Dr Servane Mouton
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Servane Mouton est docteure en médecine, neurologue et neurophysiologiste. Son éditeur la présente comme spécialisée en psychopathologie des apprentissages et titulaire d'un master 2 en neurosciences, intéressée particulièrement au neuro-développement normal et à ses troubles ainsi qu'aux liens entre santé et environnement. La notice officielle du rapport « Enfants et écrans » la décrit comme neurologue et neurophysiologiste, spécialisée dans les troubles des apprentissages scolaires.
Selon cette même notice, elle est membre de la sous-commission travaillant sur le neurodéveloppement du Groupe de réflexion sur les évaluations cognitives (GRECCO), et présidente et cofondatrice de l'association Neuro-Environnement Réseau Francophone (NERF).
En 2023, elle coordonne l'ouvrage collectif Humanité et numérique. Les liaisons dangereuses (Éditions Apogée, collection « Panseurs sociaux »), dans lequel 25 scientifiques et soignants proposent un tour d'horizon synthétique des enjeux sanitaires, environnementaux et sociétaux des NTIC.
Le 10 janvier 2024, le président de la République installe une commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans ; Servane Mouton la co-préside avec le psychiatre-addictologue Amine Benyamina, aux côtés de dix membres au total. Le rapport de cette commission, Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu, est remis au chef de l'État le 30 avril 2024.
Le 13 février 2025, elle publie chez Gallimard, dans la collection Tracts (n° 65), Écrans, un désastre sanitaire. Il est encore temps d'agir.
Identité vérifiée : la fonction déclarée dans le corpus (« neurologue et neurophysiologiste, co-présidente de la commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans ») correspond exactement au rapport officiel de la commission et à la notice de son éditeur. Aucun risque d'homonymie identifié.
Dans la commission
Servane Mouton est intervenue lors d'une seule réunion (cr13a, 7 interventions), en audition commune avec le Pr Amine Benyamina, tous deux entendus en tant que co-présidents de la commission d'experts « écrans ».
Son cadrage : une dégradation de la santé mentale des jeunes qui « coïncide » avec les réseaux sociaux. Elle pose d'emblée que « La santé mentale des jeunes de moins de 25 ans connaît une détérioration significative depuis 2012, tendance qui s'est accentuée avec la pandémie de covid-19. Cette dégradation coïncide avec la diffusion massive des réseaux sociaux. » (cr13a) — la formulation retenue est celle d'une concomitance.
Elle refuse de singulariser TikTok. Pour elle, « les problématiques liées au design non éthique sont communes à l'ensemble des réseaux sociaux. Certes, il est permis de considérer que TikTok se distingue par son efficacité à capter l'attention, mais les autres plateformes ne sont pas exemptes de critiques. » (cr13a)
Le design et l'algorithme comme mécanismes de captation. Elle décrit le fonctionnement du fil de recommandation : « Le flux de vidéos courtes intitulé " Pour toi ", flux continu, permanent, infini, crée une distorsion temporelle et un état de flottement où l'utilisateur perd la notion du temps. Le système de récompense aléatoire, avec des vidéos particulièrement appréciées qui apparaissent de façon imprévisible, renforce le caractère addictif de l'application. » (cr13a)
Le modèle économique. Sur les cadeaux virtuels, elle avance un chiffre : « Ces cadeaux sont ensuite convertis en monnaie réelle, générant un chiffre d'affaires estimé à 1,9 milliard de dollars en 2023. » (cr13a)
Sa doctrine : la responsabilité incombe aux concepteurs, la réponse revient au législateur. Elle défend que « la responsabilité première des méfaits des plateformes incombe aux industriels qui les conçoivent, et qu'il appartient selon nous au législateur de réguler ces pratiques aux conséquences délétères » (cr13a). Elle adosse cette position à l'expérience de santé publique — « l'expérience en santé publique montre que la seule information sur la nocivité d'un produit ne suffit pas à modifier les comportements » (cr13a) — et mobilise un précédent : « L'exemple de la cigarette, dont la dangerosité n'a été pleinement reconnue qu'après près d'un siècle, illustre bien ce phénomène. Ce délai s'explique par la lenteur du processus scientifique et par un lobbying intense adossé à des enjeux financiers colossaux. » (cr13a) Cette lecture est la sienne.
Le seuil de 15 ans : une recommandation justifiée, assumée comme arbitraire, et conditionnée. Elle explique le choix retenu par la commission d'experts : « Le choix de ce seuil de 15 ans pour l'accès aux réseaux sociaux éthiques et transparents s'aligne sur l'âge de la majorité sexuelle en France, et l'âge de la majorité numérique telle qu'elle est fixée par le règlement (UE) 2016/679 » (cr13a). Elle indique que des seuils plus élevés ont été discutés — « Aussi, nous avons même évoqué la possibilité de recommander un seuil à 18 ans. » (cr13a) — et rappelle un argument neurodéveloppemental : « Le processus de maturation cérébrale est loin d'être achevé à 15 ans, puisqu'il se poursuit jusqu'à 25 ans. » (cr13a) Elle reconnaît dans le même mouvement la fragilité de tout seuil : « tout seuil d'âge revêt un caractère artificiel, arbitraire, à commencer par la majorité, fixée à 18 ans alors qu'elle était à 21 ans auparavant. » (cr13a) Surtout, elle assortit la préconisation d'une réserve : « notre recommandation, telle qu'elle est formulée, s'inscrit dans un cadre idéal où la vérification de l'âge serait efficace, respectueuse de la vie privée et des libertés démocratiques, et où les réseaux sociaux seraient devenus éthiques grâce au renforcement du Digital services act » (cr13a).
L'accord parental, une garantie théorique. Sur les conditions générales d'utilisation, elle constate : « L'accord parental est mentionné dans les conditions générales d'utilisation des réseaux sociaux n'est jamais recueilli. Mais en pratique, il n'est jamais recueilli. » (cr13a — phrase telle qu'elle figure au compte rendu)
La formation des professionnels de l'enfance. Elle plaide pour « une formation approfondie et homogène de toutes les professions liées à l'enfance s'avère nécessaire, car la situation actuelle est très hétérogène, avec des messages et des ressources qui varient considérablement selon la personne qui les dispense, faute de lignes directrices clairement définies. » (cr13a)
Sources
- https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2024/04/30/remise-du-rapport-de-la-commission-dexperts-sur-limpact-de-lexposition-des-jeunes-aux-ecrans
- https://www.elysee.fr/admin/upload/default/0001/16/06a9854b34d98bb3e4fbf72b2b28ed3b0dd601a1.pdf (rapport « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu », avril 2024 — annexe 1, présentation des membres)
- https://www.editions-apogee.com/391-servane-mouton
- https://www.gallimard.fr/catalogue/ecrans-un-desastre-sanitaire/9782073115317
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N013.html (compte rendu n° 13 de la commission d'enquête, audition du 20 mai 2025)