La part du citoyenTikTok et les mineurs
CA

Cécile Augeraud

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Cécile Augeraud est une commissaire de police française spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité. Elle ne dispose pas de notice encyclopédique ni de biographie publique détaillée : les éléments ci-dessous proviennent presque exclusivement des textes publiés au Journal officiel (nominations, distinctions, délégations de signature), recoupés avec le compte rendu de l'Assemblée nationale. Aucun homonyme n'a été identifié dans ces sources : toutes les occurrences relevées relèvent du même parcours, police nationale puis cybercriminalité.

Entrée dans la police. Elle figure sur la liste d'admissibilité du concours de commissaire de police nationale, session 2002 (arrêté publié au JO du 19 septembre 2002). Le décret du 8 juin 2024 la nommant chevalier de l'ordre national du Mérite la mentionne comme commissaire divisionnaire de police comptant alors 19 ans de services, ce qui situe son entrée effective en service autour de 2005.

Cheffe de l'OCLCTIC (attestée de 2021 à 2024). Les délégations de signature publiées au Journal officiel de juillet 2021 à avril 2024 la désignent comme commissaire divisionnaire, cheffe de l'office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC).

Adjointe au chef de l'Office anti-cybercriminalité (depuis 2024). L'OFAC a été créé par décret du 23 novembre 2023, au sein de la Direction nationale de la police judiciaire (ministère de l'Intérieur, siège à Nanterre), en remplacement de la sous-direction de la lutte contre la cybercriminalité (SDLC) et de l'OCLCTIC ; il pilote notamment la plateforme de signalement Pharos, ouverte en 2009. À compter de juin 2024, les textes publiés au JO désignent Cécile Augeraud comme commissaire divisionnaire, adjointe au chef de l'office anti-cybercriminalité — fonction et grade qui sont ceux annoncés lors de son audition du 27 mai 2025 (« commissaire divisionnaire, chef-adjoint à l'Office anti cybercriminalité »). Les textes publiés à partir du 5 juin 2026 la mentionnent comme commissaire générale de police, adjointe au chef de l'office anti-cybercriminalité, attestant une promotion de grade dans la même fonction.

Aucune source fiable trouvée sur sa formation initiale ou ses affectations antérieures à 2021 : la fiche s'en tient donc à ce qui est établi par les publications officielles.

Dans la commission

Auditionnée le 27 mai 2025 (cr18d), seule, en qualité de commissaire divisionnaire, chef-adjoint à l'Office anti-cybercriminalité. Son audition est essentiellement factuelle et chiffrée : elle vient exposer ce que la plateforme Pharos enregistre au sujet de TikTok, et non porter une thèse sur les effets psychologiques de l'application. Les chiffres qu'elle avance sont ceux de son service, tels que présentés à la commission.

Sa thèse. TikTok occupe une place limitée mais en forte progression dans l'activité de Pharos ; la plateforme coopère de façon jugée acceptable au regard des autres réseaux ; et les blocages tiennent moins à des trous dans la loi qu'à la qualification pénale de certains faits et aux limites techniques du constat.

Volumétrie des signalements. Elle situe d'emblée l'ordre de grandeur : « En 2024, Pharos a reçu 9 027 signalements concernant 5 554 contenus distincts hébergés sur TikTok ; sur un total de plus de 222 000 signalements. Les signalements liés à des contenus présents sur TikTok représentent donc environ 4 % du total des signalements reçus par la plateforme. » (cr18d) Elle souligne la dynamique : « Par rapport à 2023, il s'agit quasiment d'un doublement du nombre de signalements de contenus issus de TikTok, puisqu'ils s'établissaient alors à 5 010, sur un total d'environ 211 000 signalements. » (cr18d)

Atteintes aux mineurs. C'est le poste en plus forte hausse, avec une précision de qualification : « nous observons une très forte hausse des atteintes aux mineurs, passant de 3,15 % en 2024 à 7,5 % en 2025. Il ne s'agit pas de pédocriminalité, mais de contenus provenant de mineurs qui vont être détournés, comme des images détournées d'enfants jouant sur la plage » (cr18d). Elle décrit un mécanisme de renvoi hors plateforme : « Je pense par exemple à l'émoji « pizza », qui renvoie ceux qui les consultent vers des messageries privées, essentiellement Telegram, pour permettre des échanges pédocriminels. » (cr18d)

SkinnyTok et algorithme. Elle relativise le volume tout en pointant l'effet de diffusion : « Je souhaite également apporter un éclairage sur les contenus d'atteintes corporelles, puisque le hashtag SkinnyTok a été évoqué à de multiples reprises. Les signalements que nous avons reçus en la matière sont demeurés malgré tout dans des proportions relativement réduites. » (cr18d) Et : « Ce type de contenu existait déjà sur les blogs avant l'explosion des réseaux sociaux, mais il inquiète encore plus sur TikTok en raison de l'algorithme particulièrement puissant de cette plateforme. » (cr18d)

Modération et retraits. Elle distingue deux régimes. Sur les notifications de droit commun : « Pharos a procédé à 195 notifications au titre de l'article 6, qui ont été adressées à TikTok pour lui signaler qu'elle hébergeait des contenus illicites. Des retraits ont été effectués par TikTok dans à peu près 60 % des cas. » (cr18d) Sur les injonctions relatives aux contenus terroristes : « 134 injonctions de retrait TCO ont été formulées par Pharos pour des contenus présents sur TikTok, sur un total de 159 injonctions de retrait TCO » (cr18d), avec un constat d'exécution : « Nous le constatons sur les injonctions TCO, pour lesquelles les contenus ont tous été retirés dans l'heure, conformément au texte. » (cr18d) Sa comparaison inter-plateformes est mesurée : « Certaines plateformes américaines sont donc beaucoup moins promptes encore que TikTok à traiter et suivre ce genre de signalement. Je pense qu'à ce titre, TikTok se situe dans une moyenne acceptable. » (cr18d)

Coopération opérationnelle et DSA. Elle décrit une relation de travail satisfaisante, avec une réserve : « Ce contact réservé est particulièrement réactif et proactif. Il réagit à nos demandes et les enquêteurs ne signalent aucune difficulté particulière le concernant, à la réserve près du suivi de nos notifications au titre de l'article 6. » (cr18d) Elle mentionne le flux inverse : « au titre de l'article 18 du DSA et de la notification de soupçon d'infraction pénale avec menace pour la vie ou la sécurité des personnes, TikTok effectue également des signalements à Pharos ; 33 en 2024, mais déjà 51 pour ce début d'année 2025. » (cr18d) Selon le dossier, l'Ofac n'a pas de vision globale sur la conformité des réseaux au DSA et ne se prononce pas dessus, le seul indicateur indirect étant la hausse des signalements : « Cependant, la modération mise en place par TikTok se mesure au nombre de signalements effectués sur Pharos. Or nous constatons une augmentation régulière du nombre de ces signalements. » (cr18d)

Écart avec les chiffres de TikTok. Interrogée sur la divergence avec le rapport de transparence de la plateforme, elle ne l'explique pas et rappelle les limites de son propre outil : « Je n'ai aucune explication concernant les chiffres fournis par TikTok dans son rapport de transparence. L'outil Pharos n'est pas un outil statistique, notre comptabilisation est essentiellement manuelle. » (cr18d)

Limites juridiques et techniques. Deux angles morts sont identifiés. Le direct : « se pose également le problème de propos tenus dans le cadre de lives qui sont diffusés sur TikTok, où par définition, nous arrivons trop tard pour procéder à des constatations. » (cr18d) Et la qualification de l'incitation au suicide : « Nous avons ainsi reçu 14 signalements pour ce type de fait en 2024, pour 10 contenus différents. Cependant, pour pouvoir traiter ces contenus à ce titre, il faut qu'une tentative de suicide soit intervenue. » (cr18d)

Sur le besoin de légiférer. C'est sa position la plus tranchée, et elle va à rebours d'une demande de durcissement : « Nous n'identifions pas aujourd'hui de véritables failles dans la législation qui nous empêcheraient réellement d'agir. Les plateformes sont surtout incitées à agir face au risque de l'application de sanctions financières en cas de non-suivi des demandes de retrait ou des injonctions de retrait, ces sanctions financières étant particulièrement conséquentes. » (cr18d) Elle ajoute un second levier : « Un autre enjeu pour les plateformes concerne leur image. Elles sont très attachées à donner une image la plus lisse possible sur certains types de contenus, essentiellement sur les contenus pédocriminels. » (cr18d) Elle fait aussi l'hypothèse que l'attention de Pharos a produit des effets : « C'est peut-être aussi une des explications que l'on peut donner au changement de proportion entre le terrorisme et les atteintes aux mineurs constatées entre 2024 et 2025, la plateforme ayant sans doute plus pris conscience de notre très grande attention. » (cr18d)

Moyens. Sa priorité déclarée porte moins sur les effectifs que sur les pouvoirs : « Dans le cadre du projet de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, les pouvoirs de Pharos seront encore plus étendus pour pouvoir mieux détecter les contenus en lien avec les stupéfiants. » (cr18d) — le dossier corpus retient qu'au-delà des effectifs, la priorité de l'Ofac est l'extension des pouvoirs de Pharos, sans obérer le traitement des urgences vitales.

Fiche adossée à une seule audition : le dossier corpus ne comporte aucune intervention hors cr18d, et aucune question posée par elle.

Sources