Emmanuelle Piquet
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Emmanuelle Piquet, née le 6 mai 1969 à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône), est une thérapeute et essayiste française spécialisée dans la souffrance scolaire, en particulier le harcèlement entre élèves. L'identification est établie sans ambiguïté : la commission l'inscrit à son ordre du jour comme « Mme Emmanuelle Piquet, thérapeute et maître de conférences à l'Université de Liège (Belgique) », fonction qui correspond exactement à son profil public. Aucun homonyme connu dans le champ du numérique ou de la protection de l'enfance.
Formation et parcours : elle est diplômée de l'institut Gregory-Bateson en psychothérapie brève et stratégique, courant issu de l'école de Palo Alto. Selon son site personnel, elle a d'abord exercé une quinzaine d'années comme directrice des ressources humaines avant sa reconversion. En 2008, elle ouvre en Bourgogne un cabinet recevant des enfants et adolescents en souffrance scolaire.
Fonctions et structures : en 2012, elle co-fonde le Centre de recherches sur l'interaction et la souffrance scolaire (CRISS). Elle dirige Chagrin scolaire, centre de consultation et de formation qui propose des programmes aux enfants comme aux équipes enseignantes, et a fondé le réseau de centres À 180 degrés (siège à Mâcon), présenté comme une « école de Palo Alto » regroupant consultations, formation, supervision et e-learning. Elle intervient comme maître de conférences à l'Université de Liège dans un certificat universitaire consacré aux approches systémiques et stratégiques en milieu scolaire, et enseigne également en France (Université de Bourgogne, ESDES). Elle a donné deux conférences TEDx (2013). Elle a été faite chevalier de l'ordre national du Mérite en 2018 pour son action contre le harcèlement scolaire (son site personnel mentionne 2019).
Publications (sélection) : Te laisse pas faire ! (2014), Je me défends du harcèlement (2015), Le harcèlement scolaire en 100 questions (2017), Allez les filles ! (2018), Nos enfants sous microscope, avec Alessandro Elia (2021), Manuel de survie face aux harceleurs (2024).
À noter, pour la complétude et sans que la commission n'en fasse état : la notice Wikipédia qui lui est consacrée rapporte des critiques publiques visant la méthode de Chagrin scolaire — Georges Fenech, ancien président de la Miviludes, en 2020, et le GEMPPI en 2023. Ces critiques sont des prises de position de tiers, pas des faits établis, et n'ont donné lieu à aucune décision publique connue.
Dans la commission
Auditionnée seule le 13 mai 2025 (cr09b), sous la présidence d'Arthur Delaporte, dans une audition courte (environ 3 500 mots). Dossier de taille moyenne : une seule audition, une vingtaine de prises de parole citées. Sa particularité dans le corpus est d'être une clinicienne du harcèlement scolaire qui relativise le poids de TikTok sur son terrain propre, tout en pointant d'autres dangers sur lesquels elle est, elle, très alarmiste.
Sa thèse. Le cyberharcèlement n'est pas un phénomène autonome ni le problème principal de la jeunesse : c'est la caisse de résonance en ligne d'un harcèlement qui se joue d'abord en face-à-face. Le vrai danger qu'elle voit du côté de TikTok se situe ailleurs — dans l'exposition algorithmique aux contenus d'automutilation et dans la valorisation sociale de la souffrance psychique chez les adolescentes.
Positions clés défendues :
- Le concept même de cyberharcèlement est flou — « Il convient tout d’abord de souligner l'absence de consensus sur la définition du cyberharcèlement, un terme principalement utilisé par les adultes mais jamais par les enfants ou les adolescents. » (cr09b). Elle en tire une mise en garde sur les chiffres : « Cette confusion conceptuelle se reflète dans les études, où les estimations de prévalence du cyberharcèlement chez les enfants varient de 3 % à plus de 70 %, rendant ces chiffres peu significatifs. » (cr09b)
- Le cyberharcèlement n'existe presque jamais isolément — c'est son constat clinique le plus tranché, tiré de sa pratique : « sur les cinq dernières années, nous n'avons recensé aucun cas de cyberharcèlement isolé. » (cr09b). D'où sa conclusion d'action : « Par conséquent, la stratégie la plus efficace pour combattre le cyberharcèlement consiste à éradiquer le harcèlement en face à face. » (cr09b). Elle assume le déplacement de priorité devant la commission : « Je tiens cependant à souligner avec insistance que le cyberharcèlement n'est pas le problème majeur auquel notre jeunesse est confrontée. » (cr09b)
- TikTok, vecteur marginal de harcèlement selon sa clinique — position à contre-courant d'une partie des auditions, qu'elle présente comme une limite de son propre matériau : « Les cas impliquant des vidéos moqueuses sur TikTok demeurent exceptionnels et ne constituent pas la majorité des situations que nous traitons. » (cr09b) et « Je dois admettre que nos observations en matière de harcèlement concernant TikTok sont limitées, ce réseau n’étant pas le principal vecteur de cyberharcèlement ou de harcèlement scolaire se prolongeant en ligne. » (cr09b)
- …mais amplificateur d'un mal-être préexistant, via l'algorithme — « Je partage l'opinion selon laquelle certains usages des réseaux sociaux peuvent exacerber un mal-être préexistant, particulièrement via TikTok et son effet « terrier de lapin ». » (cr09b). Elle en donne un cas type : « Par exemple, une jeune fille qui se livre à des pratiques d’automutilation peut rapidement se retrouver exposée à des contenus encourageant des pratiques plus dangereuses ou des méthodes pour dissimuler ces comportements. » (cr09b)
- Santé mentale des jeunes filles — elle relaie un constat chiffré sur les hospitalisations : « Nous constatons avec inquiétude l'augmentation spectaculaire des hospitalisations pour gestes auto-infligés chez les jeunes filles, avec une hausse de 246 % pour les 10-14 ans, de 163 % pour les 15-19 ans et de 106 % pour les 20-24 ans en 2022. » (cr09b) — chiffres qu'elle ne source pas devant la commission.
- Auto-psychiatrisation et valorisation du trouble — « Il devient, dans certains groupes de collégiens et de lycéens, valorisé de souffrir de troubles du comportement alimentaire, de se dire borderline, bipolaire, ou d’évoquer des diagnostics psychiatriques lourds. » (cr09b). Son observation la plus dure porte sur des dynamiques de groupe : « Je reçois actuellement en consultation des collégiennes qui appartiennent à des groupes dans lesquels se développe une véritable compétition autour de la tentative de suicide la plus spectaculaire. » (cr09b), et c'est là qu'elle met TikTok en cause frontalement : « De ce point de vue, TikTok contribue indéniablement à amplifier cette tendance qui est, à mes yeux, d’une extrême dangerosité. » (cr09b) — appréciation clinique personnelle, présentée comme telle.
- Contre la diabolisation, côté adultes — argument de posture éducative : « les jeunes ne se confieront pas à une communauté adulte qui dédaigne leurs usages ou diabolise les plateformes. » (cr09b). Elle forge une formule pour décrire l'attitude parentale qu'elle observe : « Cette attitude, que je qualifie de « mollesse énervée », se caractérise par une alternance entre un laxisme excessif et des crises de colère où les adultes décrètent soudainement une interdiction totale ou accusent leurs enfants d'addiction. » (cr09b)
- Des règles claires plutôt que des à-coups — « je les encourage à établir des règles claires comme limiter l'utilisation à une ou deux heures par jour et interdire les portables après 22 heures et, surtout, à s'y tenir. » (cr09b)
- Oui au portable interdit à l'école, non à une interdiction large — elle sépare explicitement les deux mesures : « Concernant l'interdiction des appareils dans les établissements scolaires, je soutiens cette mesure. Je suis, en revanche, extrêmement sceptique quant à une interdiction plus large. » (cr09b). Son motif est l'efficacité pratique : « Les jeunes, souvent plus habiles techniquement que nous, trouveront inévitablement des moyens de contourner ces restrictions ou d’investir d’autres espaces. » (cr09b)
- Critique de l'éducation à l'esprit critique telle qu'elle se pratique — position contre-intuitive qu'elle défend seule sur ce point : « se contenter d’apprendre aux jeunes à vérifier leurs sources et à remettre en question ce qu'ils voient, que ce soit sur internet ou ailleurs, tend paradoxalement à les rendre excessivement sceptiques, voire conspirationnistes. » (cr09b). Elle plaide pour une éducation à l'esprit critique fondée sur les biais cognitifs.
- Ne pas rejeter les réseaux en bloc — « Il est d’ailleurs important de souligner que les réseaux sociaux peuvent également être salvateurs pour certains jeunes, notamment ceux de la communauté LGBTQIA+ qui, rejetés de façon traumatique par leur famille, y trouvent des espaces d'expression et d'acceptation. » (cr09b)
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuelle_Piquet
- https://emmanuellepiquet.com/
- https://www.a180degres.com/emmanuelle-piquet/
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N009.html