyau neutre : « Les plateformes ne sont pas des éditeurs, puisqu'elles ne créent

pas les contenus qu'elles proposent. En revanche, elles en accélèrent la diffusion et en

amplifient la portée. » (cr04c) ; « Prétendre que la neutralité existe quand vous amplifiez des

messages que vous choisissez et que vous accélérez leur diffusion est une vue de l'esprit,

d'autant plus quand vous créez une forme de dépendance. » (cr04c). Il illustre l'enjeu par une

comparaison : « Je suppose que si M. Elon Musk devenait propriétaire de La Poste, les Français

considèreraient que ce n'est pas à lui de décider du courrier qui est distribué. » (cr04c)

principale. Il juge la transparence inopérante : « Il ne s'agit pas de transparence, parce que

certains aspects sont couverts par le secret des affaires et que très peu de gens sont capables de

comprendre l'évolution quotidienne d'un algorithme. » (cr04c). Il lui préfère un régime de

responsabilité sur les effets, sur le modèle de l'industrie agroalimentaire : « L'enjeu est de

pouvoir mesurer les impacts de ce dernier sur la santé mentale ou sur l'attention par exemple et

d'en rendre responsables les sociétés concernées, en développant des mécanismes de prévention,

d'alerte, puis d'interdiction, comme nous le ferions avec des industriels qui commercialiseraient

de la nourriture empoisonnant les individus ou les rendant obèses. » (cr04c)

contraint d'en proposer plusieurs. » (cr04c)

des algorithmes, l'élément le plus important est toutefois l'éducation. » (cr04c). Il distingue

apprendre le numérique et numériser l'école : « je suis convaincu que l'école doit apprendre la

connexion et ne pas devenir elle-même connectée. » (cr04c). Il distingue aussi les plateformes

entre elles sur ce terrain : « Il est important d'apprendre à effectuer des recherches en ligne et

à utiliser Google. YouTube apporte une aide essentielle aux professeurs et aux élèves, avec des

contenus très intéressants. TikTok, c'est très différent. » (cr04c) ; « Il faut apprendre à

contextualiser les messages et apprendre le discernement. Dans certains pays, comme la Finlande,

cet enseignement est généralisé. » (cr04c)

moyenne, c'est à cet âge que les enfants ont leur premier smartphone ou accès à un écran de façon

régulière. C'est beaucoup trop tôt. » (cr04c) ; « Selon moi, donner accès à TikTok avant 16 ans

produit des catastrophes. » (cr04c)

« Une partie de moi est favorable à l'interdiction de TikTok avant 18 ans et une autre se dit

qu'il serait souhaitable d'avoir un outil moins létal pour tout le monde. » (cr04c). Il penche

finalement pour une autre voie : « L'interdiction est peut-être une solution, mais je ferais

davantage confiance au triptyque régulation-modération-éducation, surtout pour des raisons

d'efficacité. » (cr04c), et redoute un effet de report : « Je crains toutefois qu'elle se traduise

par la création d'un autre TikTok, s'appuyant sur les mêmes modèles addictifs, et nous ne ferions

que passer d'interdiction en interdiction. » (cr04c)

dispositif de contrôle parental, etc. Toutefois, ces mécanismes sont tellement antinomiques par

rapport à son modèle que j'aimerai connaître leur taux de pénétration. » (cr04c)

M. Ethan Zuckerman, l'Europe devrait – comme elle l'a fait au lendemain de la seconde guerre

mondiale en se dotant de fréquences permettant d'assurer sa souveraineté sur la télévision et la

radio – disposer de services publics en matière de numérique. » (cr04c). Il décrit un contexte

qu'il juge défavorable à la régulation : « Aujourd'hui, toute la Tech se rassemble derrière le

pouvoir américain dans l'espoir d'obtenir une dérégulation totale » (cr04c)

« Je partage votre avis sur la nécessité d'un diagnostic clair, qui permettrait de poser des mots

sur un ressenti général. » (cr04c)

Le sujet suivant, selon lui. Il ouvre en fin d'audition sur l'intelligence artificielle : « Le

prochain sujet qui devra certainement nous occuper est lié au fait qu'une partie croissante des

jeunes effectuent leurs recherches grâce à l'intelligence artificielle. Le rapport à la réalité va

s'en trouver encore plus biaisé. » (cr04c)

Sources