Gilles Babinet
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Gilles Babinet, né le 7 mai 1967 à Issy-les-Moulineaux, est un entrepreneur français du numérique. L'identification est établie sans ambiguïté : la personne auditionnée est présentée par la commission comme coprésident du Conseil national du numérique (CNNum), fonction qu'il occupe effectivement, et il est auditionné aux côtés de Jean Cattan, secrétaire général du même Conseil.
Formation et parcours entrepreneurial. Scolarisé dans une école Steiner-Waldorf à Verrières-le-Buisson, il n'a pas suivi de cursus supérieur classique. Il a fondé ou cofondé plusieurs sociétés, dans le conseil (Absolut), le bâtiment (Escalade Industrie), la musique mobile (Musiwap, créée en 2000 et renommée Musiwave, revendue à Openwave en janvier 2006 pour 139 millions de dollars), la co-création (Eyeka) et l'analyse de données marketing (Captain Dash).
Fonctions publiques. Il est le premier président du Conseil national du numérique, d'avril 2011 à avril 2012. Le 25 juin 2012, il est nommé Digital Champion par la ministre Fleur Pellerin : il représente la France auprès de la commissaire européenne Neelie Kroes sur les questions d'inclusion et d'éducation numériques. Il est nommé vice-président du CNNum le 25 juin 2018, puis coprésident de cette instance en février 2021, aux côtés de Françoise Mercadal-Delasalles. Il est également membre du Conseil de l'intelligence artificielle et du numérique. Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur le 15 janvier 2025.
Enseignement et think tank. Il enseigne à Sciences Po Paris depuis 2018 (cours Numérique et politiques publiques) et contribue aux travaux de l'Institut Montaigne, où il a signé ou copiloté plusieurs rapports : Pour un « New Deal » numérique (février 2013), Big data et objets connectés (avril 2015), Enseignement supérieur et numérique : connectez-vous ! (juin 2017), Internet : le péril jeune ? (avril 2020), Innovation française : nos incroyables talents (octobre 2021).
Publications. L'Ère numérique, un nouvel âge de l'humanité (Le Passeur, janvier 2014) ; Big Data, penser l'homme et le monde autrement (Le Passeur, février 2015) ; Transformation digitale : l'avènement des plateformes (Le Passeur, décembre 2016) ; Transformation digitale 2.0 (Pearson, juin 2019) ; Refondre les politiques publiques avec le numérique (Dunod, novembre 2020) ; Comment les hippies, Dieu et la science ont inventé internet (Odile Jacob, mai 2023) ; Green IA, l'intelligence artificielle au service du climat (Odile Jacob, avril 2024).
Réserve de sourçage : les dates de fondation et de cession des sociétés autres que Musiwave ne sont pas documentées de façon homogène par les sources consultées.
Dans la commission
Auditionné le 2 juin 2025 (cr20b), en qualité de coprésident du Conseil national du numérique, conjointement avec Jean Cattan, secrétaire général du CNNum. Intervention nourrie mais concentrée sur une seule audition (6 interventions relevées) : la fiche reste donc synthétique.
Sa thèse. Il ne traite pas TikTok comme un cas isolé mais comme le représentant le plus abouti d'un modèle économique — celui de la captation de l'attention — dont il conteste la compatibilité avec la démocratie. Il pose d'abord la spécificité de la plateforme : « TikTok se distingue par deux caractéristiques majeures : son origine chinoise, qui soulève des interrogations quant au respect de la confidentialité des données, et sa cinématique particulière, représentative d'une nouvelle génération de réseaux sociaux. » (cr20b)
Positions clés défendues :
- Économie de l'attention et opacité algorithmique — « Nous sommes face à des modèles d'affaires reposant sur cette captation de l'attention, où le citoyen-consommateur n'a aucune maîtrise sur le contenu qui lui est présenté, celui-ci étant imposé par des algorithmes opaques. » (cr20b)
- Trajectoire du temps d'écran — il appuie son propos sur des données de long terme, restituées ainsi par le compte rendu : « Ses observations montrent une augmentation significative du temps consacré aux écrans, qui est passé de deux heures par jour à près de quatre heures aux États-Unis entre 1980 et 1988, pour atteindre aujourd'hui sept heures et quart aux États-Unis et environ cinq heures quarante en France. » (cr20b)
- Enjeu démocratique — c'est le cœur de sa position, formulée au nom du Conseil : « Cette dynamique pose un défi fondamental pour la démocratie car nous estimons que les réseaux sociaux, sous leur forme actuelle, ne sont pas compatibles avec un fonctionnement démocratique sain. » (cr20b) Et sur le risque de polarisation : « Le risque, à terme, est que seuls les discours radicaux trouvent leur place, contaminant ainsi le débat public et politique, et menaçant notre capacité à vivre ensemble. » (cr20b)
- Réserves sur l'interdiction aux moins de 15 ans — il n'y est pas favorable en l'état, pour une raison d'effet de seuil : « L'interdiction jusqu'à quinze ans pose toutefois un problème, car elle laisse entendre qu'au-delà de cet âge, l'utilisation des réseaux sociaux ne présenterait aucun risque et que les adolescents possèderaient toute la maturité nécessaire. » (cr20b) Il l'illustre par une analogie : « Cela revient à affirmer que la cigarette n'est dangereuse qu'avant quinze ans, alors qu'elle reste mortelle bien au-delà. » (cr20b) Sa critique principale porte sur l'usage que les plateformes font de ce débat : « Ma principale critique est que les plateformes s'engouffrent dans ce débat. » (cr20b) — c'est son analyse, présentée comme telle.
- Rôle des parents, retourné — il déplace la question de l'usage des enfants vers celui des adultes : « Les études menées sur la perception des réseaux sociaux par les enfants révèlent que leur principale préoccupation est la distance créée avec leurs parents, non pas à cause de leur propre utilisation excessive, mais en raison du temps considérable que leurs parents y consacrent. » (cr20b) Les études ne sont pas nommées dans le compte rendu.
- Consentement de façade et accès aux données (RGPD) — sur les bandeaux cookies, il relève que tout le monde clique sur « accepter » : « personne ne prend le temps de régler en détail les paramètres des cookies. » (cr20b) Sur la portabilité des données personnelles, il vise nommément une plateforme : « Dans le cadre du RGPD, la manière dont Meta fournit les données personnelles aux utilisateurs qui souhaitent les récupérer est scandaleuse. Ces données arrivent sous un format .zip inexploitable sans expertise en code ou sans outils spécifiques. » (cr20b) Cette appréciation est sa position, pas un constat établi par la commission.
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Babinet
- https://www.institutmontaigne.org/experts/gilles-babinet
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N020.html