Claude Malhuret, sénateur, ancien
Rôle dans la commission : Rapporteure de la commission
Précision nécessaire sur cette étiquette. Le libellé ci-dessus provient de l'indexation
automatique du corpus et prête à confusion. Claude Malhuret n'est pas rapporteur de la
commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets psychologiques de TikTok sur les
mineurs — cette fonction est exercée par la députée Laure Miller. Claude Malhuret est
auditionné par cette commission le 29 avril 2025 (cr06a), en sa qualité d'**ancien
rapporteur de la commission d'enquête du Sénat** sur « l'utilisation du réseau social TikTok, son
exploitation des données, sa stratégie d'influence » (rapport de juillet 2023). L'audition est
commune avec Mickaël Vallet, ancien président de cette commission sénatoriale.
Le corpus contient par ailleurs deux dossiers pour le même locuteur :
claude-malhuret-senateur-ancien.json(vide : 1 intervention comptabilisée, aucune citation) et
claude-malhuret.json(4 interventions,16 citations). Les deux renvoient à la même et unique audition cr06a. La section ci-dessous
s'appuie sur l'ensemble de ce matériau corpus, intégralement sourcé cr06a.
Biographie
Claude Malhuret est né le 8 mars 1950 à Strasbourg. Il est docteur en médecine (faculté
Cochin-Port-Royal, aujourd'hui Paris V, à partir de 1966) et docteur en droit (Paris 1
Panthéon-Sorbonne).
Parcours humanitaire. Médecin-chef au Maroc (1973-1974), épidémiologiste pour l'Organisation
mondiale de la santé en Inde (1975), coordinateur de Médecins sans frontières dans les camps de
réfugiés en Thaïlande (1976-1977). Il est élu président de Médecins sans frontières en 1978 et
exerce cette fonction pendant huit ans.
Parcours politique.
- Secrétaire d'État chargé des droits de l'homme : 20 mars 1986 – 10 mai 1988.
- Député européen : 25 juillet 1989 – 16 avril 1993.
- Député de l'Allier (Assemblée nationale) : 2 avril 1993 – 21 avril 1997.
- Maire de Vichy : 20 mars 1989 – 6 octobre 2017 (réélu en 1995, 2001, 2008 et 2014) ; il reste
conseiller municipal de Vichy et conseiller communautaire de l'agglomération Vichy Val d'Allier.
- Conseiller régional d'Auvergne : 29 mars 2004 – 1er octobre 2014.
- Sénateur de l'Allier (Auvergne-Rhône-Alpes) : élu le 28 septembre 2014, réélu le 27 septembre
- Il est vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces
armées du Sénat.
- Président du groupe Les Indépendants – République et Territoires au Sénat depuis le 2 octobre
2017.
Activités professionnelles. Il cofonde en 1999 le site Doctissimo avec Laurent Alexandre, et est
directeur du développement éthique du groupe Korian (accompagnement des personnes âgées) de 2003 à
octobre 2014.
Lien avec le sujet TikTok. La commission d'enquête du Sénat sur « l'utilisation du réseau social
TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d'influence » est créée à l'initiative du groupe
Les Indépendants – République et Territoires qu'il préside. Elle est constituée le 8 mars 2023,
présidée par Mickaël Vallet, Claude Malhuret en étant le rapporteur. Le rapport est adopté le
4 juillet 2023 et présenté à la presse le 6 juillet 2023.
Dans la commission
*(Sources : dossiers corpus claude-malhuret-senateur-ancien.json et claude-malhuret.json,
audition cr06a du 29 avril 2025 — audition commune avec Mickaël Vallet.)*
Claude Malhuret n'est pas auditionné comme expert de la santé mentale des mineurs mais comme
prédécesseur parlementaire : il transmet l'expérience d'enquête du Sénat. Il pose lui-même deux
bornes d'entrée : la psychologie des mineurs « était certes inclus dans notre rapport mais il n'en
constituait pas la pièce essentielle », et les études de pédopsychiatrie disponibles en 2023 étaient
« très peu nombreuses et fragmentaires ». Ce qui suit est sa position, telle qu'exposée devant la
commission.
L'opacité et la non-coopération de la plateforme. Il rappelle le titre du rapport sénatorial et
en précise le sens : « notre rapport commençait par ce titre « La tactique TikTok : opacité, addiction
et ombres chinoises ». Le terme « opacité » ne qualifiait pas tellement le contenu de l'application mais
plutôt la coopération des représentants de TikTok en France. » (cr06a). Et : « Nous avons eu
l'impression, et nous l'avons dit dans le rapport, d'être confrontés à de la langue de bois, et d'un
bois particulièrement dur. » (cr06a).
L'architecture du groupe. Selon lui, TikTok France se limite aux affaires publiques, à la
publicité et au commercial : « Néanmoins, l'essentiel, notamment la partie charnière qu'est
l'application, est centré en Chine. Quant au business et à l'actionnariat, c'est aux Îles Caïmans que
tout se joue. » (cr06a).
La comparaison TikTok / Douyin. C'est le pivot de sa démonstration sur l'intention chinoise :
« il suffit cependant de comparer le fonctionnement de TikTok avec celui de Douyin, sa version
chinoise, et de constater qu'une très grande partie des effets négatifs de TikTok sur les jeunesses
du monde entier épargnent les utilisateurs de Douyin » (cr06a), et « Or l'application Douyin est
configurée de façon à s'arrêter automatiquement après soixante minutes. » (cr06a). Il en tire la
formule la plus tranchée de son audition : « La première preuve que les responsables chinois sont
parfaitement conscients des effets négatifs de TikTok réside donc dans le fait qu'ils en protègent
leurs enfants alors qu'ils en font délibérément usage ailleurs. » (cr06a). Le corpus signale qu'il
s'agit d'une inférence de l'auditionné, appuyée sur une preuve indirecte, et non d'un fait établi
par la commission : interrogé par le député Stéphane Vojetta sur les preuves d'une stratégie
délibérée, il répond « Il est bien évident que personne ne laisse traîner de telles preuves »
(cr06a).
Santé mentale : une position explicitement nuancée. Il distingue plusieurs problèmes de nature
différente : « si les liens de causalité entre l'usage des réseaux sociaux et la détérioration de la
santé mentale des enfants ou des adolescents semblent établis dans certains domaines comme
l'addiction, les troubles du sommeil et de l'attention, ou encore les difficultés d'apprentissage –
ils étaient déjà largement documentés en 2023 et les études conduites depuis semblent le confirmer –,
il me semble nécessaire de distinguer entre plusieurs sujets. » (cr06a). Sur les troubles psychiques,
il retient une formulation à décharge : « Les problèmes de santé mentale, quant à eux, ne concernent
qu'une partie d'entre eux : les bulles de filtres accroissent surtout les symptômes de ceux qui en
souffrent déjà. » (cr06a).
Sa thèse juridique centrale : éditeur, pas hébergeur. C'est ce qu'il défend comme levier
législatif principal : « j'avais déposé un amendement visant à assimiler les plateformes qui
effectuent de la recommandation algorithmique – sous forme de sélection de contenu – à des éditeurs,
donc à les rendre responsables des informations qu'elles stockent. » (cr06a, amendement au projet de
loi confortant le respect des principes de la République, adopté à l'unanimité contre l'avis du
Gouvernement puis supprimé). Il conclut : « Tant qu'on considérera les plateformes comme des
hébergeurs, elles ne seront pas tenues responsables de leur contenu ; c'est une grosse arnaque. »
(cr06a), et illustre : « Une plateforme qui met en exergue des contenus violents est un éditeur de
contenus violents et non un hébergeur neutre. Aucun État n'autoriserait la commercialisation d'une
voiture sans frein. » (cr06a). Selon lui, cette requalification priverait aussi les plateformes de
l'argument du secret des affaires pour refuser de communiquer leurs algorithmes.
Les limites de la régulation européenne. Le DSA et le DMA sont présentés comme un progrès, mais
au rythme inadapté : « Celles-ci s'étalent sur des années alors qu'un algorithme change plusieurs
fois par jour, en fonction de l'évolution des pratiques des internautes ou des desiderata des
dirigeants de TikTok et des autres plateformes. » (cr06a) ; « La rapidité des progrès réalisés dans
ce domaine dépasse de si loin les possibilités d'action des régulateurs que ces entreprises se savent
intouchables. » (cr06a). Il met en cause le régulateur irlandais : « Le premier problème est que
l'Irlande est le paradis des plateformes : elles s'y sont toutes installées pour des raisons
fiscales. » (cr06a). Et constate l'absence de sanction ultime : « Jamais aucune décision
d'interdiction n'a été prise, si ce n'est en Nouvelle-Calédonie, dans des circonstances très
particulières et pour des raisons qui tenaient à l'ordre public et non au respect du DMA ou du
DSA. » (cr06a) — point que Mickaël Vallet nuance en séance, le Conseil d'État ayant censuré cette
suspension pour absence de cadre légal.
Vérification de l'âge et blocage à 60 minutes. Sur l'âge, il décrit un blocage par renvoi de
responsabilité : « Les réseaux sociaux sont d'accord pour contrôler l'âge des utilisateurs mais ils
demandent aux régulateurs de proposer des systèmes de vérification, tandis que les autorités,
notamment européennes, considèrent qu'il revient aux plateformes de proposer des outils. Ils se
renvoient donc la balle. » (cr06a). Il se déclare favorable à la recommandation n° 20 du rapport
sénatorial (blocage de l'application pour les mineurs après 60 minutes), en s'appuyant sur le
précédent Douyin.
Liberté d'expression et régulation. Il défend l'idée qu'une régulation ne porterait pas atteinte
à la liberté d'expression : « Nous avons confondu la liberté d'expression avec celle de dire
n'importe quoi, licence renforcée par l'anonymat. » (cr06a). Il cite Barack Obama à l'appui : en 2020,
dans un entretien à The Atlantic, l'ancien président américain déclarait que « les réseaux sociaux
[étaient] devenus l'une des principales menaces contre la démocratie » (cr06a). Il rappelle enfin sa demande
d'interdiction de RT et Sputnik : « Je lui ai répondu que ce n'était pas la liberté d'expression qui
était en jeu mais plutôt la liberté de propagande de régimes hostiles à notre pays, ces deux
organismes de propagande ayant été créés par les services de renseignement et de propagande
russes. » (cr06a).
Réception par la commission. Le corpus note que l'audition est consensuelle sur le fond, et que
le président Arthur Delaporte se rallie explicitement à la thèse juridique de Claude Malhuret : « Je
vous rejoins : ce sont des éditeurs » (cr06a).
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Malhuret
- https://www.senat.fr/senateur/malhuret_claude14251q.html
- https://www.senat.fr/travaux-parlementaires/structures-temporaires/commissions-denquete/commission-denquete-sur-lutilisation-du-reseau-social-tiktok-son-exploitation-des-donnees-sa-strategie-dinfluence.html
- https://www.senat.fr/salle-de-presse/communiques-de-presse/presse/cp20230308b.html
- Verbatim de l'audition cr06a (Assemblée nationale) : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N006.html