La part du citoyenTikTok et les mineurs
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Grégoire Borst

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Grégoire Borst, né en 1977, est professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l'éducation à l'Université Paris Cité, et directeur du Laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant (LaPsyDÉ, UMR 8240, CNRS / Université Paris Cité).

Il soutient une thèse de psychologie cognitive à l'Université Paris-Sud (Orsay) — la notice d'autorité de l'IdRef indique 2004, la page du laboratoire 2005 — puis effectue quatre années de recherche postdoctorale à l'Université Harvard avant de rejoindre le LaPsyDÉ en 2010. Il est professeur des universités depuis 2016 (Université Paris Descartes, devenue Université Paris Cité) et dirige le LaPsyDÉ depuis 2022. Il est également responsable du Réseau thématique pluridisciplinaire « Éducation » du CNRS et chercheur affilié au Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP) de Sciences Po depuis 2023.

Membre junior de l'Institut universitaire de France depuis 2017, il en est membre senior depuis 2023. Il a reçu en 2021 le prix Dagnan-Bouveret de l'Académie des sciences morales et politiques. Ses travaux portent sur le rôle des fonctions cognitives de haut niveau (métacognition, planification, résistance aux automatismes, régulation émotionnelle) dans le développement cognitif et socio-émotionnel et dans les apprentissages scolaires de l'enfant, de l'adolescent et du jeune adulte, en combinant approches comportementales et neuro-imagerie (EEG, NIRS, IRM). Il est l'auteur de plus de 70 articles scientifiques ainsi que d'ouvrages pédagogiques et de vulgarisation, et membre du Bureau international d'éducation de l'UNESCO.

Sur le champ précis des écrans et de la jeunesse, il a fait partie des membres de la commission d'experts « Enfants et écrans », installée par le président de la République le 10 janvier 2024 et coprésidée par la neurologue Servane Mouton et le psychiatre-addictologue Amine Benyamina, dont le rapport « Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu » a été remis le 30 avril 2024.

Identité vérifiée : le titre déclaré dans le corpus (« professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l'éducation à l'Université Paris Cité, et directeur du Laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant ») correspond exactement aux sources institutionnelles ci-dessous. Aucun risque d'homonymie identifié.

Dans la commission

Grégoire Borst est intervenu lors d'une seule réunion (cr06c, 5 interventions), une table ronde où figurent également, dans le même compte rendu, la pédiatre Sylvie Dieu-Osika et le psychiatre Serge Tisseron.

Sa thèse : l'état des preuves scientifiques ne permet pas de conclure à un effet causal massif. Il ouvre son propos en pointant « le manque actuel de données scientifiques probantes concernant l'impact des réseaux sociaux sur le développement cognitif et socio-émotionnel, notamment des adolescents » (cr06c), et précise que « les données qui existent sont complexes et difficiles à interpréter, relevant plus d'associations que de liens de causalité » (cr06c). Il souligne par ailleurs « l'absence d'études spécifiques sur TikTok, ce qui constitue une lacune importante dans notre compréhension des effets de cette plateforme » (cr06c). Selon le dossier, il ne nie pas l'existence d'effets sur des sous-groupes vulnérables, mais insiste sur l'ampleur et l'hétérogénéité des résultats, et réclame des méta-analyses et des cohortes longitudinales françaises.

L'ampleur des effets mesurés. Il oppose la littérature à elle-même — « Je peux citer une centaine d'études montrant des effets, mais également des études préenregistrées n'en démontrant aucun » (cr06c) — et chiffre l'association lorsqu'elle est trouvée : « Même lorsqu'une association est identifiée, elle n'explique que 0,4 % du bien-être adolescent lié au temps passé sur les réseaux sociaux » (cr06c). Il défend l'idée que l'ordre de grandeur commande la réponse publique : « Un impact de 3 % sur la santé mentale des adolescents n'a pas les mêmes implications qu'un impact de 20 % » (cr06c).

Facteurs de vulnérabilité indépendants des réseaux. Il relève que, « indépendamment de l'utilisation des réseaux sociaux, nous observons un risque de dépression deux fois plus élevé chez les adolescentes que chez les adolescents, ce qui constitue un facteur de vulnérabilité spécifique » (cr06c).

Sur la notion d'addiction, il rappelle que « à ce jour, l'Organisation mondiale de la santé n'a pas classifié cette utilisation comme telle » (cr06c).

Principe de précaution et usage des données. Il ne s'oppose pas à l'action publique — « Cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas appliquer un principe de précaution » — mais l'assortit d'une réserve, qu'il adresse explicitement au déroulé de la séance : « Néanmoins, il est crucial de ne pas instrumentaliser les données scientifiques existantes » (cr06c) et « il faut éviter d'instrumentaliser les données comme cela a été fait en partie lors de cette audition » (cr06c). Cette critique de l'usage des données est sa position, exprimée dans ce cadre.

Responsabilité des plateformes. Sa prudence méthodologique ne vaut pas indulgence envers les entreprises : pour lui, « la responsabilité première incombe aux plateformes » (cr06c), dont il juge le discours tenu devant la commission d'experts sévèrement — « leur discours s'est révélé inacceptable, niant notamment la présence d'utilisateurs de moins de treize ans sur leurs réseaux sociaux sous prétexte de déclarations volontaires » (cr06c). Le dossier lui attribue sur ce point la demande d'une vérification d'âge contraignante.

Sources