Charlyne Buigues
Rôle dans la commission : Personne auditionnée
Biographie
Charlyne Buigues est infirmière diplômée d'État. Elle exerce à la Fondation santé des étudiants de France (FSEF) de Grenoble (Isère), où elle prend en charge, depuis 2021, des jeunes patientes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA) — anorexie mentale, boulimie, hyperphagie —, le plus souvent âgées de 13 à 18 ans. Son profil professionnel public la rattache à la Fondation santé des étudiants de France, ce qui recoupe sa déclaration sous serment devant la commission. Elle anime par ailleurs un compte Instagram de sensibilisation aux TCA, @aucoeurdestca.
Le 8 avril 2025, elle lance sur Change.org la pétition STOP #SKINNYTOK : des vies en danger !, qui demande aux pouvoirs publics et à la plateforme d'agir contre les contenus faisant la promotion de la maigreur extrême auprès des adolescents. La pétition dépasse 25 000 signatures fin avril 2025, plus de 30 000 début mai (chiffre cité par le président de la commission le jour de son audition), et atteint environ 34 800 signatures. Elle est reçue par la ministre déléguée chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, Clara Chappaz, et demande à être entendue par la commission d'enquête.
Cette mobilisation est largement identifiée dans la presse française et européenne comme le point de départ de la séquence qui aboutit, début juin 2025, au blocage du hashtag #SkinnyTok par TikTok — mesure dont plusieurs médias notent aussitôt les limites, les contenus équivalents subsistant sous des orthographes ou des mots-clés alternatifs.
Aucune information publique fiable n'a été trouvée sur sa formation initiale (école, promotion) au-delà de son diplôme d'infirmière ; elle déclare elle-même en audition avoir 25 ans (donc née vers 2000) et avoir consacré son mémoire d'études d'infirmière à l'impact des réseaux sociaux (cr08c).
Dans la commission
Auditionnée une seule fois, le 6 mai 2025 (cr08c), lors d'une table ronde TCA réunissant également la diététicienne-nutritionniste Carole Copti et la pédopsychiatre Nathalie Godart, sous la présidence d'Arthur Delaporte. Elle est présentée comme « infirmière et auteure de la pétition #StopSkinnyTok ». 8 interventions relevées.
Sa thèse. Elle apporte un matériau de terrain hospitalier, non un travail scientifique : ce qu'elle observe quotidiennement chez ses patientes hospitalisées pour TCA. Son constat central est celui d'une dépendance massive : « La majorité d'entre elles sont sur TikTok dont elles se déclarent souvent dépendantes – c'est-à-dire qu'elles passent plus de six heures par jour sur ce réseau. » Le service a dû instaurer un couvre-feu numérique : « nous récupérons les téléphones à 22 heures et les rendons à 8 heures. »
Positions et points saillants défendus :
- Sur #SkinnyTok — elle refuse de le traiter comme une nouveauté virale : « #SkinnyTok est un nom qui a été donné à des contenus dangereux qui existent, en fait, depuis très longtemps. »
- Sur le harcèlement et les critères de beauté — elle relie l'exposition aux contenus TikTok à un vécu antérieur de harcèlement : « un grand nombre d’entre elles a vécu du harcèlement scolaire, notamment des moqueries sur la base de critères corporels – « T’es grosse ! T’es moche ! » et ainsi de suite. »
- Sur la vérification de l'âge et l'inefficacité des bannissements — elle rapporte le cas d'une patiente de 13 ans, bannie de la plateforme, qui « est venue me demander, en plein tour de médicaments, si elle pouvait photographier mon visage pour débloquer son compte TikTok ». Elle refuse, puis constate : « J’ai en effet constaté que son compte était encore actif, qu’elle avait récupéré ses abonnés, ses « j’aime » et ses commentaires, et que toutes ses publications étaient encore disponibles. »
- Sur la modération et les signalements — elle relaie le cas de signalements écartés par la plateforme : « il a reçu des retours négatifs de TikTok, selon qui ces contenus n'étaient pas problématiques. » Elle décrit aussi une modération qu'elle juge instable, à partir de sa propre consultation de l'application : « on y trouve d'abord un message de prévention et de bienveillance affirmant que le poids ne définit pas une personne, mais toutes les vidéos du #SkinnyTok sont encore présentes sous ce message, alors qu'elles n'y étaient pas voilà une semaine ».
- Sur la monétisation — elle affirme que la rémunération des contenus alimente la pathologie elle-même : « Onboou expliquait que la rémunération qu'elle tirait de TikTok lui permettait d'acheter de grosses quantités de nourriture pour pouvoir faire ses orgies alimentaires avant de provoquer des vomissements volontaires. » Sur le taux de commission, elle indique explicitement une source de seconde main : « J'ai vu des vidéos postées par des influenceurs qui tentaient de donner l'alerte quant à la dangerosité de TikTok, indiquant que la plateforme prélevait une commission de 70 % sur les lives ». Ce chiffre est un propos rapporté par elle, non un élément établi devant la commission.
Ses interventions portent ainsi sur trois leviers de responsabilité — modération, vérification de l'âge, monétisation — à partir de cas cliniques individuels ; elle ne s'exprime ni sur la causalité scientifique (portée dans la même table ronde par Nathalie Godart), ni en faveur d'une interdiction générale.
Sources
- https://www.infirmiers.com/profession-ide/ethique-et-soins/skinnytok-une-infirmiere-lance-une-petition-contre-lincitation-la-maigreur-extreme
- https://www.change.org/p/prot%C3%A9geons-la-sant%C3%A9-psychique-et-physique-de-nos-jeunes-skinnytok
- https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-a-8h30-ici-isere/des-contenus-trash-violent-et-dangereux-une-infirmiere-iseroise-lance-une-petition-contre-la-tendance-skinnytok-3609499
- https://www.euronews.com/2025/06/04/france-forces-tiktok-to-ban-skinnytok-but-harmful-content-still-persists
- https://www.linkedin.com/in/charlyne-buigues-00b613244/
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N008.html (verbatim de l'audition, cr08c)