Elisa Jadot
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Elisa Jadot est une journaliste, auteure et réalisatrice française de documentaires, spécialisée depuis plusieurs années dans les effets des plateformes numériques et des réseaux sociaux sur les enfants et les adolescents.
Elle est formée à l'École de journalisme de Cannes, où elle obtient un DUT en 2009 puis une licence professionnelle de journalisme audiovisuel de long format en 2010. Elle réalise ensuite des reportages pour les magazines d'information des grandes chaînes françaises (TF1, France 2, M6), notamment pour des émissions comme Envoyé spécial, Grands Reportages, Zone Interdite et Capital, en passant par plusieurs sociétés de production (Agence CAPA, Bangumi, Particules Productions, Enibas Productions). Elle est aujourd'hui rattachée à la société de production Babel Doc / Babel Press et représentée comme réalisatrice par l'agence VMA.
Depuis 2019, elle consacre une série de documentaires au numérique et à la jeunesse :
- #Happy, la dictature du bonheur sur les réseaux sociaux (2021, 52 min), diffusé notamment sur LCP, sur la pression à la mise en scène du bonheur en ligne ;
- Enfants sous influence — surexposés au nom du like (2023, 69 min, Babel Doc), sur la marchandisation de l'image des enfants sur internet, avec des témoignages d'enfants d'influenceurs, de lanceurs d'alerte et de l'écrivaine Delphine de Vigan ;
- Emprise numérique, 5 femmes contre les Big 5 (2024, 80 min, diffusé par France Télévisions et LCP), qui suit le combat judiciaire et politique de cinq femmes (États-Unis, Espagne, France) pour faire reconnaître la responsabilité des plateformes (Meta, Google, Snapchat, TikTok, Discord, X) dans les dommages subis par des enfants et des adolescents. Le film met en scène un faux profil d'adolescente de 13 ans, « Lili », pour documenter ce que les algorithmes recommandent à une mineure.
Emprise numérique a reçu le Prix du jury jeunes au FIGRA 2025 et a été sélectionné dans plusieurs festivals internationaux (Raindance à Londres, Melbourne Documentary Festival). Elle intervient également en école de journalisme (masterclass à l'École W le 11 octobre 2023) et développe de nouveaux projets, dont Le corps après l'écran (en développement avec France Télévisions) et le long métrage Ceux qui regardent.
Précision : « auteure » renvoie ici à l'écriture de ses documentaires ; aucune publication d'ouvrage n'a été trouvée. À ne pas confondre avec d'autres porteurs du nom Jadot, sans lien avec elle.
Dans la commission
Elisa Jadot est auditionnée le 23 avril 2025 (réunion n° 5, 2ᵉ audition — cr05b), lors d'une table ronde conjointe avec Sophie Jehel, Murielle Popa-Fabre et Stéphane Blocquaux. Elle y est présentée comme « journaliste, auteure et réalisatrice du documentaire Emprise numérique, 5 femmes contre les Big 5 ». Elle intervient à quatre reprises.
Sa thèse. Elle défend l'idée que l'exposition des mineurs aux contenus dangereux n'est pas un accident de parcours mais le produit direct du modèle économique des plateformes, et que leur statut juridique les protège d'avoir à en répondre.
Ses points saillants :
- L'expérience du faux profil. Elle rapporte avoir créé un faux compte d'adolescente de 13 ans, sur téléphone neuf et connexion nouvelle, sans qu'aucune vérification d'âge lui soit demandée. Sur TikTok : « Sur TikTok, dont l'algorithme est le plus puissant de tous les réseaux sociaux, ce fut encore plus rapide : après avoir scrollé moins de cinq minutes – quatre minutes quarante-cinq, exactement –, j'ai fini par tomber sur des vidéos qui valorisaient le suicide. » (cr05b)
- La finalité de l'algorithme. « L'algorithme n'est pas fabriqué pour nous montrer ce que nous voulons voir, mais pour nous faire rester le plus longtemps possible. » (cr05b)
- La monétisation des mineurs. Selon elle, la protection des enfants est contraire au modèle économique des plateformes : « Les réseaux sociaux ne protègent pas les enfants, mais au contraire les monétisent : pour Instagram, un adolescent vaut en moyenne 270 dollars. » (cr05b) Elle met en regard les moyens de modération : « Elles consacrent des budgets ridicules à la modération : 2 milliards de dollars chez TikTok pour 85 milliards de revenus annuels, 5 milliards chez Meta pour 140 milliards de revenus. Elles n'emploient que 40 000 modérateurs pour 3,5 milliards d'utilisateurs. » (cr05b)
- Le rôle des algorithmes dans la pédocriminalité. « Des documents internes aux plateformes révèlent que les algorithmes jouent même les entremetteurs, puisque 75 % des contacts inappropriés entre adultes et mineurs proviennent de suggestions d'amis faites par le réseau social. » (cr05b)
- Le statut d'hébergeur, cœur de sa demande. C'est sa position la plus tranchée : « J'ajoute que les plateformes ne sont considérées que comme des hébergeurs de contenus, et non des éditeurs ; elles se retranchent derrière ce statut pour s'exonérer de toute responsabilité sur les contenus diffusés. » (cr05b) Elle ouvre la piste de traiter les réseaux comme des produits pouvant être qualifiés de défaillants (cr05b).
- L'analogie avec l'industrie du tabac — accusation qu'elle porte, et qui reste sa position : « Elle reprend les stratégies de l'industrie du tabac, conjuguant mensonges, doutes entretenus et absence de responsabilité légale, pour protéger son modèle et s'abstenir de protéger les enfants. » (cr05b) Elle vise en particulier le discours des plateformes sur la preuve scientifique : « Depuis vingt ans, les plateformes affirment publiquement – notamment devant le Sénat américain – qu'il n'existe aucune étude établissant un lien de causalité direct entre les réseaux sociaux et la santé mentale des mineurs, voire présentent des contre-études qui prouveraient que ce sont des outils formidables pour les enfants. » (cr05b) Sur ce point, sa position diffère de celle de Murielle Popa-Fabre, qui plaide dans la même table ronde pour la prudence entre corrélation et causalité (cr05b).
- Les limites du contrôle parental. Elle met en garde contre une stratégie qui reposerait sur les seuls parents : « Les enfants ont souvent plusieurs comptes : un compte officiel, montré aux parents, et des comptes cachés, anonymes, utilisés en toute discrétion par les jeunes pour consulter à peu près ce qu'ils veulent » (cr05b), et propose de déplacer le levier : « il faut surtout réussir à inverser la pression sociale afin que l'enfant différent ne soit plus celui qui n'a pas de téléphone mais, au contraire, celui qui en possède un. » (cr05b)
- Sur ses sources. Interrogée, elle indique que ses données proviennent de l'Insee, d'études britanniques ou américaines et de l'association Génération numérique, et s'engage à transmettre la liste de ses sources à la commission (cr05b).
Sources
- https://www.agencesartistiques.com/Fiche-Artiste/778317-elisa-jadot.html
- https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_liste_generique/C_123447_F
- https://www.ecolew.com/masterclass-elisa-jadot
- https://www.levelesyeux.com/actualites/2026-03-31-emprise-numerique-delisa-jadot/
- https://www.unifrance.org/realisateurs/497895/elisa-jadot
- https://www.brut.media/fr/videos/france/societe/elisa-jadot-a-enquete-sur-les-dangers-de-l-exposition-des-enfants-sur-internet
- https://fr.linkedin.com/in/elisa-jadot-0ba0a0a1
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/comptes-rendus/cetiktok/l17cetiktok2425005_compte-rendu