Gilles Dowek
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Gilles Dowek (ne le 20 decembre 1966 a Paris, mort le 21 juillet 2025 a Paris) etait un informaticien et logicien francais, chercheur a l'Inria.
Formation. Laureat du Prix Philips des jeunes scientifiques en 1982, il est ancien eleve de l'Ecole polytechnique (promotion 1985) et docteur en informatique de l'universite Paris 7 (1991), avec une these sur la demonstration automatique dans le calcul des constructions, dirigee par Gerard Huet.
Parcours. Chercheur a l'Inria a partir du debut des annees 1990, il a ete professeur a l'Ecole polytechnique de 2002 a 2010, puis directeur scientifique adjoint de l'Inria de 2010 a 2013. Il etait rattache au Laboratoire methodes formelles (LMF) de l'ENS Paris-Saclay, ou il etait egalement professeur attache depuis 2015, et y a cree en 2017 l'equipe-projet Deducteam au centre Inria de Saclay.
Travaux. Ses recherches portaient sur les rapports entre langages de programmation et langage mathematique, la verification formelle des demonstrations et la surete des logiciels. Il est l'un des concepteurs du cadre logique Dedukti et a lance en 2019 Logipedia, projet d'encyclopedie de preuves mathematiques interoperables entre assistants de preuve.
Enseignement et instances publiques. Il a joue un role important dans l'introduction de l'enseignement de l'informatique au lycee en France (contribution au rapport de l'Academie des sciences de 2013, participation aux premiers programmes et manuels), et est entre au Conseil superieur des programmes en 2023. Il a participe a plusieurs instances de reflexion sur l'ethique du numerique : la CERNA (commission de reflexion sur l'ethique de la recherche en sciences et technologies du numerique d'Allistene), le Comite national pilote d'ethique du numerique (CNPEN) et le Conseil national du numerique. Il a par ailleurs preside l'ARDHIS, association de defense des droits au sejour des personnes LGBTQ+ etrangeres.
Publications et distinctions. Auteur de La Logique (1995), des Metamorphoses du calcul (2007, Grand Prix de philosophie de l'Academie francaise), coauteur avec Serge Abiteboul du Temps des algorithmes (Le Pommier, 2017) et, avec Serge Abiteboul et Laurence Devillers, de la piece Qui a hacke Garoutzia ? (2023). Il a tenu la chronique « Homo sapiens informaticus » dans Pour la Science (2014-2021). Il a recu le Prix d'Alembert des lyceens (2000), le Grand Prix Inria - Academie des sciences (2023) et la Medaille d'histoire des sciences et d'epistemologie de l'Academie des sciences (2024).
Note : Gilles Dowek est mort le 21 juillet 2025, soit apres son audition du 23 avril 2025 par la commission.
Dans la commission
Gilles Dowek est entendu une seule fois (cr05a), lors d'une audition conjointe avec Serge Abiteboul, tous deux chercheurs a l'Inria et coauteurs du Temps des algorithmes. Il intervient en informaticien et logicien, non en clinicien : sa ligne est celle de la rigueur de vocabulaire et de methode.
Une reserve sur le perimetre meme de la commission. Il juge « il est peu vraisemblable que ce réseau ait des effets que n’auraient pas d’autres plateformes de présentation de vidéos » (cr05a), doutant donc de la specificite de TikTok par rapport aux autres services video.
Exigence sur les mots et sur la preuve. Il refuse l'usage large du terme d'addiction : « j’aime aussi rester dans mon bain sans que cela soit addictif : cet adjectif doit être employé avec rigueur et ne doit pas relever de l’expression d’une simple opinion » (cr05a). Il met en garde contre la litterature fragile sur les effets des ecrans : « Des études pseudo-scientifiques ont été publiées : l’une d’entre elles dressait un lien entre les écrans et l’autisme, mais elle a été retirée à cause de biais méthodologiques qui traduisaient un objectif idéologique » (cr05a). Interroge sur la definition de l'algorithme, il ecarte la demande d'avis personnel : « je n’ai pas de définition personnelle à proposer, pas plus que je n’ai d’opinion personnelle sur le fait que deux et deux font quatre » (cr05a).
Le cadre du « web symetrique ». Il decrit la bascule qu'ont produite les plateformes : « Désormais, tout le monde peut parler et tout le monde peut entendre ce que tout le monde dit – et n’importe quand » (cr05a), avec pour effet secondaire que « dorénavant, grâce au web symétrique, le monde entier est témoin des injures ou des accusations lancées sans preuve » (cr05a). Il illustre la persistance des traces par un exemple : « L’un de mes amis a posté, à l’âge de 16 ans, une vidéo dans laquelle il mangeait du Nutella en public : plusieurs années plus tard, la première question qu’on lui posait à chaque entretien d’embauche portait sur le Nutella » (cr05a).
Un modele economique alternatif. Sur la monetisation des donnees, il avance un ordre de grandeur et une alternative : « faire payer un abonnement mensuel de 5 euros ou de 10 euros à chaque utilisateur apporterait le même revenu aux plateformes sans que celles-ci revendent les données personnelles » (cr05a), d'ou sa conclusion : « Il n’y a donc aucune fatalité à la revente des données des utilisateurs » (cr05a).
Moderation a l'echelle. Il pose la contrainte de volume qui rend la moderation purement humaine impossible : « seul un ordinateur est en mesure de contrôler l’ensemble des vidéos – dont le nombre doit s’élever à 1 million, au bas mot – qui sont postées, quotidiennement, sur la plateforme, afin de censurer celles qui, par exemple, contiennent des injures » (cr05a).
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Dowek
- https://en.wikipedia.org/wiki/Gilles_Dowek
- https://www.universite-paris-saclay.fr/en/news/gilles-dowek-crossroads-computer-science-logic-and-philosophy
- https://www.inria.fr/en/gilles-dowek-death
- https://www.ccnen.fr/fr/hommage-gilles-dowek-une-pensee-libre-rigoureuse-profondement-humaine
- https://www.innovation-pedagogique.fr/article23183.html
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/org/PO867384